[Reportage] 2 ans après la crise inter-ethnique, le village de Téhiri renaît de ses cendres

[Reportage] 2 ans après la crise inter-ethnique, le village de Téhiri renaît de ses cendres

Deux ans après l'incendie qui a divisé les villageois de Téhiri, la localité prend goût à la renaissance .

Ouragahio, le 3-12-22 (crocinfos.net) Deux ans après la crise inter-ethnique qui a secoué le village de Tehiri en 2020 avec l’incendie de plus de 62 habitations, cette localité a retrouvé sa vie normale avec la construction de nouvelles maisons et de nouveaux établissements scolaire, notamment un collège privé et une école primaire.

Malgré les promesses de dédommagements non tenues comme souhaitées par les populations villageoises, elle ne se regardent pas en chien de faillance. Autant affirmer que la méfiance a fait place, désormais à la confiance.

Nous nous sommes rendus dans ce grand village mardi 29 novembre 2022, pour constater la cohabitation entre villageois, allogènes et étrangers de cette localité située à environ 13 km du Grand Ouragahio, et à 7 km de la sous-préfecture de Bayota. Localité située en plein cœur des deux sous-préfectures qui ont connu les affres de cette crise inter-ethnique.

Nous avons vite déchanté, car aucun des villageois que nous avons tenté d’interroger sur la cohésion sociale, ne voulait s’ouvrir à nous. Tous nous demandaient de rentrer en contact avec un notable, ou un chef de quartier.

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Nous réalisons ainsi que les habitants en majorité adulte ne s’ouvrent pas aux inconnus. Alors, nous décidons de visiter le village. Après deux ans, plusieurs activités ont repris dans cette bourgade. Les  Maliens et les Burkinabè qui tiennent en majorité les plantations cacaoyères se sont familiarisées avec les villageois.

Zokou Debegouri Médard, lui,  accepte de nous recevoir dans sa cour familiale afin de nous aider à réaliser notre reportage. Le village abrite, selon lui toutes les ethnies y compris les étrangers. Sur ses recommandations, nous interpelons les habitants acceptent de nous écouter sur la nécessité de l’union, du vivre ensemble et de la cohésion sociale.

Dame Kouadio Aya nous rassure que tout se passe bien entre les habitants du village de Tehiri. «Dans le village, il y a les Bethé, les Baoulé, les Dioula, et d’autres ethnies ainsi que les étrangers en majorité Burkinabés et Maliens. Nous vivons en parfaite symbiose dans le village. Si vous avez constaté que les habitants se méfient des inconnus dans le village, c’est parce que l’attaque que le village a connue a été fait par des inconnus», nous confie dame Kouadio.

À en croire notre guide, les habitants du village de Tehiri forment désormais une seule et unique famille. « Lorsqu’il y a une activité au village, c’est tout le monde qui sort, mais les deux marchés créés du fait de la crise existent toujours. Les femmes du village travaillent ensemble sur des parcelles. C’est pour dire que nous avons pardonné, et qu’il n’y a aucun problème entre nous dans ce village», soutient notre guide.

Ainsi, nous prenons congé du quartier Bethé pour le camp appelé communément, Dioula. Sur les lieux, Diabaté Maïmouna vendeuse de vivres et de non vivres précise que les Bethé sont un peuple très accueillant et courtois. « Si les Bethés t’apprécient bien, ils te traitent comme leur enfant », dit-elle.

Pour elle, cette crise n’avait pas son sens: «Dieu merci aujourd’hui, nous pouvons nous retrouver et échanger des différents projets».

Après avoir échangé avec cette commerçante, nous nous sommes rendus sur le site où a eu lieu les violents affrontements, non sans visiter des habitations détruites par des incendies. Fonctionnaire à la retraite à cette époque, un homme qui a requis l’anonymat, vient à nous et confirme ce que nous avons déjà entendu.

« La paix est revenue après ces deux ans de crise qui ont impacté toute une population. Ça été très dure et intenable pour les plus démunis. Les habitants ont vraiment souffert, mais ce n’est qu’un vieux souvenir pour ce village. Aujourd’hui la localité est très fréquentée par tout le monde. Le village ne fait plus peur. On ne fait plus de distinction entre habitant», ajoute notre hôte.

Ouraga G. fils, du village confirment que les jeunes se fréquentent mutuellement et mènent des activités ensemble.

Le Téhiri est en pleine métamorphose. La vie a repris en pansant les douleurs de la crise pour faire place à l’entente et à la solidarité.

Casmir Kouadio, correspondant régional

 

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