Invité spécial, le député Sangaré Yacouba, porteur de la proposition de loi
Le député Sangaré Yacouba affirme que 80 % des parlementaires soutiennent la polygamie optionnelle en Côte d'Ivoire, ouvrant un débat national sur la réforme du mariage, la liberté individuelle et les droits des femmes.
Par Sekou N’diaye
La réponse de l’honorable Sangaré Yacouba, affirmant que 80 % des députés et sénateurs sont favorables à la polygamie optionnelle, jette une lumière nouvelle sur le débat national autour de la réforme du mariage en Côte d’Ivoire.
Une conférence-débat sous haute attention
La plateforme Newscoop a réuni, ce samedi 21 mars 2026, un large public autour d’une conférence-débat intitulée « Polygamie optionnelle entre liberté individuelle, réalités sociales et cadre juridique ».
Invité spécial, le député Sangaré Yacouba, porteur de la proposition de loi, est venu exposer sa démarche, répondre aux interrogations et prendre le pouls de l’opinion.
Pendant plus d’une heure d’échanges, les participants ont questionné le texte, ses motivations et ses implications pour les femmes, la famille et le droit, dans un climat mêlant curiosité, inquiétudes et positions affirmées.
Un projet de loi qui assume un état de fait
Auteur de la proposition de loi déposée à l’Assemblée nationale en 2022, le député de Koumassi défend l’introduction d’une polygamie dite optionnelle dans le cadre légal du mariage.
Son argument central repose sur un constat simple. La polygamie existe déjà, de manière largement répandue, sous des formes non reconnues comme les maîtresses ou les unions parallèles, mais reste invisible et sans protection juridique.
Pour Sangaré Yacouba, il s’agit de briser le tabou et de mettre fin à l’hypocrisie d’un système officiellement monogamique, hérité de la loi de 1964 et renforcé par la réforme de 2019.
Dans cette logique, la polygamie deviendrait un choix contractuel. Les futurs conjoints décideraient librement, d’un commun accord, d’un régime monogamique ou polygamique, inscrit clairement dans l’acte de mariage.
Une initiative portée au départ par une femme
Interpellé sur l’origine de cette démarche, l’élu a rappelé qu’elle ne procède pas d’une logique exclusivement masculine.
Selon lui, l’idée de la polygamie optionnelle aurait été initialement portée par une femme parlementaire aujourd’hui sénatrice, dont il poursuit le travail.
Ce rappel vise à répondre aux critiques accusant le texte d’être dirigé contre les femmes.
Pour ses promoteurs, la réforme offrirait au contraire une meilleure protection juridique à de nombreuses femmes vivant déjà dans des situations de polygamie de fait, mais privées de droits reconnus.
80 % des parlementaires favorables, une affirmation à nuancer
Interrogé sur le niveau de soutien dont bénéficie sa proposition, le député a avancé un chiffre marquant.
Il affirme que 80 % des députés et sénateurs sont favorables à la polygamie en Côte d’Ivoire, estimant que ces élus reflètent une réalité sociale largement répandue.
Cependant, cette affirmation contraste avec la prudence observée au niveau institutionnel. Le texte n’a pas encore fait l’objet d’un examen formel et suscite une forte mobilisation d’organisations de la société civile, d’acteurs religieux et de défenseurs des droits humains.
Aucune position officielle des institutions parlementaires n’est venue confirmer ce pourcentage à ce stade. La question reste donc ouverte. S’agit-il d’un soutien structuré ou de positions individuelles encore dispersées, susceptibles d’évoluer au gré du débat public
Un débat de société encore ouvert
Au-delà du cadre parlementaire, la proposition de loi continue de diviser profondément la société ivoirienne.
Les organisations de défense des droits des femmes dénoncent un texte qu’elles jugent rétrograde, susceptible d’accentuer les inégalités et de fragiliser davantage les femmes sur les plans économique et social.
À l’inverse, les partisans du projet invoquent la liberté individuelle, le respect des convictions religieuses et la nécessité d’adapter le droit aux réalités sociales existantes.
La conférence organisée par Newscoop aura ainsi permis de déplacer le débat dans l’espace citoyen, là où se construit, en définitive, la légitimité des grandes réformes.
Reste à savoir si les positions exprimées se traduiront, le moment venu, par des votes assumés à l’Assemblée nationale et au Sénat, ou si les dynamiques sociales et les divergences d’opinion viendront en redessiner les contours.