[Côte d’Ivoire] Persécutée, violentée, humiliée… : Mlle Fleur Esther Aké M’bo témoigne #reconciliationenCIV

[Côte d’Ivoire] Persécutée, violentée, humiliée… : Mlle Fleur Esther Aké M’bo témoigne #reconciliationenCIV

Fleur Esther Aké M’bo, fille du docteur vétérinaire Bernard Charles Aké M’bo (décédé le 26 juin 2011) et sa famille continuent de s’interroger sur leur sort. Tant  la famille est persécutée, violentée (par moment), injuriée et humiliée, parce qu’elle a le malheur d’avoir, à des lettres près, le même nom que l’ex-Premier ministre de Laurent Gbagbo, Aké N’gbo. En postant la vidéo du vendredi 8 juin 2018, Mlle Fleur Esther Aké M’bo  entend mettre fin à une injustice qui fait école en Côte d’Ivoire depuis 2011, au moment où la réconciliation a pris du plomb dans l’aile. Nous vous proposons l’intégralité d’un de ses témoignages du 22 septembre 2016, pris sur sa page facebook.

Retenez bien ceci :  je m’appelle, certes, AKE M’BO, mais je ne suis pas la fille de l’ex-Premier ministre Aké N’gbo. Je subis beaucoup de préjudices chaque fois à cause de mon nom.

Des faits. « En octobre 2011, quand je quittais le pays pour la première fois, j’ai été arrêtée à l’aéroport par une femme qui m’a fait subir un interrogatoire parce qu’elle me prenait pour la fille de l’ex-Premier ministre Aké N’gbo. Elle a même appelé son supérieur au téléphone pour lui dire :« Chef, on tient la fille du Premier ministre. Elle fuit le pays pour se rendre en Turquie. »

Image du 20 septembre 2016

Image du 20 septembre 2016

Ce jour -là, mon grand-frère, Martial qui m’avait accompagnée à l’aéroport, était encore là. Il m’a aidée par des coups de fil jusqu’à ce qu’on me libère. On venait à peine d’enterrer mon père, un mois avant.

Et depuis, ce scénario se répète différemment chaque fois que je suis à l’aéroport pour un voyage à l’étranger. Bref !

Le mardi 20 septembre 2016, je partais seule à Marcory pour une réunion à l’église. Et comme je suis tombée dans des embouteillages, j’ai joint ceux qui étaient déjà sur place et j’ai pris des photos pour les leur envoyer, parce que c’était quelque chose d’inhabituel à cet endroit -là. C’était non loin du nouveau rond-point, près de l’église catholique, à côté de l’ambassade des États -Unis.

Pendant que je prenais les photos, un monsieur, faisant partie de la garde rapprochée de cette personnalité qui, sûrement , a occasionné cet embouteillage, est venu frapper à la portière de ma voiture. Je baisse les vitres et il me demande de lui donner mon permis sans se présenter. J’ai refusé de céder à cette injonction parce qu’il n’était pas, à ce moment, en service sur cette voie. Il me dit qu’il est dans le cortège d’une autorité du pays et que je les empêche de passer.

Franchement, je ne les ai pas vus. Par ailleurs, le cortège ne pouvait pas passer étant donné que la voie est restreinte (voir photos et jugez-en vous-mêmes).

Nous étions dans les échanges quand, brusquement, il a ouvert ma portière et a commencé à me brutaliser pour me sortir de ma voiture de force. Grâce à ma ceinture de sécurité,  il n’a pas pu me faire tomber. Je lui ai demandé de me lâcher. J’ai éteint le moteur, j’ai pris mon permis et je suis descendue.

Une fois à terre, je lui ai remis mon permis, mais il a continué à me brutaliser. Pendant ce temps, les autres voitures avançaient lentement et les automobilistes qui passaient filmaient la scène. Ensuite, il a rejoint le cortège de trois voitures en me traitant de ‘’sauvage’’ avant de me dire de le trouver au pont HKB pour récupérer mon permis.

Ce qui est étonnant, c’est que la scène s’est passée sous les regards de ses collègues qui étaient dans le cortège et la voiture de celui qu’il escortait. J’étais tellement bouleversée que je n’ai pas eu la présence d’esprit  de filmer les plaques d’immatriculation de leurs voitures. Donc j’ai suivi le cortège dans l’embouteillage jusqu’à ce que je les perde de vue à un rond- point.

Quand j’ai expliqué ma mésaventure aux policiers du pont à péage, ils m’ont demandé mon nom et mon numéro de téléphone afin de me contacter au cas où ils recevraient mon permis de conduire. Quand je me suis présentée à eux, la première question des agents était de savoir si je suis la fille du Premier-ministre, Aké N’gbo,  avant de m’entendre dire que mon permis n’a pas été déposé à ce poste. Pourtant,  ils sont passés pour y déposer les autres permis qu’ils avaient pris ce jour-là.

Cependant, ils ont demandé aux policiers du péage de me dire de me rendre moi-même à la Garde républicaine. Ce même jour, un des policiers du péage m’appelle pour me dire qu’il a ouï dire que je suis la fille d’Aké N’gbo et que je suis jalouse du gouvernement en place, alors ils gardent mon permis pour que je me rende moi-même à la Garde républicaine. Ayant eu peur de subir encore des brutalités, j’ai préféré envoyer mon frère. On a refusé de le lui remettre. Jusqu’à ce jour, je n’ai donc pas retrouvé mon permis.

Cet homme n’avait aucunement le droit de me brutaliser, encore moins de me prendre le permis parce qu’il n’était pas de service.

Bref ! Je ne peux pas raconter tout le calvaire que je vis au quotidien pendant les contrôles de routine de policiers.

-Êtes-vous la fille du Premier-ministre Aké N’gbo ? Cette question revient tout le temps. Donc, si j’étais sa fille, je ne pourrais pas vivre librement dans mon propre pays ?

Fleur Esther Aké M’bo »

 

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