Le siège de la MUGEF-CI au Plateau. À titre d'illustration
Le Groupe Solidarité-Égalité (GSE) dénonce des irrégularités graves dans les élections MUGEFCI 2026, mettant en question la transparence du processus électoral. La tutelle du ministère de l'Emploi et le rôle du CEN sont également remis en cause.
Abidjan, 9 avril 2026 (crocinfos)– Le processus électoral pour le renouvellement des instances dirigeantes de la Mutuelle Générale des Fonctionnaires et Agents de l'État de Côte d'Ivoire (MUGEFCI), prévu pour le 18 avril 2026, est marqué par des accusations de partialité, d’irrégularités et de manipulation politique. Le Groupe Solidarité-Égalité (GSE), dirigé par la Dr. Kamara Assétou Laurence, a dénoncé, dans une lettre adressée au Comité Électoral National (CEN), ce qu’elle considère comme une "forfaiture" et une "injustice" dans le traitement de ses candidatures.
Le GSE, qui a déposé une liste de 97 délégués pour la section du Grand Abidjan et 6 pour celle de la Mé, a vu ses listes invalidées par le CEN, présidé par Mme Koné Colette épouse Koné. Les raisons invoquées pour cette invalidation sont des erreurs administratives, notamment un "casier judiciaire jugé faux" et un "lieu de service erroné" dans le fichier électoral numérique. Cependant, Dr. Kamara et son groupe contestent cette décision, soulignant l’absence de notification préalable des irrégularités et de délai pour régulariser les erreurs, contrairement à ce qui avait été accordé lors des élections de 2017 et 2021.
Une disparité de traitement injustifiée
En 2021, sous la présidence de Mme Koné, le CEN avait appliqué une mesure de régularisation permettant aux candidats de corriger leurs dossiers en cas d'irrégularités. Cette procédure avait été saluée pour sa transparence et son souci d’équité. Toutefois, en 2026, le GSE dénonce ce qu'il perçoit comme un double standard dans le traitement des candidatures sous la présidence de Mme Koné Colette épouse Koné. "Nous avons appris notre invalidation par voie de réseaux sociaux, sans aucune notification officielle", indique Dr. Kamara, ajoutant qu'aucune possibilité de régularisation ne leur a été offerte, contrairement à d’autres listes qui auraient bénéficié d'un traitement favorable.
Cette situation a conduit le GSE à s'interroger sur les motivations du CEN et sur l’objectif d’une telle décision. La section du Grand Abidjan, jugée stratégique en raison de son poids dans l’élection des présidents de conseils d’administration (PCA) de la MUGEFCI, est au cœur de ces préoccupations. Le GSE considère que cette invalidation fait partie d’une stratégie visant à favoriser un candidat unique : M. Gnogbo Paul, président sortant du conseil d’administration, qui se retrouve seul en lice à Abidjan.
Une manipulation sous-jacente ?
La présidente du GSE, Dr. Kamara, estime que ces irrégularités ont pour but d’écarter sa liste et de garantir l’élection de M. Gnogbo Paul. Selon les calculs du GSE, ce dernier bénéficierait déjà du soutien de 112 délégués, auxquels s’ajoutent les 50 délégués des forces de défense et de sécurité, ce qui lui permettrait de s’assurer la majorité avec un total d'au moins 162 délégués sur 300, le plaçant ainsi largement en tête.
"À lui seul, il aura au minimum 162 délégués, ce qui lui permet de prendre la présidence", dénonce Dr. Kamara. Le GSE considère cette situation comme une manipulation, privant ainsi les mutualistes de tout choix électoral réel. Selon le groupe, cette exclusion violerait les principes de transparence, d'égalité et de solidarité inscrits dans le Règlement N°07/2009/CM/UEMOA, qui régit les élections des mutuelles sociales en Afrique de l’Ouest.
Dans un message adressé via whatsapp et SMS à Mme Koné, nous soulignons que cette disparité dans le traitement des candidatures suscite des inquiétudes quant à la régularité et à la transparence du processus électoral. « Pourquoi n'avez-vous pas choisi d'appliquer cette même mesure en 2026 pour les élections à la tête de la MUGEF-CI ? » Nos colonnes restent à disposition pour publier la réponse à cette préoccupation importante.
L’inertie du ministère de l'Emploi : un soutien implicite au CEN ?
Le rôle du ministère de l'Emploi et de la Protection Sociale, en tant que tutelle du CEN, est également remis en question. Le GSE souligne que le ministère, en vertu de l’article 2 du Guide Electoral adopté en 2021, est censé garantir la régularité du processus électoral. Cependant, le GSE déplore l'inaction du ministère face aux dénonciations de ce qu’il considère comme des pratiques douteuses. Le ministère semble avoir été peu réactif aux appels du GSE pour résoudre les irrégularités et garantir la transparence du scrutin.
Les accusations de partialité prennent d’autant plus d’ampleur que Mme Koné Colette épouse Koné cumule sa fonction de présidente du CEN avec celle de Directrice générale de l'Agence ivoirienne de régulation de la mutualité sociale (AIRMS), un poste à haute responsabilité. Dr. Kamara n’hésite pas à souligner ce double rôle, qu’elle perçoit comme un potentiel conflit d’intérêts. De plus, Mme Koné a brillé par son absence lors de l’émission "360°" sur la Nouvelle Chaîne Ivoirienne (NCI) le 5 avril, soulignant un manque de transparence dans le cadre de cette élection cruciale.
Un appel à la mobilisation
Face à cette situation, le GSE appelle à une mobilisation générale et à l'intervention de l’opinion pour éclaircir les irrégularités et garantir un scrutin juste et équitable. Le groupe demande au CEN de fournir une explication détaillée des motifs ayant conduit à l'invalidation de sa liste et d'ouvrir un délai de régularisation de cinq jours, conformément aux pratiques des années précédentes. Si sa demande reste sans réponse, le GSE se réserve le droit de saisir les autorités compétentes et de demander le report des élections.
Le GSE insiste sur l’importance de garantir la santé, la vie humaine et les droits des fonctionnaires et agents de l’État de Côte d'Ivoire. Ces élections ne concernent pas seulement une organisation interne, mais un enjeu vital pour des milliers de mutualistes, rappelle le groupe. Dr. Kamara conclut en appelant à la justice électorale : "Nous avons appris notre invalidation par voie de réseaux sociaux, sans notification officielle", déplorant une situation qui pourrait entacher la crédibilité de l’ensemble du processus électoral.
Un avenir incertain pour la MUGEFCI ?
La crédibilité du processus électoral de la MUGEFCI de 2026 demeure donc en jeu. Le ministre de l'Emploi et de la Protection Sociale, en tant que garant du bon déroulement de ces élections, se trouve à un moment décisif. Il devra choisir entre maintenir le statu quo, en fermant les yeux sur les irrégularités dénoncées, ou intervenir pour garantir un scrutin équitable, conforme aux exigences légales et communautaires.
À moins que des actions concrètes ne soient entreprises pour rectifier la situation dans les jours à venir, la transparence et l’équité du scrutin de la MUGEFCI risquent d’être sérieusement compromises, avec des conséquences qui pourraient affecter profondément la gestion des affaires sociales des fonctionnaires et agents de l'État de Côte d'Ivoire.
Koné Sériba