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Près de 800 souscripteurs de projets immobiliers liés à la MUTADAFP réclament le remboursement de leurs investissements, estimés à quatre milliards de FCFA, après plusieurs années d’attente et des démarches infructueuses, selon leurs représentants.
Abidjan, le 13 octobre 2026 (crocinfos.net) – La situation des souscripteurs aux projets immobiliers de la Mutuelle des agents de la Direction des Affaires financières et du Patrimoine (MUTADAFP) suscite de nouvelles préoccupations. Réunis face à la presse, ce mardi 13 octobre, à Cocody-Riviera Palmeraie, des représentants de personnes se déclarant victimes ont réclamé des réponses concrètes sur les fonds engagés, la livraison des terrains et les possibilités de remboursement.
Selon les chiffres avancés par leurs représentants, près de 800 souscripteurs seraient concernés, pour un montant global estimé à quatre milliards de FCFA. Ils affirment avoir investi dans des projets d’acquisition de terrains nus et de logements sans obtenir les biens attendus ni récupérer les sommes versées. Ils indiquent également que les paiements ont notamment été effectués sur des comptes ouverts auprès de NSIA Banque, un élément dont ils souhaitent voir les modalités examinées.
Des rencontres institutionnelles jugées insuffisantes
Au cours de la conférence de presse, Cahié Kunta, porte-parole des souscripteurs au sein du mouvement citoyen Les Chapeaux Rouges, a indiqué que plusieurs démarches avaient été entreprises auprès des responsables concernés. Selon lui, des représentants des souscripteurs ont notamment rencontré le directeur des Affaires financières du ministère de l’Économie, des Finances et du Budget, ainsi que des membres d’un comité ad hoc, le président de la mutuelle et certains de ses collaborateurs.
Ces échanges n’auraient toutefois pas permis, selon les représentants, d’obtenir les réponses attendues sur le règlement des dossiers. Ils rapportent que leurs interlocuteurs ont notamment évoqué l’arrestation et l’incarcération du président de la mutuelle, ainsi que la transmission du dossier à la justice.
Pour les souscripteurs, le traitement judiciaire de l’affaire ne doit cependant pas faire oublier leur principale préoccupation : récupérer les fonds investis ou obtenir les terrains prévus dans leurs engagements contractuels.
« Notre objectif, ce n’est pas de condamner quelqu’un ni de le mettre en prison. Ce que nous voulons, c’est qu’on nous restitue notre argent ou qu’on nous remette nos terrains », a expliqué Antoine Yoko, qui affirme représenter des souscripteurs, dont certains vivent en Europe.
Selon lui, une éventuelle condamnation pénale ne suffirait pas, à elle seule, à régler les difficultés financières des personnes concernées. Il estime donc nécessaire de rechercher des solutions concrètes permettant aux souscripteurs de faire valoir leurs droits.
Des terrains attendus depuis plusieurs années
Les témoignages recueillis lors de cette rencontre illustrent les difficultés rapportées par certains souscripteurs. Cissé, opérateur économique, affirme avoir adhéré au projet immobilier en 2021 et investi 20 millions de FCFA pour l’acquisition de quatre lots à Bingerville.
La livraison étant, selon lui, prévue en 2023, il dit n’avoir toujours pas reçu les terrains concernés. Il affirme également ne pas avoir obtenu le remboursement des sommes versées, malgré plusieurs démarches auprès de l’administration.
« Aujourd’hui, je n’ai plus besoin de terrain. Personnellement, je veux que mon argent me soit remboursé intégralement. J’ai versé 20 millions de FCFA et je dispose de tous mes reçus », a-t-il déclaré.
Ce souscripteur estime que la présentation institutionnelle de la mutuelle a contribué à instaurer un climat de confiance auprès des adhérents. Il appelle les responsables concernés et les autorités compétentes à s’impliquer davantage dans la recherche d’une issue à ce dossier.
Antoine Yoko a, pour sa part, évoqué les difficultés rencontrées dans la procédure de souscription. Selon son témoignage, les adhérents devaient initialement recevoir des reçus de paiement avant de signer des contrats de réservation chez un notaire. Il affirme que de nombreux souscripteurs ne disposeraient pas de ces contrats.
Il rapporte également qu’un désaccord aurait opposé la mutuelle et le notaire au sujet des frais liés aux opérations. Alors que le coût annoncé aurait été de cinq millions de FCFA par terrain, le notaire aurait, selon lui, demandé deux millions de FCFA supplémentaires. D’après son récit, cette situation aurait contribué à empêcher la signature des contrats de réservation.
Antoine Yoko indique que des attestations de paiement auraient ensuite été délivrées à certains souscripteurs. Il estime que les documents remis ne répondent pas entièrement aux attentes de ceux qui espéraient obtenir des contrats et, à terme, leurs terrains.
Ces déclarations, qui émanent des souscripteurs, nécessitent des vérifications auprès des différentes parties concernées.
Plusieurs sociétés citées, des responsabilités à clarifier
Présent à cette conférence de presse, le Collectif des victimes des projets immobiliers de la MUTADAFP (CVPI-MUTADAFP), représenté par Traoré Seydou, a également demandé que les conditions de commercialisation et de réalisation des projets soient examinées.
Le collectif cite plusieurs structures qui, selon les documents publicitaires et les informations dont il dispose, seraient intervenues à différents niveaux dans la promotion, la gestion ou l’aménagement des projets immobiliers. Il s’agit notamment de Grâce Immobilier Construction, de la société AL SANOGO, d’ARCTIC GROUPE et de TEX IMMOBILIER, en plus de la MUTADAFP.
Le CVPI-MUTADAFP souhaite que les autorités compétentes clarifient les relations contractuelles entre ces différentes entités, les engagements pris envers les souscripteurs, les opérations financières effectuées et les responsabilités éventuelles de chaque intervenant.
Le collectif demande également que soit examiné le rôle des personnes présentées comme responsables ou interlocuteurs dans les communications relatives aux projets. Il précise toutefois que la mention de ces structures et de ces personnes ne constitue pas une preuve de culpabilité. Toute responsabilité éventuelle doit être établie par les autorités compétentes sur la base des éléments recueillis.
Des plaintes annoncées auprès du Pôle pénal économique et financier
Face à la persistance des difficultés, le CVPI-MUTADAFP indique que plusieurs souscripteurs ont déposé plainte auprès du procureur de la République près le Pôle pénal économique et financier (PPEF) de Côte d’Ivoire.
Le collectif souhaite que les investigations permettent notamment de vérifier les montants collectés, l’affectation des fonds, la situation juridique et foncière des terrains commercialisés, ainsi que les engagements contractuels pris envers les souscripteurs.
Il demande également que les éventuels manquements soient établis et que les personnes concernées puissent exercer leurs droits à la restitution des fonds ou à la réparation des préjudices, dans le respect des procédures applicables.
Des courriers adressés aux autorités
Les représentants des souscripteurs affirment avoir adressé plusieurs courriers à la Primature, au président de l’Assemblée nationale et aux services compétents du ministère de l’Économie, des Finances et du Budget. Ils indiquent avoir joint des accusés de réception à certaines de leurs démarches, sans avoir obtenu, à ce stade, les réponses qu’ils espéraient.
Ils évoquent également une audience annoncée pour le 21 octobre 2026, dont ils attendent des avancées concrètes. Ils souhaitent que les échanges à venir permettent de clarifier la situation des projets, d’établir un état des paiements et des dossiers en souffrance et de définir un calendrier crédible de règlement.
Le collectif affirme disposer de reçus de versement, de documents relatifs aux souscriptions et d’une liste de personnes concernées. Ces pièces pourraient contribuer à documenter les dossiers et à faciliter leur examen par les autorités compétentes.
Des conséquences financières et humaines préoccupantes
Au-delà des sommes engagées, les représentants des souscripteurs évoquent des répercussions sur la vie personnelle et familiale des personnes concernées. Certains auraient investi une part importante de leurs économies dans l’espoir d’acquérir un terrain ou un logement. D’autres, selon les témoignages rapportés, rencontreraient des difficultés financières et des problèmes de santé.
Les représentants mentionnent également des souscripteurs établis à l’étranger, notamment en Europe, qui disent attendre des réponses sur le devenir de leurs investissements.
Ces témoignages mettent en évidence les attentes des adhérents, mais l’ampleur exacte des préjudices et leur lien avec les opérations dénoncées restent à documenter.
Les souscripteurs privilégient désormais le remboursement
Pour les représentants du collectif, la priorité est désormais de parvenir à une solution concrète. Certains ne souhaitent plus recevoir de nouvelles propositions de terrains et demandent plutôt la restitution intégrale des sommes versées lorsque la livraison des biens ne peut être réalisée.
Le CVPI-MUTADAFP réclame ainsi un état exhaustif des souscripteurs, des paiements effectués, des biens éventuellement attribués et des dossiers non réglés. Il demande aussi une clarification des obligations de la mutuelle et des sociétés intervenantes, ainsi que la réparation des préjudices qui seraient légalement établis.
Les représentants appellent enfin les autorités à examiner les plaintes dans le respect de l’indépendance de la justice et invitent les souscripteurs à conserver soigneusement leurs contrats, reçus, attestations, correspondances et autres justificatifs.
Ils sollicitent également l’attention du président de la République, Alassane Ouattara, et appellent les médias à contribuer à une information rigoureuse et équilibrée sur cette affaire.
En attendant les suites judiciaires et administratives, les souscripteurs disent maintenir leurs revendications autour de trois exigences : la vérité sur les opérations, le respect de leurs droits et la restitution des fonds ou la livraison des biens conformément aux engagements qui pourront être établis.
Les accusations formulées par les représentants restent à examiner par les autorités compétentes. Les responsabilités éventuelles des personnes et des structures citées ne sauraient être considérées comme établies en l’absence de conclusions des procédures concernées.
Médard KOFFI