Le sergent-chef des Douanes Coulibaly Aimé Lamtou
L’enquête du parquet de Toumodi sur la mort du douanier Coulibaly Aimé Lamtou conforte les vérifications de terrain : la noyade est retenue comme cause du décès, loin des premières rumeurs diffusées en ligne massivement.
BOUAKE (Côte d’Ivoire), 18 août 2026 (crocinfos)---Les premiers éléments de l’enquête judiciaire sur la mort du sergent-chef des Douanes Coulibaly Aimé Lamtou viennent sérieusement fragiliser la version largement diffusée sur les réseaux sociaux selon laquelle il aurait succombé aux coups de « gnambros ». Les constatations communiquées par le parquet de Toumodi indiquent que le fonctionnaire est mort par noyade dans un lac de Yamoussoukro.
Cette conclusion rejoint, sur plusieurs points essentiels, les investigations de terrain menées auparavant par le journaliste Koffi Kouamé, directeur de publication et rédacteur en chef d’un quotidien ivoirien. Celui-ci s’était rendu à Yamoussoukro, avait interrogé des témoins de l’altercation et recueilli des informations auprès des acteurs concernés.
Des faits matériels qui contredisent la rumeur
Selon les éléments rapportés, l’affaire trouve son origine dans un accident de la circulation suivi d’une altercation. Blessé, le douanier avait été conduit à l’hôpital Saint-Joseph Moscati avant de quitter l’établissement sans achever sa prise en charge.
Un élément apparaît particulièrement déterminant : le lendemain de l’altercation, Coulibaly Aimé Lamtou aurait encore été aperçu vivant au commissariat du 2e arrondissement de Yamoussoukro. Son corps n’aurait été découvert que plusieurs heures plus tard dans un lac situé à proximité de la station Afriquiya.
Le rapport médical attribuant le décès à une noyade écarte ainsi, à ce stade, l’affirmation selon laquelle la victime serait morte directement des suites des violences subies lors de l’altercation.
Une enquête toutefois loin d’être achevée
Sur le plan juridique, cette conclusion médicale ne signifie pas que toutes les responsabilités éventuelles sont définitivement écartées. L’enquête doit notamment déterminer les circonstances exactes ayant conduit le douanier du commissariat au lac, ainsi que l’existence éventuelle d’un lien entre les événements précédents et son décès.
Les informations relatives à d’éventuels antécédents psychiatriques, évoquées dans le dossier, doivent également être traitées avec prudence. Elles constituent des éléments d’enquête et ne permettent, à elles seules, d’établir ni les circonstances précises de la noyade ni une quelconque responsabilité.
Seule l’autorité judiciaire est habilitée à qualifier juridiquement les faits au terme des investigations.
Quand la viralité précède la vérification
Cette affaire met surtout en évidence les risques d’une information construite à partir d’images partielles, de témoignages indirects ou de publications virales. Une séquence vidéo montrant une altercation peut établir l’existence de violences ; elle ne suffit pas à démontrer que ces violences ont causé un décès survenu ultérieurement.
C’est précisément la différence entre information et spéculation : le journaliste doit confronter les récits aux faits matériels, aux témoignages directs, aux données médicales et aux sources institutionnelles.
À cet égard, les investigations menées sur place par Koffi Kouamé apparaissent aujourd’hui largement confortées par les premiers résultats communiqués par le parquet. Elles rappellent la valeur fondamentale du reportage de terrain dans un environnement médiatique où la vitesse de publication tend parfois à prendre le pas sur la vérification.
Prudence jusqu’aux conclusions judiciaires
À ce stade, un fait majeur paraît donc établi : Coulibaly Aimé Lamtou n’est pas décédé sur les lieux de l’altercation et les constatations médicales retiennent la noyade comme cause de la mort.
Pour autant, le dossier n’est pas clos. Les circonstances exactes de cette noyade restent à déterminer.
Dans une affaire aussi sensible, la rigueur commande donc de distinguer trois niveaux : ce qui est médicalement constaté, ce qui est judiciairement établi et ce qui reste encore à démontrer. C’est à cette condition que l’information peut résister à la rumeur et que le débat public peut respecter à la fois la mémoire du défunt, les personnes mises en cause et les exigences de la justice.
François M’BRA II, correspondant régional