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M. Denis Kah Zion, maire de la Commune de Toulepleu a dénoncé ce 27 février 2026 dans une interview, les tares du conseil régional du Cavally dirigé par la ministre d'État Anne Lamizana Ouloto.
Duékoué, le 28-02-2026 (crocinfos.net) - Le développement de Toulépleu est conditionné, à en croire M. Denis Kah Zion, maire issu du PDCI-RDA, à son "revirement politique" que des cadres du RHDP du Cavally appellent de tous leurs voeux, chaque fois que de besoin.
Une pratique politicienne qui maintient malheureusement aussi la ville natale de la ministre d'État en charge de la fonction publique et de modernisation de l'administration, par ailleurs, troisième grande figure administrative de Côte d'Ivoire, député de Toulepleu puis présidente du conseil régional du Cavally dans le sous-développement, contrairement à plusieurs villes qui prennent leurs envols grâce au dynamisme de leurs cadres au Gouvernement.
"Monsieur le maire, tant que vous ne quittez pas le PDCI-RDA pour aller au RHDP, Toulépleu ne connaîtra pas un véritable développement. » et « Il n'est pas RHDP, il ne faut pas le voter parce qu'il n'aura pas les moyens pour travailler », sont autant de pressions implicites et explicites que déplore le Haut Représentant de THIAM dans le District des Montagnes (HRD). Au passage, dans la première partie de son interview accordée à Le Nouveau Réveil No 7053 du 27 février 2026, le maire Denis Kah Zion, tout en révélant sa difficile cohabitation d'avec la ministre d'État Anne Lamizana Ouloto, lance toutefois un appel au respect de la pluralité d'opinions politiques dans le Cavally. Interview...
Quelles sont les raisons du silence du maire Denis Kah Zion depuis le 28 décembre, date de proclamation des résultats des Législatives ?
Je dois dire que nous étions allés à cette élection législative dans un esprit combatif, au nom du PDCI-RDA et surtout pour gagner, parce que nous étions et sommes toujours en phase avec nos parents. Les résultats n’ont pas été ce que nous attendions, pour des raisons évidentes de pratiques non démocratiques. Finalement, nous avions en face, non une adversaire, mais toute une machine étatique prête à tout. Que fallait-il que je dise après cela qui ne soit déjà connu de tous. Aussi, je me suis donné le temps de faire le débriefing avec mon staff et sans doute après, je pourrai dire quelque chose. Mais, retenez qu’à cette élection, le candidat PDCI-RDA que je suis n’a pas été défait. Il a perdu devant un système aux mille tentacules.
"J'ai félicité Anne Ouloto, malgré ce qui s’est passé, a servi à mes électeurs du PDCI-RDA, du PPA-CI et même du RHDP de ravaler leur dédain et leur colère, pour me suivre sur cette voie du fair-play et de non-violence. Mais retenez que jusqu’à ce jour, elle ne m’a pas fait un petit message en réponse à mes félicitations".
Pourquoi avez-vous décidé dans la nuit du 27 au 28 décembre d'adresser si vite une lettre de félicitations à votre adversaire Anne Ouloto ?
Le PDCI-RDA est un parti démocratique, qui met devant les valeurs de paix et de non-violence. Si malgré ce que nous avons vu et vécu à cette élection, j’ai pris sur moi d’appeler mon adversaire du RHDP Anne Ouloto, pour la féliciter, c’est par respect pour la démocratie que nous appelons de tous nos vœux et pour nos parents qui ont voté pour moi et même ceux qui n’ont pas voté pour moi. Vous savez, nous autres qui sommes natifs de ces zones où les crises politico-militaires ont été particulièrement meurtrières, n’avons pas le droit de laisser la moindre étincelle qui pourrait provoquer encore d’autres choses. Mes félicitations à Anne Ouloto, malgré ce qui s’est passé, auront servi à mes électeurs du PDCI-RDA, du PPA-CI et même du RHDP de ravaler leur dédain et leur colère, pour me suivre sur cette voie du fair-play et de non-violence. Mais retenez que jusqu’à ce jour, elle ne m’a pas fait un petit message en réponse à mes félicitations. Je vois Anne Ouloto en sœur, elle me voit en ennemi. Voyez l’exemple de Toumodi où la ministre Raymonde Goudou a félicité le vainqueur Hervé Alliali. A Toulépleu, ce sera possible aussi un jour avec Kah Zion qui sera un jour félicité par la ministre Anne Ouloto qui perdra.
"Madame la ministre d'État, Anne Désirée Ouloto Lamizana est aujourd'hui la troisième personnalité du Gouvernement ivoirien. Elle a ses convictions politiques, j'ai les miennes".
Ma réponse est très simple : Madame la ministre d'État, Anne Désirée Ouloto est aujourd'hui la troisième personnalité du Gouvernement ivoirien. Je l'ai même dit dans l’autre message de félicitations que je lui ai adressé après le dernier remaniement ministériel (pas de réponse à ce jour également). A ce titre donc, tous, autant que nous sommes, fils et filles de cette Région du Cavally, nous lui devons respect et considération qui n’est pas soumission. Chacun peut avoir ses convictions politiques. J'ai les miennes, elle aussi a les siennes. Et ce que j'ai souvent d'ailleurs admiré chez elle, c'est que même dans les périodes les plus difficiles de l'histoire de son Parti, le RDR, elle est restée campée sur sa position de militante inconditionnelle du RDR.
" Nos parents m'ont élu maire depuis 2013 de Toulepleu parcequ'ils ont confiance en moi et parceque j'ai un bon projet de société".
Aujourd’hui, elle est RHDP, moi je suis PDCI-RDA. Je souhaite seulement que chacun respecte les convictions de l'autre. Je ne peux pas être d'accord, que de ma position aujourd'hui, on veuille m'obliger à être RHDP, et que même on me dise dans des réunions politiques entre cadres de Toulépleu, réunions auxquelles j'assiste : « Monsieur le maire, tant que vous ne quittez pas le PDCI-RDA pour aller au RHDP, Toulépleu ne connaîtra pas un véritable développement. ». Et quand souvent dans les meetings, pendant les campagnes, ils disent : « Il n'est pas RHDP, il ne faut pas le voter parce qu'il n'aura pas les moyens pour travailler », moi j'appelle cela faire de l'injure à la conscience même de nos parents. La population vote pour celui ou celle en qui elle place sa confiance et qui a un bon projet de société. Cette personne, depuis 2013, c’est Denis Kah Zion. Qu’on me laisse travailler. On peut ne pas être maire RHDP et développer la Commune de Toulépleu comme je le fais depuis 2013.
"À la tête de la Mairie de Toulépleu, n’obtient pas un troisième mandat qui le veut".
On vous fait donc du chantage à vous entendre en tant que maire de Toulépleu ?
En tout cas, cela y ressemble « Kah Zion n'est pas RHDP, il ne faut pas le voter, parce qu'il n'aura pas les moyens pour travailler », c’est la triste révélation de ce que les moyens sont mis à la disposition des Communes en fonction du bord politique du maire. Il semble pourtant que ces moyens ne sont pas des dons du RHDP, mais la juste répartition de l’argent public, issu des impôts payés par toutes les populations de la Côte d’Ivoire, et pas seulement les militants du RHDP. Cela illustre une mauvaise redistribution des ressources de l’Etat qui se ferait donc à la tête du client, si cela était vrai. Laissez-moi vous dire que depuis 2013, je reçois le budget à la taille de la Commune de Toulépleu. Je ne subis pas de discrimination. Les rallonges budgétaires, quand cela est nécessaire, j’en bénéficie ; les quotes-parts des impôts, j’en reçois comme tous les autres maires de Côte d’Ivoire. De 300 millions en 2013, j’ai aujourd’hui un budget de 1,2 milliard F CFA. Le ministre du Budget et des Finances n’affecte que d’enveloppe budgétaire avec une telle progression à des élus locaux qui travaillent et à Toulépleu mes réalisations sont là, tangibles, palpables et concrètes. A la tête de la Mairie de Toulépleu, n’obtient pas un troisième mandat qui le veut.
"Nous étions tous au Golf Hôtel, nous avons tous souffert le martyre. Chacun sait quel soutien il a apporté au Président Alassane Ouattara dans sa lutte politique, pour qu'il soit là où il est depuis 2011".
Peut-on parler de la paix des braves dans cette atmosphère ?
Non, je ne peux parler de paix des braves, mais l’idéal est que chacun protège son parti. Chacun protège son poste électif. Je protège le mien, elle protège le sien. Mais mon souhait est que cela se fasse dans le respect mutuel. Nous étions tous au Golf Hôtel, nous avons tous souffert le martyre. Chacun sait quel soutien il a apporté au président Alassane Ouattara dans sa lutte politique, pour qu'il soit-là où il est depuis 2011. Aujourd'hui, les gens nous regardent, ceux qui la soutiennent, ceux qui me soutiennent. Ceux-là n'étaient pas tous avec nous hier. Quand ils nous regardent, quelque part, il y a la raillerie. Je travaille pour la Commune de Toulépleu, elle travaille pour la Région du Cavally.
"La gestion du Cavally devrait positivement impacter [aussi] la Commune de Toulepleu. Malheureusement... on n'arrive pas encore à sentir l’impact de la gestion de la ministre Anne Ouloto Lamizana à la tête de la Région... Le Conseil régional soutient toutes les Communes du Cavally depuis 2018, sauf la Commune de Toulépleu. A chacun d’apprécier tout simplement".
"La démocratie est désormais le dernier des soucis du pouvoir RHDP... Nous avons été tous victimes de l’infernale machine électorale du RHDP".
Les législatives passées, le PDCI-RDA n’a gagné aucun poste dans votre District. Les trois postes de député que votre parti avait ont été perdus. Comment expliquez-vous cela ? Cela ne vous rend pas quelque peu malheureux, voire coupable ?
Bon ! Ainsi va la vie politique sous les tropiques. Le parti au pouvoir se donne toujours tous les moyens pour s’imposer, surtout à la présidentielle et aux législatives. Surtout avec le RHDP au pouvoir, l’on constate que la démocratie est désormais le dernier de leurs soucis. Nous avons eu plusieurs candidats dans le Cavally, le Guémon et le Tonkpi. Nous avons été tous victimes de l’infernale machine électorale du RHDP. Le Conseil Constitutionnel s’est prononcé et nous avons pris acte. Nous nous organisons déjà pour les prochaines échéances électorales.
" Les maires PDCI de Bloléquin et de Toulépleu sont deux maires ou élus PDCI-RDA rescapés dans l’Ouest-montagneux".
Maire de la Commune de Toulépleu, vous avez tenu, le 6 février dernier, la première réunion du Conseil municipal dans le village de Guiellé. Que peut-on retenir comme grandes décisions prises à cette réunion du Conseil municipal ?
Dans le programme dit projet de 2026 débattu et adopté à Guiellé, il y a la nouvelle gare routière qui sera construite cette année en face de la place publique. On a aussi le reprofilage lourd de 10 kilomètres qui va être fait incessamment. En attendant donc le bitume, nous ne pouvons pas laisser nos parents sans voirie viable. Il y a aussi l’extension de l'électrification dans les quartiers de la ville et les villages de la Commune. Au niveau de l'hydraulique, il y a un travail qui va être fait dans les quartiers pour un meilleur accès à l’eau potable pour tous. Beaucoup de quartiers vont être encore desservis. Et puis l'embellissement de la ville avec un jardin public à créer entre la Mairie et l'hôtel Mougnan. Et un autre entre la Mairie, le Trésor, la Préfecture et l’escadron de la Gendarmerie. En fait, nous avons déjà fait beaucoup dans les villages. Nous serons encore dans les villages avec des foyers des jeunes à construire, l’électrification, des écoles maternelles et des logements des enseignants…
" La ville de Toulepleu, avec le bitume de la route internationale qui la traverse, la Mairie va, elle aussi, faire un travail de fond pour l'embellir...Les réalisations du budget d’un milliard 200 millions seront bien perceptibles une fois de plus à partir de cette année 2026".
Mais aujourd'hui, avec le nouveau visage Toulépleu a avec le bitume de la route internationale qui traverse la ville, la Mairie va, elle aussi, faire un travail de fond. Nous allons donc embellir notre ville à notre manière. Et nous avons dit que 2026, c'est l'année de la salubrité à Toulépleu. C’est tout un programme. Les réalisations du budget d’un milliard 200 millions seront bien perceptibles une fois de plus à partir de cette année 2026.
Permettez-moi de dire merci à mon collègue de Bloléquin, M. Thierry Ouahi, qui a bien voulu répondre à notre invitation en acceptant de participer à la réunion du Conseil municipal de Toulépleu avec presque tous ses adjoints et tous ses chefs de service. Leur présence a réhaussé l’éclat de la cérémonie. Les participants à cette réunion ont apprécié le message d’union et de solidarité donné par les deux maires, mais plus particulièrement par le maire Ouahi qui a évoqué une réalité : « Le maire PDCI de Bloléquin et le maire PDCI de Toulépleu sont deux maires ou élus PDCI-RDA rescapés dans l’Ouest-montagneux ». Constat à la fois exact, révélateur et interpellateur.
In Le Nouveau Réveil - Vendredi 27 février 2026 - N°7053