[Théâtre/« A défaut…d’un couple »] Le foyer, une entreprise pour la femme

[Théâtre/« A défaut…d’un couple »] Le foyer, une entreprise pour la femme

Abidjan, le 18-03-2022 (crocinfos.net) Il est 18 heures à Abidjan lorsque le public nombreux occupe promptement l’ensemble des 200 sièges disponibles dans la salle Bitty Moro de l’Insaac pour suivre la pièce de théâtre « A défaut…d’un couple », une adaptation de l’œuvre « Amoureusement votre » de Isabelle Oheix par Mabea Ruben et la Compagnie artistique ‘’Abihé’’. Alors que les conversations et les rires au sujet des comédiennes de cette soirée théâtrale vont bon train avec quelques humoristes pour introduire le public dans l’ambiance, l’annonce d’un discours impose le silence dans la salle. S’ensuit un tonnerre d’applaudissements puis les projeteurs qui s’allument impose à nouveau un silence total devant le rideau qui s’ouvre. Suivez-nous pour découvrir ce que vaut cette pièce de théâtre exécutée jeudi dernier.

« A défaut…d’un couple », est un spectacle qui porte la griffe de la Compagnie artistique ‘’Abihé’’, qui a décidé en ce mois mars de consacrer à la femme, un hommage. À travers cette comédie, N’Doli Melodie, la présidente de ‘’Abihé’’ veut montrer, que « Le foyer représente pour la femme une entreprise. C’est pourquoi chaque jour, elle est acharnée, organisée, astucieuse et soucieuse de la sa réussite ». « A défaut…d’un couple », est donc une histoire qui met en contexte non seulement la conséquence négative de la jalousie dans le couple mais également le manque de communication et la dérive de la routine conjugale. Donc une scène de ménage qui finira par un dénouement bouleversant. « Léa et Jacques vivent en concubinage depuis 15 ans et la relation devient de plus en plus morose. Léa décide de se battre pour sauver le couple d’une descente aux enfers sous l’indifférence de Jacques. L’attitude de ce dernier met Léa dans tous ses états, le soupçonnant d’infidélité. En réalité Léa ne supporte plus sa situation de concubine, mieux elle ne supporte pas l’attitude de Jacques qui reste indifférent face à cette relation monotone. Cette dernière décide de tirer les taureaux par les cornes. Ceci entraîne une discussion meublée d’insultes et de la colère. Jacques se résigne finalement à arranger les choses après 3 mois de voyage et d’absence aux coté de Léa. Le hic dans cette histoire, c’est lorsque Léa, aveuglée par la jalousie et la colère, ne s’aperçoit pas de la demande en mariage de Jacques. Celle qui a lutté et attendue cet instant depuis 15 ans de vie en concubinage finit, par détruire physiquement la bague fiançailles et hypothéquer la demande en mariage sans le savoir. Ainsi résumé l’intrigue.

Déroulement

Dès que le rideau s’ouvre, le décor qui s’offre à notre regard est réaliste. Il s’agit d’un salon bien meublé surement d’une belle résidence dans la commune de Cocody. On peut apercevoir un buffet avec l’alcool qui sert de table à manger d’un côté et de l’autre, une table contenant un piano synthétiseur avec un transistor et une platine dans l’angle gauche du salon. Au centre, un grand divan équilibre toute la scène. Sur le mur, on peut apercevoir la photo du couple Léa et Jacques enlacé d’un côté et de l’autre celle du président Félix Houphouët-Boigny. L’entame de cette pièce est marqué par l’apparition de Jacques vêtu de gilet sur une chemise blanche manche longue blanche et un pantalon jeans style patte d’éléphants (gros bas) des années 70-80. Une paire de soulier noire pour illuminer sa démarche. Sur sa tête, un béret style “golf” le présente comme le prototype d’un jeune homme branché dans la ville d’Abidjan surtout amoureux de la musique de par son piano qu’il fait vibrer avant de se laisser emporter par le titre ‘’Awana’’ de Diago Strong via son transistor.

Les titres Douhehi de Français Lougah; Nouh de Chantal Taiba; Cocoti Kouadio de Gun Morgan ou encore Moussouo d’Amédée Pierre et Missoua de Monique Seka situent mieux dans l’intrigue,  un contexte précis. Celui des année 80 en Côte d’Ivoire ou la musique tradi-moderne et variété avaient avec une grande audience nationales et internationale. La présence de l’alcool et la dominance de musique montre l’occupation principale de Jacques. Cela peut se traduit comme des remèdes de Jacques pour faire face au calvaire qu’il vit dans son foyer avec Léa. Pour Jacques, il était beaucoup plus facile de trouver le bonheur dans ces choses-là que chez sa concubine. En même temps la problématique de la non compréhension de la femme dans ces aspirations est évoqué. Donc un obstacle à l’épanouissement de la femme. Léa voulait d’un couple comme on le voit dans les films romantiques avec les sorties au restaurant à la plage, faire du shopping etc. À défaut, elle avait besoin d’un mari créatif. Mais, non seulement le marie n’était pas créatif, mais aussi le doute et la peur de perdre 15 ans de sa jeunesse auprès d’un homme qui ne donne pas de garanti était aussi réel.

Un cocktail de rire

Les répliques ont été de grande facture dans cette pièce. L’intensité y était. À travers un langage familier, nous avons eu droit à une complicité juste, parfois heureuse et mélancolique. Les répliques dans une tonalité comique pouvaient par moment se nouer en tonalité tragique. Ce qui a été impressionnant. Les silences et les bruits ont donné de l’émotion par moment. Nous avons eu droit à tout pour rire. Des comiques de gestes avec de la mimique, des accessoires, des costumes. De jeux de mots, de la grossièreté, de l’accent, des expressions, mots crus du genre « Ta mère… Idiot » pour parler du comique de mot. Nous avons eu de la surprise et surtout du caractère matérialisé par la jalousie. Des répétitions de mots, il en avait et surtout les insultes du genre « ta mère ».

Regards critiques

Ce qui a été bien apprécie dans cette pièce est la tirade. Lorsque Jacques revient d’une course d’1 heures de temps, le metteur en scène Gnaly Franck assisté de Moussa Doukouré ont juste trouvés comme solution de combler cette absence de Jacques par une tirade de Léa. Pour cette tirade, nous levons le chapeau à Edwige qui a incarnée le personnage de Léa. Le public se croyait dans ‘’l’affairage’’ d’une soirée de vérité entre un couple. L’unité de temps a été réussi. Le public doit être imprégner et croit que ce qui se passe devant lui, se passe réellement. Et cela a été le cas. Bravo. Le véritable dans cette pièce bémol a été la lumière. Et ce problème est presque pour toutes les scènes de spectacle en Côte d’Ivoire exempté l’Institut Français et l’Hôtel Ivoire. Dans ce spectacle, fort est de constater que la technique n’a pas toujours été à la hauteur et c’est compréhension. Beaucoup de salles ne possèdent pas de matériels adéquats pour aider les spectacles à être excellents. Cela a été le cas au Masa 2022. Faisons une petite parenthèse avec quelque spectacle d’humour au Masa. La prise en compte de l’esthétique autour du spectacle fait partie de son succès. Et malheureusement, ce soir, ce n’était pas le cas au Goethe institut. Il aurait fallu simplement dire aux humoristes Mala Adamo et Weil Fard Kaya de ne point sortir de la zone lumineuse. Le metteur en piste établissait parfois un contact direct lumineux pour mettre en valeur l’artiste. Malheureusement comme les projecteurs étaient fixés donc immobiles, il était dont impossible de faire des mouvements or les artistes dans expression scénique devaient produire du jeu. Il était fréquent de voir les artistes plonger dans le noir parce que le mouvement lumineux manquait. Une chose est certaine, c’est au régisseur de lumière de suivre le mouvement des artistes et non le contraire. Comme au Masa, nous avons vu dans « A défaut…d’un couple », les mêmes carences au niveau de la gestion de la lumière. Nous n’avons point vu de mobilité au niveau de la lumière. Cela s’est traduit par l’incapacité des douches lumineuses d’illuminer l’expression corporelle des comédiens. Pour ce spectacle, nous avons eu 95% de lumières indirecte ou toute la scène est éclairée. Ce qui a limité par moment la recherche de sensation chez le public. C’est aussi un bémol. En un mot, il y a eu beaucoup de mauvaises émissions des faces lumineuses par exemple. Nous ne parlerons pas des « contre » lumineuses parce ils en avaient pas simplement. Les lumineuses latérales, longées, douchées, et autres ont leurs places dans le succès d’un spectacle surtout quand il s’agit de théâtre. Aussi de l’intensité la distribution et les mouvements sont ceux qui peuvent créer l’émotion et aider le public à comprendre le monde du metteur en scène.

En conclusion

À travers l’humour, la chorégraphie et la musique dans cette mise en scène de Gnaly Franck assisté de Moussa Doukouré et Guy Serge Achi, nos deux comédiens Mabea Ruben et Edwige Kouamé ont pu justifier ce thème pendant près d’1 heures de spectacle sur les planches. En somme, « A défaut…d’un couple », est une agréable et belle pièce qui mérite toute l’attention du public ivoirien et africain. Pour cette sortie, nous lui attribuons la note de 7.5/10. Et félicitons la comédienne Edwige Kouadio qui a réussi ce casting avec une grande qualité. En attendant, la prochaine programmation, retenez la sortie officielle de la pièce de théâtre « La rage du roi acte 2 » pour le mois de mai 2022.

Christian Guehi

Journaliste culturel

Critique d’art

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