À titre d'illustration
Selon le GAFI, la Côte d’Ivoire reste en surveillance renforcée en 2026, malgré l’achèvement substantiel de son plan d’action contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, ouvrant la voie à une évaluation.
ABIDJAN, 25 juin 2026 (crocinfos)– Selon le site du Groupe d’action financière (GAFI) dans sa publication « Juridictions faisant l’objet d’une surveillance renforcée – 19 juin 2026 – Détails de la publication », la Côte d’Ivoire figure toujours sur la liste des juridictions placées sous surveillance renforcée, dite « liste grise », aux côtés d’autres États engagés dans des réformes structurelles de leurs dispositifs de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.
Dans cette mise à jour, le GAFI confirme toutefois une évolution significative du cas ivoirien. Le pays, inscrit depuis octobre 2024 sur la liste grise, a « substantiellement achevé » son plan d’action et pourrait faire l’objet d’une évaluation sur place destinée à vérifier la mise en œuvre effective des réformes engagées.
Sur le plan institutionnel, cette étape ne constitue pas une sortie automatique de la liste, mais un mécanisme de vérification renforcé. Le retrait ne peut intervenir qu’après constat de l’effectivité des mesures, de leur durabilité et du maintien d’un engagement politique constant des autorités nationales.
Les réformes ivoiriennes saluées par le GAFI portent sur plusieurs axes structurants :
-Le premier concerne le renforcement de la coopération internationale dans les enquêtes et poursuites relatives aux infractions de blanchiment et de financement du terrorisme.
-Le second vise l’amélioration de la supervision fondée sur les risques appliquée aux institutions financières et aux professions non financières désignées, accompagnée de campagnes de sensibilisation à la conformité.
-Le troisième axe touche à la transparence des personnes morales, avec un renforcement de la vérification et de l’accès aux informations relatives aux bénéficiaires effectifs, ainsi que l’application de sanctions en cas de manquements.
-Le quatrième concerne l’exploitation accrue du renseignement financier par les autorités judiciaires et sa meilleure diffusion par la cellule nationale spécialisée.
Le GAFI relève également une intensification des enquêtes et poursuites en matière de criminalité financière, en cohérence avec le profil de risque du pays, ainsi qu’un renforcement du dispositif de sanctions financières ciblées.
Dans la région, la Côte d’Ivoire partage son statut avec plusieurs juridictions également soumises à surveillance renforcée, dont le Cameroun, la République démocratique du Congo, le Kenya, le Liban ou encore le Vietnam. Certaines d’entre elles présentent des niveaux d’avancement variables dans l’exécution de leurs plans d’action, tandis que d’autres font face à des contraintes structurelles persistantes.
La mise à jour du 19 juin 2026 confirme également des mouvements au sein de la liste grise. L’Algérie et la Namibie en sont sorties après validation de leurs réformes, tandis que la Bosnie-Herzégovine et l’Irak y ont été ajoutés, illustrant le caractère évolutif et strictement technique du dispositif d’évaluation du GAFI.
Sur le plan juridique, le mécanisme de surveillance renforcée repose sur une logique d’engagement progressif. Les juridictions concernées ne sont pas sanctionnées au sens pénal ou commercial, mais placées sous observation afin d’améliorer la conformité de leurs dispositifs aux standards internationaux. Le GAFI rappelle par ailleurs que cette classification ne justifie pas, en principe, des mesures de dé-risking systématique, mais une approche fondée sur l’analyse des risques.
Pour la Côte d’Ivoire, l’enjeu est désormais probatoire. La prochaine évaluation sur place constituera un moment déterminant pour mesurer la réalité opérationnelle des réformes engagées depuis 2024. Une issue favorable ouvrirait la voie à un retrait de la liste grise et à une consolidation de la crédibilité du système financier ivoirien à l’échelle internationale.
Dans l’attente de cette décision, Abidjan demeure juridiquement sous surveillance renforcée, tout en apparaissant comme l’un des États les plus avancés dans le processus de mise en conformité au sein de la zone africaine suivie par le GAFI.
Charles Kpan