[Mépris des Journalistes] Le quatrième pouvoir piétiné et délaissé – analyse engagée

[Mépris des Journalistes] Le quatrième pouvoir piétiné et délaissé – analyse engagée

Dr Issa Sangaré Yeresso fait une analyse engagée et percutante sur le mépris et les conditions de travail des journalistes, ainsi que sur le rôle incontournables des médias dans la société. Il fixe un regard critique sur la relation entre les pouvoirs et les médias, avec des réflexions sur le syndicalisme journalistique et la déontologie professionnelle.

-Que veulent-t-ils ces saltimbanques de journalistes trouble-fête ? De quoi se plaignent-ils ?

Abidjan, Côte d’Ivoire, le 5-3-2024 (crocinfos.net)—De tout et de rien. Nous nous plaignons de nos conditions de travail,  d’être marginalisés, oubliés et surtout méprisés par les différents tenants du pouvoir. À qui la faute ???

Les premiers fautifs sont ces empêcheurs de tourner en rond, ces troubadours griots des temps modernes ; témoins de l’actualité historiens du présent. C’est par nos propres comportements, nos attitudes et postures dans la désunion que les politiciens se servent de nous;  nous pressent comme des serpillières ou des citrons que l’on jette après usages.

Souvenons-nous quand, unis, regardant sur l’éthique et la déontologie nous étions appelés « agents de développement »  sous le régime politique de feu Nanan Felix Houphouët-Boigny. À l’époque, il n’y avait aucune gêne, aucune honte à accompagner, soutenir quelquefois avec zèle les actions de développement des gouvernants, à défendre avec tous les superlatifs la vision « éclairée », les résultats électoraux aux taux soviétiques, les dérapages, abus et gâchis.

Les journalistes et hommes des médias à cette époque étaient rivaux, concurrents certes, mais unis et solidaires dans cette servitude, ils savaient se faire respecter, pour être distingués,  décorés, promus membres des instances du parti politique au pouvoir le Pdci-Rda, récompensés par des, nominations aux postes de directeurs, directeurs généraux, présidents de conseils d’administration et ministres.

Dans cette union, cette solidarité,  grâce à leurs puissants syndicats  les journalistes ont négocié souvent arraché l’amélioration de leurs droits et conditions de travail.

‘’Les premiers fautifs sont ces empêcheurs de tourner en rond, ces troubadours griots des temps modernes ; témoins de l’actualité historiens du présent. C’est par nos propres comportements, nos attitudes et postures dans la désunion que les politiciens se servent de nous;  nous pressent comme des serpillières ou des citrons que l’on jette après usages.’’

Le mépris des pouvoirs politiques pour les journalistes ne date pas d’aujourd’hui: Sous le paternaliste Nanan Felix Houphouët-Boigny, ce mépris avait atteint son paroxysme quand au retour d’une mission en Guinée Conakry, le chef de délégation,  le tout puissant trésorier payeur  de Côte d’Ivoire membre du Bureau politique du Pdci-Rda  feu Maurice Seri Gnoleba a déclaré à la presse « même les journalistes ont été  reçus à la table à manger par le président Hamed Sékou Touré. » Nos aînés bien que militants au service du PDCI-RDA ont été unanimes à condamnés ces propos méprisants. Le journaliste directeur Mamadou Berté s’est écrié à l’oreille et au visage du pouvoir  « le bout de phrase de trop ! »

Dans cette période le mépris  de l’Exécutif du pouvoir était si fort , flagrant et généralisé que,  à diplômes égaux Cepe,  Bepc, Bac, Licence, Doctorat,  dans la même grille de salaires, les fonctionnaires de tous les ministères étaient mieux lotis  classés et rémunérés que ceux affectés dans le ministère de l’information rebaptisé de la communication. Il a fallu la lutte syndicale héroïque, téméraire, sacrificielle du SYNINFO dont les leaders Deby Dalli, Roland Sewa Clovis, Eugène Diè Kacou, Julien N’guessan, Koffi Djémé Michel, Aubin Djanoué, Kasimir Achi Acho ont été enrôlés de force dans l’armée pour dit-on trouble à l’ordre publique, manque du sens du service civique et du commandement. La moisson fut à la hauteur de la lutte :

C’est grâce à cette lutte syndicale du Syninfo dont la dernière grève le jour de la messe  du premier anniversaire de la Basilique de Felix Houphouët-Boigny que le Premier ministre Alassane Ouattara et son président ont rendu justice aux journalistes de l’AIP, RTI et d’autres organes.

De quoi se plaignent ces griots, porte- voix des temps modernes ?

Si nous sommes les éternels négligés, maltraités, marginalisés, oubliés par les différents pouvoirs, c’est parce que nous avons déprécié, banalisé le quatrième pouvoir que nous sommes. Nous nous sommes vendus, prostitués pour des miettes. Notre modèle professionnel feu Mamadou Ben Soumahoro disait  « si vous ne voulez pas, pouvez pas résister à vous vendre, alors vendez-vous cher. » L’autre modèle journaliste présentateur vedette du JT 20 H RTI  feu Serge Pacôme Aoulou disait à qui veut l’entendre  « Je préfère une décoration à titre costume qu’à titre posthume ». Les journalistes n’ont qu’à s’en prendrent au premier chef à leur ministère de tutelle : Comment comprendre qu’un ministère qui a une direction des affaires administratives et financières qui gère les ressources humaines ne puissent pas objectivement honorer, distinguer décorer ses administrés qui totalisent 10,15, 20, 35 voire 40 années de fidèles et loyaux services à la nation??? Il faut dit-on de bouches à oreilles que les travailleurs en fassent la demande. Ils doivent quémander. Or, durant leur longue carrière ces travailleurs ont été régulièrement notés par leurs responsables. Le comble est que   certains se sont humiliés en faisant  la demande, sans motif exprimé les décorations leur ont été refusées. Par qui ? Le ministère ? La chancellerie ? Ils sont frustrés de voir qu’à côté, en face dans d’autres ministères et sociétés leurs collègues sont décorés par centaines.

À tout pouvoir, il faut un contrepouvoir ; hélas en Afrique, en Côte d’Ivoire singulièrement, les médias et leurs “professionnels”  plutôt que d’assumer leur rôle de quatrième pouvoir, se plaisent à être les marchepieds, piédestaux des trois autres pouvoirs que sont les assemblées représentant le peuple  qui votent les lois, (le pouvoir législatif) , le président de la République et ou son gouvernement exécutent les lois,(  le pouvoir exécutif) et les juridictions appliquent les lois, (le pouvoir judiciaire ). Tous ces trois pouvoirs ont nécessairement besoin des médias ; ils s’en servent malicieusement.

Les faits sont sacrés les commentaires sont libres

Dr. Issa Sangaré Yeresso, Prix international de journalisme Université Aix Marseille 2.Chevalier de l’ordre de la Culture.

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