Interview/Blé Guirao Jean Debadea(vice-président de l’Udpci): « Je ne suis pas un fumiste et j’ai horreur de l’hypocrisie…»

Interview/Blé Guirao Jean Debadea(vice-président de l’Udpci): « Je ne suis pas un fumiste et j’ai horreur de l’hypocrisie…»

-L’allié d’hier est désormais l’ennemi à abattre

-J’invite tous les animateurs du Parti, à tous les niveaux, de s’armer de courage et de persévérance

Vice-président de l’UDPCI en charge des Organisations professionnelles et des ONG, vice-président du Conseil régional du Cavally, ex- président national de la Jeunesse de l’UDPCI,membre fondateur du RJDP, ex-président du Directoire national du GRACU-ADO et de la PMS-ADO, Ble Guirao Jean Debadea, par ailleurs, ex-secrétaire général de la FESCI qui a longtemps gardé le silence a accepté de se confier à nous. Dans cet entretien au vitriol, avec le franc-parler qui le caractérise, celui que les militants de son parti ,l’Udpci appellent affectueusement le Dougloudou national  a répondu sans faux fuyant à toutes les questions d’actualité. De son mutisme après la victoire d’Alassane Ouattara à la présidentielle de  2015 aux ambitions de l’Udpci pour les élections à venir en passant par ses relations avec le président du parti arc-en-ciel , il dit tout. Entretien.

Infod7j.com: M. Le  vice-président, depuis quelque temps, certains ivoiriens disent   n’avoir  plus de vos nouvelles. Que devient  BLE GUIRAO ?

Ble Jean Guirao Debadea : Je voudrais avant tout propos, vous saluer  ainsi que vos nombreux lecteurs,  mais  vous remercier d’avoir  pris sur vous le pari d’accepter  cet exercice d’échanges avec moi au moment où pendant longtemps, mes collaborateurs et moi avions été victimes de censure injustifiée  dans cet organe proche de notre parti, l’UDPCI. Les temps ont changé et comme le temps c’est l’autre nom de Dieu, il a permis de voir que nous sommes loin des démons qu’on voulait présenter.  Pour revenir à votre question, je répondrai  par deux choses. Un étonnement et peut être une justification de ce que vous appelez cachette. Je suis quand même surpris, voire étonné qu’en 2018, il existe encore des Ivoiriens qui me connaissent peu alors que depuis pratiquement 1990, je suis au-devant du combat syndical d’abord et ensuite politique dans notre pays. Cela fera 28 ans de ma vie dans le combat  et s’il existe des Ivoiriens qui me connaissent peu, il y a deux explications. Soit, eux-mêmes sont loin du combat, préférant comme bien d’autres attendre les fruits du combat des autres, soit ils nous voyaient en démons et avaient mis une croix sur nous, préférant les calomnies, les médisances et les ragots. Un adage de chez nous, nous apprend qu’il faut aller en bas d’un arbre pour connaitre la saveur de ses fruits. Humblement, au niveau intellectuel  je suis titulaire d’un CAPES en Mathématiques  et d’un DESS en Organisation Managériale après mon Bac C au lycée Classique de Cocody, ma licence et ma maitrise à la faculté des Sciences et Techniques. Au niveau Syndical, vous le savez, je suis un pur produit de la FESCI où j’ai gravi toutes les échelons  pour finir Secrétaire Général National. Après un passage au SYNESCI, le Syndicat des Enseignants du second degré, j’ai fait un détour à la CAUSE en tant que SG, la Coalition des Structures de Jeunesses Unies pour la Stabilité en Eburnie, avant de prendre les rênes de la Jeunesse de l’UDPCI en septembre 2002. J’ai été Secrétaire Général Adjoint en charge de l’Organisation et de la Mobilisation et à ce jour Vice-Président de l’UDPCI. Dans le vaste champ des mouvements de soutiens, j’ai été Président du Directoire du GRACU-ADO et de la PMS-ADO. Voilà, pour ceux qui me connaissent peu.  Pour le reste,  je suis là, bel et bien là et en place. Que ce soit au sein de mon Parti, l’UDPCI ou au sein du Conseil Régional du Cavally, je suis là et en place. Mais force est de reconnaitre que depuis la brillante victoire du Président Ouattara en octobre 2015 avec plus de 80% au premier tour et les événements globaux qui ont bousculé le pays et ses habitants après, ne comprenant rien, je me suis recroquevillé sur moi-même, en décidant de me taire pour mieux observer, cherchant à comprendre ce qui se passe et ce qui nous arrive. Le Sage nous apprend que devant des situations complexes et difficiles à déchiffrer, se taire pour un temps et observer reste la seule solution logique et lucide. Le temps étant un autre nom de Dieu. J’étais encore dans cette posture d’attente lorsque j’ai été frappé par une série de deuils.  Il a plu à Dieu tout puissant de rappeler à lui successivement le Ministre DAGOBERT BANZIO, Président du Conseil Régional du Cavally, ensuite mon ami et frère, le  Camarade MOUROU SIMPLCE ancien SG de la section FESCI de WILLIAMSVILLE qui venait de déposer ses valises à l’UDPCI, et tout dernièrement mon aîné GUIRAO TCHEI JEAN CLAUDE. Nous sommes donc en deuil depuis août 2017 avec la perte successive de personnes qui me sont très proches. Et chez nous, le deuil est sacré.  De nombreux compatriotes commençaient à ne plus comprendre mon silence prolongé et j’étais à chaque fois interpellé  sur de nombreux cas ou situations.   

-A un moment donné ; vous avez été dur avec votre parti et son président,  MABRI Toikeusse à travers les médias ?

* Ecoutez, je ne sais pas ce que vous appelez être dur avec le Parti et son Président. Des incompréhensions sont nées autour de notre dernier congrès de décembre 2013 dont nous portons encore des séquelles inéluctables. Je ne suis pas de ceux qui croient qu’aimer un chef, c’est lui mentir, je ne suis pas de ceux qui croient qu’aimer un Président de Parti c’est aller tôt à sa résidence, s’y asseoir, orchestrer à longueur de journée des campagnes de calomnies, de médisances et de ragots. Je ne suis pas un fumiste et j’ai horreur de l’hypocrisie. C’est pourquoi j’ai toujours dit tout haut ce que certains, par pur lâcheté, préfèrent colporter dans leurs salons. Je suis pour le débat  et la confrontation des idées. Je suis pour la promotion du mérite au sein du Parti. Mais je suis surtout pour la conservation et le suivi des valeurs du Parti à travers des hommes et des femmes qu’on peut appeler militants de première heure mais qui incarnent l’histoire du Parti au travers des générations. Vous ne pouvez pas vouloir construire un parti politique avec des ambitions légitimes de conquête du pouvoir  et à chaque fois  vouloir faire table rase du passé, reléguer aux oubliettes les militants qui ont fait la fierté du parti aux heures chaudes de son histoire car toute lutte politique a une histoire et les gens ont de la mémoire. La mise en route de l’école du Parti par le Président MABRI que je salue,  vient forcement recadrer les choses dans ce domaine. Pour le reste, le Président du Parti m’a fait l’honneur de m’accorder deux audiences. On a longuement échangé sur la vie du Parti. Des équivoques ont été levées et nous sommes dans la même vision autour de lui pour les ambitions de notre Parti. Bon, ceux qui ont passé leur temps dans la fumisterie, la médisance et autres en ont pour leur compte. Ils sont restés dans la gadoue. Nous, on avance.

-Quel combat menez-vous aujourd’hui pour un grand UDPCI jusqu’aux élections locales prochaines de 2018 et jusqu’en 2020 avec la candidature du Président MABRI?

En tant que Vice-Président du Parti, je m’inscris totalement et entièrement dans la droite ligne de la grosse stratégie de l’UDPCI pour le positionnement et la conquête du pouvoir d’Etat. Nous sortons d’un séminaire de la Direction du Parti dont les grandes résolutions à appliquer sur le terrain doivent nous valoir bien des lauriers. Nous avons un devoir de démontrer aux Ivoiriens et à l’ensemble des amis de la Côte d’Ivoire que notre parti demeure une alternative crédible. C’est pour cela, qu’il faudra nous départir de tous ces facteurs bloquants qui nous tirent en arrière au lieu de nous faire avancer. Ce parti créé  par le Président ROBERT GUEI doit rester un parti d’ambitions qui doit gérer ce pays autrement. Notre action, dans le vaste champ d’action du Parti se situera à deux niveaux. Au niveau national, nous devons animer la vice-présidence que le Président Mabri a bien voulu nous confier mais de par notre passé nous devons aller au-delà de notre feuille de route. Et donner envie à ces nombreux syndicalistes ou à ces nombreux jeunes qui sortent chaque année de nos universités et grandes écoles et qui ont un destin politique, d’opter pour l’UDPCI en y venant militer à visage découvert. Mais pour ce faire, ce n’est pas lorsque leurs devanciers que nous sommes seront clochardisés qu’ils y viendront en masse. Bien au contraire. A un moment donné, certains ont cru bon nous opposer à nos jeunes cadets de la FESCI qui sont venus à l’UDPCI oubliant que la FESCI est un esprit. J’ai laissé faire car tôt ou tard les choses allaient rentrer dans l’ordre comme maintenant. Au niveau national, à côtés de nos charges de Vice-Président, nous nous apprêtons à lancer le Réseau Dynamique des Militants du Parti pour booster bien de choses et combler un vide. Au niveau local de la Région du Cavally, nous nous apprêtons pour les échéances locales. Comme en 2013, nous serons sur tous les fronts avec nos alliés du RHDP qui le souhaitent mais avec des frères et des sœurs de la Région du Cavally. Au niveau des municipales en 2013, dans le Cavally,  notre parti n’avait pas de tête de liste mais nous étions présents  sur des listes dans les quatre mairies. En 2018, il faut que les autres acceptent que nous ayons une tête de  liste sur les quatre. Et cet élément sera non négociable pour la cohésion de notre coalition dans la région. Au niveau du Conseil Régional, nous sommes allés sur la même liste que le PDCI RDA après le coup de poignard du RDR qui a retiré certains cadres de la liste unique que devait conduire le Ministre DAGOBERT BANZIO. On attend les instructions de la Direction du Parti mais nous ferons tout pour préserver les intérêts de notre Parti et de ses militants. Pour le reste, comme l’a dit le Président du Parti lors de la présentation de vœux, 2020, c’est maintenant. Et si nous voulons aller en 2020, il nous faudra exister. C’est pour cela que nous sommes très attentifs aux travaux du haut comité du RHDP.         

-Un commentaire sur     l’appartenance au RHDP, la gestion de cette coalition et la place des différents partis qui la composent ?

Personne ne pourra nier les efforts et les nombreux sacrifices de l’UDPCI et de son Président depuis la mise en place du RHDP en mai 2005 à Paris. Notre coalition a franchi des obstacles et des pièges pour arriver au pouvoir en 2010 dans les conditions que l’on sait avec le blocus humiliant du Golf. Dommage que depuis notre prise de pouvoir, nous sommes confrontés aux méandres de la gestion du pouvoir étatique. Certains oublient d’où nous venons, ce que nous avions traversé ensemble, ce que nous avions perdu ensemble. L’arrogance, la méchanceté, la duplicité, le manque d’humilité et de sagesse sont devenus notre train train  quotidien. L’allié d’hier est désormais l’ennemi à abattre. On fait tout pour écarter les autres qui ne représentent plus rien désormais. On se ment en faisant croire que tout va bien dans la coalition du RHDP. La conférence des présidents, le directoire, les différentes commissions, les structures spécialisées de jeunes et de femmes n’ont plus de réunions ou ont des réunions sporadiques. On vient de mettre en lieu et place le haut comité qui peine à trouver sa vitesse de croisière. On a encore en mémoire les sanctions aux législatives contre l’UDPCI et l’UPCI à qui on reproche d’être allés  sous leurs  propres bannières. Mais au finish, pas de groupe parlementaire RHDP à l’hémicycle. Le MFA est en crise. Et les causes ou ceux qui tirent les ficelles de cette crise sont tapis au RHDP. C’est dans ce décor volcanique que chacun se préparent pour aller aux prochaines élections locales en ayant sur les lèvres le mot RHDP mais avec le plan secret de son propre parti dans sa poche droite. Moi, j’ai peur des mois à venir si d’ici là rien n’est fait pour ramener tous ceux qui sont dans les nuages à terre. Notre salut à tous se trouve dans notre cohésion, dans notre solidarité et nulle part ailleurs.           

-Comment se porte l’UDPCI dans votre région ?  

Notre Parti se porte bien dans le Cavally mais aurait pu se porter encore mieux si nos choix et nos actes au niveau de la Direction du Parti le voulait. Lorsqu’on met des militants en mission pour déstabiliser certains cadres dans la région, a quoi devons-nous  nous attendre ? Lorsque des militants membres des structures spécialisées ou du comité électoral, c’est-à-dire au cœur du Parti, appliquent des mots d’ordres contraires à ceux lancés par le Président de l’UDPCI en toute impunité à quoi devons-nous nous attendre ? comme ce fut le cas lors des dernières législatives où après l’humiliation de notre parti avec sa sortie du Gouvernement et sa mise à l’écart au RHDP, le mot d’ordre lancé par le président MABRI n’a pas été suivi par certains qui sont là avec des protecteurs qui font plus de mal que de bien à l’UDPCI. Mais le temps de la parole est arrivé et si nous voulons négocier le virage étroit de maintenant à 2020, il y a des choses qui doivent changer obligatoirement. Au niveau du Cavally, nous venons avec les camarades du secrétariat régional de boucler la liste de nos représentants dans les CEI locales, de même que notre stratégie globale pour les élections locales. Ce sont des éléments importants que le Président du Parti aura pour entamer les négociations avec nos alliés au sein du Comité de haut niveau du RHDP. Mais entretemps, nous ferons un bilan sans état d’âme à notre niveau par rapport à nos représentants élus en 2013 dont certains ont failli considérablement.     

    Parlons maintenant de la jeunesse de l’ UDPCI. Le parti était très présent au moment où vous la presidez. Quel héritage avez-vous laissé à la jeunesse de l’UDPCI ?

Ecoutez, le Président ROBERT GUEI nous a installé le 07 septembre 2002 au centre GLORIS à Yopougon à la tête de cette Jeunesse avec un mandat à deux volets. Installer la jeunesse de l’UDPCI dans tous les hameaux du pays et donner une âme à cette jeunesse. Nous sommes aujourd’hui heureux de constater que partout en Côte d’Ivoire, la JUDPCI existe et parfois les jeunes se sont organisés et se sont installés avant les autres structures du Parti. Nous avons animé la JUDPCI avec les autres camarades dans un contexte d’opposition. Je suis à ce jour heureux de voir de nombreux camarades de mon BEN ou des anciens Présidents de Coordinations JUDPCI aux affaires dans la haute Direction du Parti. La relève a été assurée malgré quelques déperditions. Pour le reste, ce n’est pas mon rôle de porter un jugement de valeur en public sur le fonctionnement de la JUDPCI actuelle du Président ADIKO. A la limite, je peux jouer auprès des cadets un rôle de conseiller occulte en ayant des échanges francs et directs. Mais je suis un pur produit de la FESCI et chez nous, on aime à le répéter,  à chaque génération son combat. C’est aux jeunes actuels de voir l’orientation de leur combat par rapport aux objectifs du Parti. Mais de manière globale, tous nous devons nous réveiller et changer de vitesse en donnant un coup d’accélérateur à nos activités dans ce virage que prend le RHDP.  

-Quel est l’impact des victoires aux législatives passées dans les régions de DIVO, DIMBOKRO, TOUMODI et ATTECOUBE ?

Nous avions eu quatre victoires très symboliques et déterminantes qui donnent une autre connotation à notre parti longtemps taxé, à tort, de parti des montagnes. Je voudrais profiter de votre canal pour réitérer, une fois de plus,  mes vives félicitations aux Députés FAMOUSSA de DIVO, YAO KOUADIO de DIMBOKRO, N’DRI de TOUMODI et au SG TCHAGBA d’ATTECOUBE. Dommage qu’au moment où ces résultats s’obtenaient de haute lutte, on perdait, par notre propre faute,  beaucoup de siège dans notre fief naturel le TONKPI et on n’obtenait pas de siège dans le Cavally. C’est le Physicien Anglais Newton qui nous apprend dans la loi de la relativité que pour sauter, il faut un appui solide.  Pour consolider les acquis de ces victoires il nous faudra rapidement reprendre notre fief naturel et avoir des élus dans les zones qui nous sont sociologiquement favorables  comme le Cavally et  le sud-ouest du Pays. Ces victoires nous permettent d’espérer en des lendemains meilleurs au niveau national.     

Avez-vous un message à l’endroit des militants de l’UDPCI et aux Ivoiriens ?

Je voudrais demander aux militants de l’UDPCI de croire  en notre Parti, en ses objectifs, en son premier responsable  et de rester debout en tout lieu et à tout moment. Nous sommes au sein d’une coalition politique qui est entrain de prendre un virage historique. C’est dans la cohésion et dans la solidarité vraie que nous assumerons notre identité au sein et parmi  nos alliés. Nous avions suffisamment fait d’erreurs à l’approche des élections dans le choix des hommes et dans les batailles inutiles qui ne servent pas au Parti que pour les prochaines élections locales de 2018, le mot d’ordre doit être au rassemblement et à la solidarité vraie. Nous jouerons notre part dans cet élan pour l’intérêt supérieur du Parti. J’invite tous les animateurs du Parti, à tous les niveaux, de s’armer de courage et de persévérance en mettant en exergue les fondamentaux de notre hymne, la victoire est au bout de l’effort. Aux Ivoiriens, je leur dit que notre parti  est là et leur tend les bras ouverts. Il demeure à ce jour l’alternative crédible où vous pouvez vous épanouir. Enfin aux militants du RHDP, je prie chacun de ne pas oublier d’où nous venons et ce que nous avions traversé ensemble. Nous n’avons pas d’autres choix que de vivre ensemble ou de périr ensemble.

Propos recueillis par EKB

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