Un expert et un internaute se prononcent sur la menace de l’extrémisme violent

Un expert et un internaute se prononcent sur la menace de l’extrémisme violent

Le débat sur la menace de l'extrémisme violent en Côte d’Ivoire ne relève pas que des autorités. Chaque ivoirienne et chaque ivoirien et tous ceux qui ont des intérêts en Côte d’Ivoire, doivent se sentir concernés.

Abidjan, le 14-06-21 (crocinfos.net) À Barthelemy Zouzoua Inabo: Le débat sur la menace de l’extrémisme violent en Côte d’Ivoire ne relève pas que des autorités. Chaque ivoirienne et chaque ivoirien et tous ceux qui ont des intérêts en Côte d’Ivoire, doivent se sentir concernés. Je reçois énormément de contributions des universitaires et des citoyens-lambda interpellés par les attaques contre les positions des forces de défense dans le Nord et le Nord-Est et globalement, sur la menace qui plane sur le pays. Je te propose quelques unes. Transfère-les à ton Camarade. Nécessité absolue de définir une stratégie nationale de lutte contre l’extrémisme violent.

1- « Je bosse actuellement sur la zone sahélienne et je vois clairement les vulnérabilités qui alimentent cette insécurité. La Côte d’Ivoire présente également un profil de vulnérabilité inquiétant également. L’erreur à ne pas commettre par les autorités c’est de croire que la menace vient uniquement de l’extérieur. C’est le moment surtout d’anticiper les choses. Avec les expériences du Sahel, on sait bien que le Jnim (groupe auteur des attaques en Côte d’Ivoire), joue pour la plupart sur un ensemble de vulnérabilités sociales, économiques, tensions communautaires et politique pour faciliter son implantation. Gagner de la sympathie, recruter en tenant un discours de substitution aux absences de l’État en matière d’offre sociale, de réparation des justices et en promettant plus de protection sécuritaire. Il est temps pour notre pays d’anticiper rapidement sur ces vulnérabilités qui sont bien présentes dans les zones actuellement cibles. Je connais très bien cette frontière du pays de Tehini à Doropo. Et un ensemble de ces vulnérabilités y sont bien présentes. C’est d’abord les nombreux conflits fonciers avec beaucoup de dégâts autour des terres, notamment entre koulango et Lobi qui s’expriment sous le registre de tensions entre agriculteurs Lobi et éleveurs trashumant Peul. Mais les structures locales de gestion de ces conflits sont en général tenues par les Koulango qui sont en tension depuis déjà plusieurs années avec les Lobi sur les tenants réels de la propriété foncière.

Les peuls sont particulièrement victimes avec ce conflit de pouvoir alimenté derrière par les cadres Lobi et koulango. Les violences de mars 2016 à Bouna illustrent bien ce conflit de pouvoir entre les deux communautés. Certains peuls perdent même la vie dans ce type de conflit. Ces derniers sont également victimes de racket à la fois par des impôts villageois aux chefs locaux mais aussi par les forces de l’ordre. Je pointe du doigt ces éléments sur la communauté peul parce que le groupe du Jnim qui opère dans la zone est d’une katiba rattachée à Amadou Kounfa, un peul du Macina qui manipule à souhait le registre ethniciste au sein de sa communauté pour faciliter son implantation. Cette zone est aussi une zone aurifère en pleine expansion. J’y étais en juillet de l’année dernière pour une étude sur les Alpc. Et l’une des activités première de la prolifération de ces armes c’est bien l’orpaillage clandestin alimenté par de fortes migration incontrôlée par les services de sécurité. Or l’on sait aussi dans le centre du Mali, que l’orpaillage est une économie qui facilite l’implantation des groupes extrémistes violents. D’abord pour la contrôler même à distance en infiltrant les circuits flous d’approvisionnement en intrants chimiques (mercure et cyanure), de drogue et de commercialisation de l’or. La dernière attaque dans le nord Burkina, cette fois-ci menée par l’état islamique, est également liée à cette logique de contrôle de l’orpaillage dans la zone.

Les tensions foncières pourraient bien se greffer également aux enjeux de contrôle de cette économie de l’orpaillage. Et, accentuer plus largement les tensions communautaires et ouvrir une brèche à l’installation des groupes extrémistes violents.

Il est donc temps que le gouvernement anticipe ces questions en ne songeant pas qu’à la réponse militaire. Il faut couper l’herbe sous les pieds des groupes extrémistes qui veulent bien s’implanter en traitant rapidement ces problèmes de fond qui font leur lit. Il ne faut pas seulement vouloir mobiliser les communautés sous un angle militaire en demandant de collaborer en termes de renseignements. On sait bien aussi dans le cadre des politiques de lutte contre l’extrémisme violent que l’approche communautaire sous ce registre uniquement sécuritaire est une manière de les exposer fortement aux attaques. La politique des VDP au Burkina le montre bien.

Il est temps que le débat soit mené au niveau politique comme tu l’as dit. La Côte d’Ivoire n’a pas encore une Stratégie Nationale de Lutte contre l’extrémisme violent. On doit vite mettre en place une dynamique institutionnelle dans ce sens. On entend aussi aucun parti politique se prononcer sur l’affaire, surtout l’opposition pour donner de la voix sur les limites de l’approche actuelle du pouvoir sur la question. ».

Fahiraman Rodrigue Koné, Sociologue

2- « Bonjour M. Dédeh, excusez moi de m’être introduit dans votre messagerie. Je voudrais vous parler de quelque chose que j’ai vu dans mes congés sur l’axe Tanda-Abidjan. Pour un pays qui est sous menace du terrorisme, ça fait peur.

En effet, de retour de congés au mois de mai 2021, j’ai emprunté à Tanda, un car de la compagnie CTE pour Abidjan. Le car fait la ligne Doropo-Abidjan. Dans le car, il y avait des passagers en provenance du Burkina Faso qui n’avait pas de pièces d’identité. À chaque poste de contrôle, le convoyeur du car demandait à ceux qui n’avaient pas de pièces d’identité de réunir de l’argent qu’il remettait au gendarme ou policier qui faisait le contrôle. J’ai causé avec certains passagers qui m’ont dit qu’ils rentraient à Doropo à moto-taxi par les pistes et empruntaient ensuite un car pour continuer leur route. Je me dis, comment laisser rentrer des gens sans identité dans un pays sous menace terroriste sans même les enregistrer ou ouvrir une procédure pour les identifier? Je pense que certains corps habillés sont inconsciemment complices de ce qu’on vit actuellement ».

Un internaute

La chronique de Fernand Dédeh

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