Algassimou Diallo, magistrat réputé récemment révoqué
Le magistrat guinéen Algassimou Diallo, récemment révoqué et poursuivi pour plusieurs chefs d’accusation, a été transféré à Macenta, à environ 700 kilomètres de Conakry, suscitant l’inquiétude de ses avocats.
Conakry, le 7 septembre 2026 (crocinfos.net) – Le magistrat guinéen Algassimou Diallo, récemment révoqué, a été transféré samedi 5 septembre à la maison d’arrêt et de correction de Macenta, une ville située à environ 700 kilomètres à l’est de Conakry. L’information a été confirmée dimanche par l’administration pénitentiaire, au lendemain des inquiétudes exprimées par ses avocats concernant son lieu de détention.
Jusqu’à son transfert, Algassimou Diallo était détenu à la prison de Coyah, à proximité de la capitale guinéenne. Ses conseils avaient alerté l’opinion publique après avoir constaté, samedi, que leur client « n’était plus dans sa cellule », réclamant des autorités des informations précises sur sa nouvelle destination.
Un transfert justifié par « la gestion administrative »
Dans un communiqué, la Direction nationale de l’administration pénitentiaire et de la réinsertion a expliqué que le déplacement du magistrat relevait de la gestion administrative des établissements pénitentiaires.
Selon l’administration, Algassimou Diallo a été transféré le 5 septembre à la maison d’arrêt et de correction de Macenta, où il « demeure actuellement détenu en exécution du mandat de dépôt décerné à son encontre ».
Cette annonce met ainsi fin, au moins officiellement, aux interrogations sur le lieu de détention du magistrat. Mais elle ne dissipe pas les préoccupations de sa défense, qui conteste la justification avancée par les autorités.
Ses avocats demandent des garanties
Dans un communiqué publié dimanche 6 septembre, les avocats d’Algassimou Diallo ont estimé que le motif invoqué par l’administration pénitentiaire « ne saurait justifier une telle mesure ».
La défense réclame notamment que soit établie « sans délai » la preuve de la détention de son client à la maison d’arrêt de Macenta. Elle demande ainsi aux autorités de clarifier les conditions dans lesquelles ce transfert a été effectué.
Cette affaire intervient alors que le procès du magistrat s’est ouvert vendredi 4 septembre devant la Cour suprême. L’audience a toutefois été renvoyée au 8 septembre.
Des poursuites pour plusieurs chefs d’accusation
Algassimou Diallo est poursuivi notamment pour « provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence pour discrimination » et « association de malfaiteurs ».
Les autorités lui reprochent notamment d’avoir échangé des messages avec Cellou Dalein Diallo, ancien Premier ministre et figure de l’opposition guinéenne actuellement en exil à l’étranger. Ces échanges auraient été considérés comme hostiles au pouvoir en place.
Le dossier intervient dans un contexte politique et judiciaire particulièrement sensible en Guinée, où les autorités font face à des critiques concernant le traitement réservé à plusieurs figures de l’opposition.
Une figure connue du procès du 28 septembre 2009
Algassimou Diallo s’était particulièrement fait connaître dans le cadre du procès consacré au massacre du 28 septembre 2009, au stade de Conakry. Il avait alors occupé les fonctions de chef du parquet dans cette procédure emblématique.
Le massacre avait fait au moins 156 morts lors d’un rassemblement de militants de l’opposition. Plusieurs hauts responsables militaires guinéens avaient finalement été reconnus coupables dans cette affaire.
Son parcours judiciaire et son implication dans ce procès avaient contribué à lui donner une certaine notoriété dans le paysage judiciaire guinéen.
Son transfert à Macenta intervient donc à un moment décisif de la procédure engagée contre lui. La prochaine audience, prévue le 8 septembre, devrait permettre à la défense et à l’accusation de poursuivre les débats sur les charges retenues contre le magistrat.
Médard KOFFI