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C R O C I N F O S

[Verdict du procès Dali Séné] La justice s'exprime enfin

[Verdict du procès Dali Séné] La justice s'exprime enfin

L'enceinte du Pôle pénal économique et financier. À titre d'illustration

Le procès de Dali Séné Patrick Alain s'est intensifié avec la condamnation pour détournement de fonds publics et blanchiment de capitaux. La question de la responsabilité des banques et du retrait des fonds reste centrale

Abidjan (Côte d’Ivoire), le 14 mars 2026 (crocinfos)---Le 14 mars 2026, au Pôle pénal économique et financier (PPEF) d'Abidjan, un jugement lourd a été rendu dans l’affaire Dali Séné Patrick Alain, un dossier qui continue de faire couler beaucoup d'encre. L’ancien responsable administratif au sein du Comité national de pilotage du partenariat public-privé (CNP-PPP) a été reconnu coupable des faits de détournement de fonds publics, d’association de malfaiteurs et de blanchiment de capitaux. La sentence, sévère, a été de cinq ans d’emprisonnement ferme, d’une amende d’un milliard de FCFA et d'une indemnisation de 429 millions de FCFA en dommages et intérêts. Le verdict a surpris les observateurs qui ont exprimé leur incompréhension face à cette condamnation. Selon eux, la question centrale reste la même : « Qui a retiré l’argent ? Ce n’est pas Dali ». Pour eux, il est injuste d’imputer à M. Dali les fautes des banques et du parquet, qui n’ont pas su identifier la personne responsable du retrait des 429 millions de FCFA. Cet aspect soulève plusieurs interrogations sur la robustesse du dossier et sur la manière dont les faits ont été interprétés par la juridiction.


Retour sur les événements ayant mené au procès

L’histoire judiciaire de Dali Séné débute le 18 septembre 2023, date à laquelle il procède à la passation des charges avec Mme Lou Belefe Olga Roseline Toa, sa successeur à la direction administrative et financière du CNP-PPP. Quelques semaines plus tard, les 3 et 12 octobre 2023, des virements d'un montant total de 48.626.600 FCFA sont effectués et enregistrés sur le compte du CNP-PPP à la Banque Atlantique Côte d'Ivoire (BACI). Selon les procédures établies, ces virements doivent être signés successivement par le président du CNP-PPP, puis par le DAF du CNP-PPP, et enfin par le DAF de la présidence, avant d’être déposés physiquement à la banque par le DAF du CNP-PPP pour leur traitement.

Le 15 janvier 2024, après plusieurs mois d’enquête, Dali Séné est arrêté. Il est inculpé pour association de malfaiteurs, détournement de fonds publics et blanchiment de capitaux. Toutefois, malgré ces lourdes accusations, les responsables directs ayant traité ces fonds, à savoir Mme Fatou N'Daye, gestionnaire des ordres de virement, ainsi que Mme Lou Belefe Olga Roseline Toa, sont restées libres de tout mouvement. M. Dali, quant à lui, n’a cessé de demander sa mise en liberté, mais ses requêtes ont toutes été rejetées, y compris celles formulées en avril 2024, janvier 2025, juillet 2025 et mars 2026.


Les dysfonctionnements bancaires

Lors du procès, après plus de deux ans d’attente, les dysfonctionnements au sein des institutions bancaires ont occupé une place centrale dans les débats. Le mystère autour du retrait des 429 millions de FCFA reste entier : aucune personne n’a été clairement identifiée comme responsable de ce retrait. Les banques concernées, la BACI et Ecobank, ont reconnu que les documents ayant servi aux virements étaient falsifiés, tout comme les pièces utilisées pour effectuer le retrait des fonds. Ce qui, en d’autres termes, signifie que l’argent a été détourné grâce à des documents frauduleux et des identités falsifiées.

La BACI a ainsi validé des virements par email, un procédé formellement interdit, tandis qu'Ecobank a ouvert des comptes bancaires avec des récépissés de cartes d’identité, facilitant ainsi des transactions illégales. Ces révélations ont mis en lumière les failles profondes du système bancaire, qui a permis cette fraude. La gestion des fonds publics a donc été gravement compromise par des négligences systémiques.


Moussa Kouyaté et des révélations accablantes sur la gestion des virements

Le 9 février 2026, lors d’une audience clé, Moussa Kouyaté, président du CNP-PPP, a apporté des révélations cruciales concernant la gestion des virements effectués à la BACI. Selon lui, les virements devaient impérativement être validés via des signatures physiques déposées à la banque, conformément à la procédure établie. Or, dans cette affaire, les virements ont été validés par email, un manquement qui a permis la mise en œuvre de virements frauduleux d’un montant de 429 millions de FCFA. Ces fonds ont été transférés sur des comptes ouverts à Ecobank sans le consentement du président du CNP-PPP.

L’audition de M. Kouyaté a ainsi mis en lumière de graves lacunes dans la gestion des fonds publics, particulièrement en ce qui concerne la négligence des banques, qui n’ont pas respecté les protocoles de validation des virements. Cette situation a permis l’exécution de virements frauduleux et a renforcé la thèse selon laquelle la responsabilité des banques, et en particulier celle de la BACI et d’Ecobank, est capitale dans l'affaire.


L’issue incertaine

Le 31 mars 2026, une nouvelle audience s’est tenue au Pôle pénal financier d’Abidjan, où l’avocat de l'État, Me Abdoulaye Ben Méité, a surpris la salle en exprimant une position différente de celle adoptée précédemment. En effet, il a estimé que la culpabilité de Dali Séné et de Mme N'Daye n’était pas suffisamment établie. Dès lors, il a demandé la relaxe des deux prévenus, soulignant également que la responsabilité des banques, la BACI et Ecobank, dans le détournement des 429 millions de FCFA n’était pas à négliger. Cette volte-face a mis en lumière les faiblesses du dossier d’accusation, qui, selon certains avocats, aurait manqué de preuves solides.

Cependant, malgré ce retournement de situation, l’issue de l’affaire demeure incertaine. Le délibéré, prévu pour le 14 avril 2026, ainsi que les réquisitions additionnelles du parquet et les nouvelles plaidoiries des avocats, font planer un lourd suspense sur le destin de Dali Séné. Ce dernier pourrait être exaucé par la relaxe, mais des éléments nouveaux pourraient aussi faire basculer la balance en faveur de la condamnation.


Une affaire complexe aux multiples enjeux

Le procès Dali Séné Patrick Alain met en lumière des dysfonctionnements majeurs dans la gestion des fonds publics en Côte d'Ivoire. Les failles dans les procédures bancaires, la falsification de documents et la négligence de certaines institutions bancaires ont permis à cette fraude de se produire. Malgré la sévérité du jugement rendu le 14 mars 2026, l'incertitude plane sur l’issue finale de l’affaire, d’autant plus que les banques concernées, la BACI et Ecobank, pourraient jouer un rôle déterminant dans l'évolution du dossier en appel.

Il est à noter que ce procès dépasse largement le cadre de l’affaire Dali Séné. Il soulève des questions cruciales sur les mécanismes de contrôle et de lutte contre la fraude et la corruption dans la gestion des fonds publics. Si la condamnation de M. Dali Séné est maintenue, l’affaire pourrait avoir un effet dissuasif, incitant les institutions financières à renforcer leurs procédures de sécurité et de contrôle. En revanche, si la relaxe est prononcée, ce serait un coup dur pour l’effort gouvernemental en matière de lutte contre la corruption.

En dépit des lourdes accusations et de la condamnation initiale, l'affaire Dali Séné Patrick Alain n’est pas encore close. Elle met en lumière non seulement la fraude financière, mais aussi les failles dans la gestion des fonds publics, la manipulation de documents et l'inaction de certaines banques. L'incertitude persiste quant à l'issue finale de cette affaire. Le rôle des institutions bancaires, notamment la BACI et Ecobank, sera déterminant lors du réexamen de ce dossier en appel. Ce procès représente donc une étape clé dans la lutte contre la corruption en Côte d’Ivoire, et son dénouement aura des répercussions significatives sur la transparence des transactions publiques et bancaires dans le pays.


Koné Sériba