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C R O C I N F O S

[Tribune/ Fonds souverain] L’heure de vérité pour la richesse ivoirienne

[Tribune/ Fonds souverain] L’heure de vérité pour la richesse ivoirienne

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La Côte d’Ivoire avance, mais le véritable défi demeure : transformer la richesse en un bien tangible pour le peuple. Le fonds souverain doit être un outil concret de progrès, de transparence et de justice.

Par Yaya Fofana, président du MFA

La Côte d’Ivoire avance. Les routes se construisent, les ponts se dressent, les villes s’étendent, les projets se multiplient.

Mais à Yopougon comme à Abobo, à Bouaké comme à Korhogo, à Daloa comme à Man, dans les quartiers comme dans les villages, une même question revient, simplement, sans bruit

Est-ce que cette richesse change réellement ma vie

C’est là que se joue l’essentiel.

Car une Nation ne se construit pas seulement avec des chantiers visibles. Elle se construit avec la confiance vécue.

Et la confiance ne se décrète pas. Elle se gagne, jour après jour.

Elle se gagne quand, à Adjamé, la commerçante peut écouler ses produits sans pertes liées aux difficultés d’approvisionnement et au coût du transport.

Elle se gagne quand, à Koumassi ou à Port-Bouët, le jeune diplômé trouve un emploi sans passer par des circuits fermés.

Elle se gagne quand, à Bondoukou ou à Odienné, la mère de famille peut se soigner sans s’endetter.

Elle se gagne quand, à Soubré, Divo ou Daloa, le planteur de cacao ou d’hévéa vend sa production à un prix juste, sans subir les fluctuations et les retards de paiement.

Elle se gagne quand, à Bouaké ou Man, l’artisan peut travailler, produire et vendre sans être freiné par le manque de financement ou d’équipements.

Elle se gagne quand, à San Pedro comme à Abengourou, l’électricité, l’eau et les services de base deviennent stables et accessibles.

C’est dans cette réalité concrète que doit être pensé le fonds souverain.

Un fonds souverain n’est pas une affaire de spécialistes seulement. Ce n’est pas une ligne dans un budget. Ce n’est pas un discours.

C’est une promesse faite au peuple.

Une promesse simple

La richesse du pays doit revenir au pays. Et surtout, elle doit revenir aux populations.

Aujourd’hui, la Côte d’Ivoire dispose de ressources importantes, d’une économie dynamique et d’un potentiel reconnu.

Mais chacun le sait

on peut voir des milliards annoncés et continuer à vivre des difficultés au quotidien, que l’on soit à Gagnoa, à Dimbokro ou dans les zones rurales les plus reculées.

C’est cela le vrai défi.

Transformer la richesse en amélioration visible de la vie.

Voilà pourquoi l’heure de vérité a sonné.

Le peuple ivoirien ne juge pas avec des rapports. Il juge avec ce qu’il vit.

Il juge avec l’état de la route qui mène à son village, souvent impraticable en saison des pluies.

Il juge avec la qualité de l’école de ses enfants.

Il juge avec l’accès aux soins.

Il juge avec les opportunités d’emploi.

Il juge avec le coût de la vie qui pèse sur chaque famille.

Mais il juge aussi avec son activité quotidienne.

Le planteur juge avec le prix de sa récolte.

Le commerçant juge avec la rotation de son stock et ses marges.

L’artisan juge avec sa capacité à produire, vendre et grandir.

Le transporteur juge avec l’état des routes, les tracasseries et le coût des corridors.

Un fonds souverain qui ne change pas ces réalités reste une promesse lointaine.

Un fonds souverain sans transparence crée la méfiance.

Un fonds souverain sans contrôle crée le doute.

Un fonds souverain sans impact crée la frustration.

C’est pourquoi il faut poser des questions simples, mais essentielles.

D’où vient l’argent

À quoi va-t-il servir concrètement

Qui décide

Qui contrôle

Comment le peuple est informé

Qu’est-ce qui revient aux régions

Qu’est-ce qui revient aux jeunes, aux femmes, aux travailleurs, aux producteurs et aux entrepreneurs

Ces questions ne sont pas contre l’État. Elles sont pour la Nation.

Dans un pays moderne, demander des comptes, ce n’est pas s’opposer.

C’est participer à la construction du pays.

Nous devons bâtir un fonds souverain qui parle à tout le monde.

Pas seulement aux experts.

Mais aussi au planteur de Soubré.

À l’artisan de Bouaké.

Au commerçant du marché d’Adjamé.

Au transporteur qui relie Abidjan à Bamako.

Au jeune de Yamoussoukro qui cherche sa place.

À la famille de Man qui espère vivre mieux.

Car la richesse du pays appartient à tous.

Et ce qui appartient à tous doit être géré pour tous.

Il faut donc trois choses claires.

D’abord, la transparence.

Le peuple doit comprendre où va l’argent.

Ensuite, le contrôle.

Ce qui est puissant doit être surveillé avec rigueur.

Enfin, l’impact.

Chaque franc investi doit se traduire par une amélioration réelle de la vie.

Nous devons refuser une Côte d’Ivoire coupée en deux une Côte d’Ivoire des grandes annonces et une Côte d’Ivoire des difficultés quotidiennes.

Nous devons faire en sorte que chaque Ivoirien puisse dire mon pays avance, et moi aussi j’avance avec lui.

C’est cela le vrai développement.

Pas seulement construire des infrastructures.

Mais améliorer la vie.

Pas seulement annoncer des milliards.

Mais créer des opportunités.

Pas seulement planifier.

Mais transformer.

Aujourd’hui, la Côte d’Ivoire a une opportunité historique.

Faire du fonds souverain un outil de justice, d’équilibre et de progrès partagé.

Mais il faudra éviter trois erreurs le manque de transparence la concentration excessive des décisions l’éloignement des réalités du terrain

Un bon fonds souverain doit être compris par tous.

Il doit rassurer les investisseurs, mais aussi donner espoir aux populations.

Il doit structurer l’économie, mais aussi soutenir concrètement les planteurs, les artisans, les commerçants et tous ceux qui font vivre le pays au quotidien.

Nous avons une responsabilité.

Penser à demain.

Ne pas laisser à nos enfants des promesses non tenues, mais des résultats visibles.

Dans quelques années, une seule question comptera qu’avons-nous fait de cette richesse

Avons-nous construit un outil utile ou simplement ajouté une structure de plus

Avons-nous partagé la richesse ou l’avons-nous concentrée

Avons-nous amélioré la vie ou simplement amélioré les chiffres

La Côte d’Ivoire mérite mieux.

Elle mérite une richesse qui se voit.

Une richesse qui se ressent.

Une richesse qui change la vie.

Dans l’esprit du président Félix Houphouët-Boigny, rappelons-nous que le développement n’a de sens que s’il profite à tous.

La Côte d’Ivoire ne doit pas seulement avancer.

Elle doit avancer avec son peuple.

Et l’avenir ne pardonne pas aux pays qui oublient leurs populations.

Le fonds souverain ne doit pas être un symbole.

Il doit être une solution.

Une solution pour l’école.

Une solution pour l’emploi.

Une solution pour la santé.

Une solution pour les territoires.

Une solution pour les planteurs, les artisans et les commerçants.

Car au final, une Nation devient forte quand sa richesse devient justice.

Et c’est à cette hauteur que nous devons servir la Côte d’Ivoire.


Fait, le 26 avril 2026