[Interview  du  ministre-gouverneur du district autonome des Montagnes] « Notre mission : coordonner, contrôler, suivre et évaluer », précise Dr Albert Flindé

[Interview du ministre-gouverneur du district autonome des Montagnes] « Notre mission : coordonner, contrôler, suivre et évaluer », précise Dr Albert Flindé

Le District Autonome des Montagnes actualise son schéma directeur. 250 acteurs sont présents ce jour au lancement des travaux, à la grande salle de la CGRAE, à Man. Le Premier ministre Patrick Achi est le parrain de cet important forum. En soutien à son collègue ministre-gouverneur, la ministre du Plan et du Développement, Mme Kaba Nialé, effectivement présente, préside la cérémonie. Dans cette interview, Dr Albert Flindé donne plus de détails et rassure.

– « La mission d’élaboration du schéma directeur que souligne le décret de création des districts, selon ma conception, se fait à peu près en trois étapes », selon le ministre-gouverneur

Man, le 21-3-2022 (crocinfos.net) Le district autonome des Montagnes actualise son schéma directeur. 250 acteurs sont présents ce lundi 21 mars, au lancement des travaux, à la  grande salle de la CGRAE, à Man. Le Premier ministre Patrick Achi est le parrain de cet important forum. En soutien à son collègue ministre-gouverneur, la ministre du Plan et du Développement, Mme Kaba Nialé, effectivement présente, préside la cérémonie. Dans cette interview, Dr Albert Flindé donne plus de détails et rassure.

Aujourd’hui, vous lancez, Monsieur le Ministre, Gouverneur, les travaux de l’étude d’actualisation du schéma directeur du District Autonome des Montagnes. Qu’est-ce que cela signifie exactement pour le citoyen lambda qui voit le panier de provision de sa famille s’appauvrir de jour en jour ?

L’élaboration d’un schéma directeur, à l’image du plan national de développement (PND), est l’une des missions fondamentales et fondatrices des districts autonomes. Formé d’un ensemble de régions, communes, sous-préfectures et villages, chaque district est un territoire un peu plus large que ses composantes. L’étude d’actualisation du schéma directeur du district autonome des montagnes dont nous lançons aujourd’hui même les travaux  intègre la raison d’être des districts autonomes. On ne peut pas faire de développement sans perspectives, sans tracer des sillons pour l’avenir. A la question « on va où ? », le gouvernement répond en élaborant le plan national de développement (PND). En ce qui concerne les districts, les perspectives sont contenues dans le schéma directeur. Celui-ci doit être en conformité avec le PND.

En quoi consiste l’exercice qui commence aujourd’hui ?

A mettre en exergue, à travers des programmes sectoriels pour les développer dans le schéma directeur, les potentialités des trois régions qui forment notre district.

‘’Ce n’est pas une entité de trop. L’Etat de Côte d’Ivoire a décidé qu’il soit instauré entre le niveau central et le niveau de la région, une entité qui a une mission ou des missions spécifiques. La création de districts respecte le principe sacro-saint de la décentralisation qu’on appelle la subsidiarité. C’est-à-dire : l’Etat fait ce qui est national, la région, ce qui est à un niveau un peu plus agrégé mais pas suffisamment, la commune, ce qui est le plus périphérique.’’

Pourquoi « actualisation » ?

Le district Autonome des Montagnes a une particularité. Il fait partie de ce qu’on a appelé dans le temps la région semi montagneuse de l’ouest. Région qui a fait l’objet d’une expérimentation de régionalisation, avec l’actuel district plus l’actuelle région du Bafing qui, elle, fait partie du district du Woroba. Cette ancienne région, qu’on appelait la région semi- montagneuse de l’ouest, champ de cette première expérimentation, a été amputée du Bafing, pour donner le district autonome des montagnes. Il se trouve qu’elle a déjà bénéficié de l’élaboration d’un schéma directeur. A part nous qui revisitons le nôtre et le district du Bas-Sassandra qui a son schéma directeur,  les autres districts doivent élaborer le leur. Dans notre cas, la continuité de l’Etat exige cette précision. C’est une actualisation.

Cela doit être beau sur papier et théoriquement séduisant. Mais qu’y gagne le citoyen lambda qui voit le panier de provisions de sa famille s’appauvrir de jour en jour ?

Vous liez ça à la question de la pauvreté, de la hausse des prix. C’est justement ce que nous voulons encadrer, prévoir, voire combattre. Parce que quand on a une perspective, il y a de fortes chances qu’on soit prêt pour  faire face aux difficultés conjoncturelles. Or, ce que nous voulons faire, c’est engager des actions, des activités qui répondent aux préoccupations structurelles.

Des communes, des régions et, enfin 14 districts autonomes. N’est-ce pas une entité déconcentrée et décentralisée de plus, voire de trop ?

Ce n’est pas une entité de trop. L’Etat de Côte d’Ivoire a décidé qu’il soit instauré entre le niveau central et le niveau de la région, une entité qui a une mission ou des missions spécifiques. La création de districts respecte le principe sacro-saint de la décentralisation qu’on appelle la subsidiarité. C’est-à-dire : l’Etat fait ce qui est national, la région, ce qui est à un niveau un peu plus agrégé mais pas suffisamment, la commune, ce qui est le plus périphérique. Donc ce principe doit être aussi animé, coordonné. Ce principe doit être animé, coordonné, suivi et évalué. Ce sont les missions du district. .

Au départ, il y a eu les communes et es conseils généraux. En ce qui concerne les départements, le Président de la République, SEM Alassane Ouattara, a estimé que, entre la commune et l’Etat -les départements c’est plus réduit- on n’arrive pas à faire une coordination ni une programmation pertinentes par rapport à l’Etat. Le district permet de mettre en œuvre des actions à une échelle plus grande. Yamoussoukro a été créé pour résoudre la problématique du développement de la capitale de la Côte d’Ivoire et éviter les problèmes qu’ont connus les communes d’Abidjan.

À part Abidjan et Yamoussoukro, les 12 autres districts  sont des assemblages de régions mais des ensembles / assemblages / entités qui font  référence à une cohérence régionale et, dans une certaine mesure, culturelle. Pour mettre en place les districts, compte a été tenu des diversités mais en même temps de spécificités. Si vous prenez notre district (NDLR : District Autonome des Montagnes), il a une certaine homogénéité par rapport à la géographie mais aussi par rapport à l’histoire. L’histoire des peuples du Tonkpi et du Guémon et du Cavally est le vivre-ensemble par le passé, au temps de la colonisation. Malgré la présence des régions, il y a une certaine logique derrière la création des districts.

Il s’entend dire que les districts sont un outil de contrôle des communes et des régions qui échappent au pouvoir central parce que dirigées par des élus qui sortent de partis autres que celui au pouvoir

Le ministre gouverneur doit coordonner controler suivre et evaluer pour que ce pourquoi chacun a ete mandate soit par le pouvoir soit par la population puisse se realiser au benefice de la population.

”Le ministre-gouverneur doit coordonner, contrôler, suivre et évaluer pour que ce pourquoi chacun a été mandaté, soit par le pouvoir, soit par la population, puisse se réaliser au bénéfice de la population”

Ces considérations ne sont pas prises en compte dans la logique de la création des districts. Illustration : le District Autonome des Montagnes compte dix-sept (17) communes. Politiquement, seules deux (2) sont gérées par des acteurs et des animateurs de l’opposition. Toujours le District autonome des Montagnes : sur ses trois (3) régions, une seule est présidée par un politique de l’opposition. Aucun des quatorze districts, qu’il soit nouveau ou ancien, n’échappe à la mission de coordination, contrôle, suivi-évaluation des Ministres, Gouverneurs. Le Ministère, Gouvernorat participe à la fois de la décentralisation et de la déconcentration.

En toile de fond de la création des communes, régions et districts la volonté de l’Etat de s’organiser toujours plus efficace pour que l’amélioration des conditions de vie des populations dans le niveau le plus périphérique soit possible et concrète ; c’est-à-dire que ces conditions-là existent réellement. Les démembrements de l’Etat central  sont importants mais ne suffisent pas toujours à résoudre toutes ses difficultés.

Le fonctionnement de la déconcentration est un peu vertical. Avec la décentralisation, le pouvoir est donné à une autorité élue. Il signe un contrat social d’une durée de cinq (5) ans avec la population. À la fin de ce quinquennat, ses mandataires l’évaluent et lui renouvellent leur confiance s’il a respecté sa part du contrat ou, dans le cas contraire, le remercient. Le ministre-gouverneur doit coordonner, contrôler, suivre et évaluer pour que ce pourquoi chacun a été mandaté, soit par le pouvoir, soit par la population, puisse se réaliser au bénéfice de la population.

Après le lancement des travaux de l’étude d’actualisation du schéma directeur du DAM, quelle sera l’étape suivante ?

La mission d’élaboration du schéma directeur que souligne le décret de création des districts, selon ma conception, se fait à peu près en trois étapes. En tant qu’un fonctionnaire qui a fait quelques années au ministère du Plan, je sais qu’on élabore, on adopte et on met en œuvre. Pour le moment, nous sommes dans la phase d’élaboration. Nous utilisons la méthodologie participative. L’élaboration du schéma directeur est un processus technique, certes, mais il ne doit pas le rester du début à la fin parce-que ceux pour qui l’exercice est commis doivent donner leur avis. C’est ce que j’appelle processus participatif. Il  intègre les démembrements de l’Etat, les structures décentralisées, les représentants des populations, c’est-à-dire la chefferie, les guides religieux, les ONG, les jeunes, les femmes… Tous doivent être parties prenantes à cet exercice dont la première étape est celle de ce lundi.

Après la phase de lancement, un cabinet d’experts, dont le travail est de rédiger les schémas directeurs de planification, va tout coordonner. Il produira un document. Il sera mis à la disposition de tous les acteurs. Fin de la première partie.

‘’Le fonctionnement de la déconcentration est un peu vertical. Avec la décentralisation, le pouvoir est donné à une autorité élue. Il signe un contrat social d’une durée de cinq (5) ans avec la population. À la fin de ce quinquennat, ses mandataires l’évaluent et lui renouvellent leur confiance s’il a respecté sa part du contrat ou, dans le cas contraire, le remercient.’’

Deuxième phase : l’adoption. Quand on a travaillé dans le district, le résultat est communiqué et déposé sur la table du gouvernement qui s’en approprie, examine et adopte. Une fois adopté, on fait la mise en œuvre qui  appelle tous les acteurs à commencer par le secteur privé qui a le plus de moyens pour développer une zone, une région,  un pays, un ensemble de pays ; l’Etat à travers ses démembrements verticaux que sont les structures des ministères, les structures décentralisées. À cet effet, chacun doit prendre sa part dans la mise en œuvre.

Le solde des actions non couvertes par un financement ou une autre intervention fait l’objet de recherche de financement par le Ministre, Gouverneur, avec l’autorisation du Ministre de l’Economie et des Finances

Monsieur le ministre-gouverneur, c’est à la fois compliqué et complexe. Vous avez la charge du deuxième plus grand district autonome de Côte d’Ivoire. Vous allez coordonner, contrôler, suivre et évaluer. Est-ce que la population n’a pas besoin d’être formée à la compréhension du fonctionnement du district, ses missions pour pouvoir, à son tour, vous évaluer ? Quels pourraient en être les critères ?

Nous allons utiliser la méthode participative. Ce qui signifie que les représentants de la population seront dans l’exercice. Aussi, avons-nous un programme de sensibilisation, de formation. Mais, nous ne pouvons pas former toute la population. Par contre, nous pouvons   sensibiliser directement ou par l’intermédiaire des structures spécialisées, des canaux de communication.

A l’occasion des visites d’Etat du président Alassane Ouattara, les populations élaborent des livres blancs qui font la recension des besoins. Ces livres blancs disent les sollicitations ou sont l’expression de ce que les populations estiment pouvoir avoir pour être satisfaites. Les livres blancs n’ont d’importance que si leur élaboration et leur mise en œuvre s’inscrivent dans le cadre du schéma directeur et l’élaboration du plan de la zone ; parce que généralement ils sont produits par département. Notre district compte 13 départements. Nous actualiserons leurs livres blancs.

Il faut tenir compte des contraintes relatives à la fois à comment on trace la perspective de développement qui soit conforme avec le PND mais aussi  aux ressources pour pouvoir mettre en œuvre ces différents livres blancs. Le ministère du Plan a élaboré, sur la base des livres blancs, ce qu’il faut au strict minimum pour satisfaire les besoins des populations. C’est à peu près 200 milliards de nos francs  qu’il faut pour satisfaire les besoins de notre district, le plus pauvre de tous les districts. Et si dans une perspective temporelle de 1 an à 2 ans, on peut mettre en œuvre des programmes pour satisfaire les besoins de la population, ce serait l’idéal.

Interview réalisée à Man par Hervé Zian avec d’autres confrères.

 

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