[Cameroun] Un journaliste retrouvé mort au pays de Paul Biya

[Cameroun] Un journaliste retrouvé mort au pays de Paul Biya

Le journaliste, Martinez Zogo, 51 ans, directeur général de la radio privée Amplitude FM, basée à Yaoundé (Cameroun), et l'animateur vedette d'une émission quotidienne, ‘’Embouteillage’’’, a été retrouvé mort dimanche 22 janvier, au pays du Président Pays, Paul Biya, selon son média.

-L’opposition et les médias dénoncent un ‘’assassinat odieux’’

Abidjan, le 23-1er-23 (crocinfos.net) Le monde des journalistes est sous le choc. Martinez Zogo  porté disparu, mardi 17 janvier 2023, dans des circonstances floues au Cameroun, a été retrouvé mort dans des circonstances troubles, dimanche 22 janvier 203. L’opposition et les organisations de défense de la presse du Cameroun sont sous le choc, et dénoncent un ‘’assassinat odieux’’, au pays du Président de la République, Paul Biya. Pays qu’il dirige de main de fer depuis environ 40 ans.

Les populations ont découvert sa dépouille dans un coin très éloigné à Ebogo2, un quartier de Soa, dans le département de la Mefou et Afamba, après plusieurs jours de recherches.

De sources sécuritaires, aux alentours de 20 heures les gendarmes de Nkol-Nkondi, en périphérie de Yaoundé, entendent un bruit fort provenant de l’entrée de leur poste. Ils y découvrent la voiture de Martinez Zogo amochée, le conducteur avait visiblement tenté d’enfoncer le portail. Les gendarmes constatent qu’un véhicule noir de marque Toyota Prado s’éloigne. Ils comprendront, un peu tard, qu’il s’agissait d’un enlèvement.

Son corps a été découvert tôt dimanche matin à 15 kilomètres au nord de Yaoundé, a affirmé à l’AFP Charly Tchouemou, rédacteur en chef de la radio Amplitude FM. Ce dernier a assuré avoir reconnu sa dépouille, ajoutant que son cadavre était nu et entré en état de décomposition. Le décès a également été confirmé à l’AFP par la compagne de M. Zogo, et une source policière sous couvert de l’anonymat.

Un journaliste engagé

À l’antenne, ce journaliste engagé abordait régulièrement des affaires de corruption, n’hésitant pas à mettre en cause nommément des personnalités importantes. Il avait notamment été détenu préventivement deux mois en 2020 dans une affaire où il était accusé de diffamation. Le Comité de protection des journalistes (CPJ) avait alors réclamé sa libération et exhorté le gouvernement à dépénaliser cette infraction.

Les médias se mobilisent et condamnent

Le Syndicat national des journalistes du Cameroun, dans un communiqué, fait savoir sa ‘’consternation’’, dénonçant un ‘’assassinat odieux’’ et appelle les travailleurs des médias à se vêtir de noir le 25 janvier pour marquer leur deuil.

L’International Press Institute, organisation de défense de la liberté de la presse basée à Vienne, a exhorté les autorités camerounaises à ‘’enquêter rapidement sur le meurtre horrible du journaliste Martinez Zogo et veiller à ce que les coupables soient traduits en justice’’.

‘’Il y a de nombreuses zones d’ombres concernant les circonstances de son enlèvement brutal. Les autorités doivent lancer une enquête rigoureuse, approfondie et indépendante pour établir toute la chaîne de responsabilité et les circonstances qui ont conduit à ce triste événement’’, a déclaré à l’AFP Sadibou Marong, responsable du bureau Afrique subsaharienne pour RSF.

Dimanche, plusieurs chaînes de télévision camerounaises ont dédié leurs programmes à cet événement.

Les Hommes politiques et la société civile dénoncent

L’opposition politique s’est également indignée, à l’image du député de l’opposition du Social Democratic Front (SDF), Jean-Michel Nintcheu. Il dénonce un ‘’crime’’ qui ‘’ne saurait rester impuni’’ dans un communiqué.

L’ONG Reporters sans frontières (RSF) affirmait vendredi que M. Zogo avait été ‘’enlevé’’ le 17 janvier aux alentours de 20h00 devant un commissariat de la périphérie de Yaoundé. Il a bien été vu pour la dernière fois devant un poste de gendarmerie, avait confirmé la source policière précitée, qui ajoutait ne ‘’pas disposer d’indices pour affirmer qu’il s’agit d’un enlèvement’’.

Interrogée sur la chaîne Info TV, la célèbre romancière Calixthe Beyala s’est dite ‘’abattue, attristée. Je savais qu’il était mort dès qu’on a annoncé qu’il était enlevé. On peut se poser la question : à qui le tour ? Chacun de nous peut se retrouver dans cette situation pour quelque chose qu’il aurait peut-être dit’’.

Sa disparition avait été confirmée par le gouvernement dans un communiqué samedi. Une enquête avait été ouverte quatre jours plus tôt pour faire la lumière sur les circonstances de sa disparition, selon une source policière ayant requis l’anonymat.

Sa dépouille a été acheminée dans la matinée à la morgue de l’hôpital central de Yaoundé, selon M. Tchouemou. Une foule importante y était réunie ainsi que de nombreux éléments des forces de l’ordre, a constaté un journaliste de l’AFP. Une autopsie devait être réalisée sur place, a indiqué à l’AFP une membre de la famille de la victime sous couvert de l’anonymat.

Au pays de Paul Biya, la sagesse n’habite pas les fossoyeurs de République dont les faits dénoncés par les médias restent, majoritairement impunis. Ils font taire des plumes ou font déposer des micros à jamais à des journalistes engagés.

La rédaction

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