Louis Lambert Koré jette un regard sur ‘’le génocide’’ éducatif ivoirien

Louis Lambert Koré jette un regard sur ‘’le génocide’’ éducatif ivoirien

Louis Lambert Koré, enseignant, depuis sa page Facebook, jette un regard critique sur l’école ivoirien. Il mesure ‘’le désastre’’, ‘’le génocide’’ éducatif qui se met en place. « Le mal est profond. Très profond. Et il va au-delà même de la question scolaire », déclare-t-il

Abidjan, le 16-05-21 (crocinfos.net) Louis Lambert Koré, enseignant, depuis sa page Facebook, jette un regard critique sur l’école ivoirien. Il mesure ‘’le désastre’’, ‘’le génocide’’ éducatif qui se met en place. « Le mal est profond. Très profond. Et il va au-delà même de la question scolaire », déclare-t-il

Depuis 2009, je n’ai plus tenu de classe de 6e. Cette année, l’accident d’un collègue a contraint l’administration à me donner ses deux classes de 6e. Et là, je mesure le désastre, le génocide éducatif qui se met en place. Le mal est profond. Très profond. Et il va au-delà même de la question scolaire.

Louis Lambert Kore

Louis Lambert Kore, enseignant

La première chose que j’observe, c’est l’extraordinaire insouciance des enfants. Je ne sens chez eux aucun soupçon d’inquiétude. Même quand les notes leur parviennent gravement rabougries. Mais pourquoi s’inquiéter ? Les professeurs ne sont-ils  pas là pour au final appliquer la levure pédagogique à leurs maigres moyennes pour en faire des moyennes passables comme étaient contraints de le faire leurs maîtres à l’école primaire ?

La deuxième chose que j’observe – et qui est sans doute liée à la première – c’est le bavardage serein auquel les enfants s’adonnent. Pendant le cours, au lieu de répondre aux questions, ils causent  tranquillement entre eux. Les menaces, les amputations de notes, les expulsions ponctuelles, les quelques coups et mises à genoux auxquels nous les soumettons en cachette – les punitions ‘’avilissantes’’ de ce type sont interdites – n’y changent rien. C’est comme des mange-mil dans un champ de riz. Lancez-leur des pierres, ils s’égaillent un instant … et reviennent aussitôt.

Une autre chose que je constate – et c’est la plus effrayante – c’est que ces enfants ont une notion très incertaine de la politesse. Je ne dis pas qu’ils  sont impolis. Non. Je dis qu’ils ne savent  pas la politesse. Ils tutoient allègrement le professeur, le regardent venir sans s’empresser d’entrer en classe, discutent à haute voix – dans la cour – à coups de gros mots sans se soucier de la proximité de leur maître …

’Les enfants sont des victimes directes : À l’école primaire, ils sont pris dans l’engrenage d’un système débile qui les propulse au collège sans aucun outil pour capter la connaissance : la lecture, l’écriture et le calcul’’

Enfin, j’observe un désastre pédagogique :

Par exemple,

– sur un effectif de 80 élèves à-peu-près 5 peuvent lire de façon fluide.

– 45 ou 50 autres bégaient, titubent, trébuchent et finissent leur lecture difficile, boiteuse et  irritante.

– les autres 30 ou 25 élèves restant sont incapables de déchiffrer le moindre texte soumis à lecture.

– moins de la moitié des élèves peuvent retranscrire correctement les cours dans leur cahier et très peu peuvent lire et exploiter ces cours.

 NB : Ces élèves ont tous brillamment été admis à l’examen d’entrée en 6e avec des moyennes frisant parfois la perfection.

Je conclus ce premier diagnostic en signalant que les enfants sont des victimes directes : À l’école primaire, ils sont pris dans l’engrenage d’un système débile qui les propulse au collège sans aucun outil pour capter la connaissance : la lecture, l’écriture et le calcul.

Les instituteurs – et institutrices – à qui instruction ferme est donnée d’exécuter des programmes inadaptés – dans certains de leurs aspects – et de doper les moyennes pour faire avancer mordicus les enfants sont les victimes collatérales qui finissent par s’installer dans l’indifférence ou la résignation.

Prochainement, je parlerai des autres victimes que sont les enseignants du secondaire. Je dirai comment ils vivent et gèrent cette situation.

Par Louis Lambert Koré

 

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