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[L’Or brun en péril] Les paysans ivoiriens subissent la dégringolade du prix du cacao

[L’Or brun en péril] Les paysans ivoiriens subissent la dégringolade du prix du cacao

Les paysans ivoiriens subissent la dégringolade du prix du cacao. À titre d'illustration

La chute de 57 % du prix du cacao en Côte d'Ivoire plonge producteurs, pisteurs et acheteurs dans une crise profonde, menaçant l’équilibre d’une filière stratégique. Appels au gouvernement pour des mesures urgentes.

Abidjan (Côte d'Ivoire), le 20 mars 2026 (crocinfos)– Le cacao, surnommé l'or brun, est la principale source de revenus pour des millions de paysans en Côte d'Ivoire, le premier producteur mondial de fèves de cacao. Cependant, cette précieuse ressource est en proie à une crise qui menace de déstabiliser l’ensemble de la chaîne de production, des planteurs aux acheteurs, en passant par les pisteurs. Le gouvernement ivoirien a récemment annoncé une chute de 57 % du prix du cacao, passant de 2 800 FCFA à 1 200 FCFA le kilogramme, plongeant les acteurs de cette filière dans une profonde inquiétude.

Les producteurs de cacao, principalement dans les zones rurales comme Binao, Gbolouville et Danané, expriment leur frustration face à une décision gouvernementale qu’ils jugent injuste et pénalisante. Kassi G., un planteur à Binao, déclare au micro du confrère de «afrique.le360.m : « Nous avions fait des investissements en pensant que le prix resterait inchangé. Aujourd’hui, vendre à 1 200 FCFA devient difficile. Nous ne sommes pas d’accord avec ce prix. » Un sentiment largement partagé dans les campements et villages où l’agriculture cacaoyère reste la principale activité économique.

Cette dégringolade des prix survient dans un contexte de crise mondiale du marché du cacao. Le prix de la tonne sur le marché international a chuté de plus de 11 000 dollars début 2024 à 2 900 dollars actuellement, soit une baisse de près de 75 %. Le ministre de l’Agriculture, Bruno Koné, avait justifié cette décision par un « ajustement » nécessaire pour faire face à cette réalité économique. Toutefois, pour de nombreux producteurs, cette réponse gouvernementale ne suffit pas à compenser la lourde perte de revenus qu’ils subissent.

La baisse du prix du cacao met également en difficulté les intermédiaires, tels que les pisteurs et acheteurs, qui avaient acquis des stocks à des prix bien plus élevés. M. Koutou, un acheteur local basé à Danané, se dit accablé par cette situation : « Maintenant que le prix a chuté, que allons-nous faire de nos stocks bloqués ? Qu’allons-nous faire pour couvrir nos dépenses et répondre aux besoins de nos familles et celles des planteurs ? »


Un secteur stratégique en crise

La filière cacao ivoirienne, qui représente 14 % du PIB national et fait vivre environ cinq millions de personnes, est en crise. En dépit de cette position dominante sur le marché mondial (environ 40 % de la production mondiale), la Côte d'Ivoire n’est pas épargnée par les fluctuations du marché international. « C’est trop ! Nous aurions pu tolérer un prix du kilo à 2 000 FCFA, mais diminuer le prix jusqu’à 1 200 FCFA, c’est nous pénaliser », déclare M. Adjiri, un planteur dans la sous-préfecture de Gbolouville. Ce bouleversement de prix remet en cause les espoirs d’une rentabilité durable dans la production de cacao.

De plus, les paysans et les acheteurs se heurtent à un autre problème majeur : la contrebande. Selon des rapports, des réseaux criminels de trafic de cacao ont été démantelés dans la région de Sipilou, à quelques kilomètres de la Guinée et du Liberia. Des fonctionnaires de l’État, dont un préfet et un commissaire de police, ont été accusés de faciliter l’entrée illégale de cacao dans ces pays voisins, où les prix de la fève sont bien plus élevés.

Le Conseil Café-Cacao, qui fixe les prix officiels chaque année, se retrouve pris entre le marteau des prix mondiaux en chute et l’enclume de la réalité locale. En Côte d’Ivoire, l’acheteur légal paie la fève à 1 200 FCFA, tandis que dans les pays voisins, la même quantité de cacao peut se vendre jusqu’à 5 000 FCFA. La situation crée une inégalité criante dans la chaîne de production, et pour les producteurs, l’enjeu devient une question de survie économique.


Un appel à l’action

Face à cette crise, producteurs, pisteurs et acheteurs lancent un appel pressant au gouvernement ivoirien. Ils demandent des mesures d’accompagnement, telles qu’une régulation plus stricte des stocks, un soutien financier pour amortir les fluctuations du marché international et des politiques adaptées pour protéger les revenus des producteurs.

Les autorités ivoiriennes, conscientes de la gravité de la situation, ont promis de renforcer les efforts pour réguler la filière. Néanmoins, la question demeure : comment concilier les impératifs économiques mondiaux avec la nécessité de préserver la stabilité de la chaîne de valeur locale ? La réponse à cette question déterminera la capacité de la Côte d’Ivoire à maintenir sa place de leader mondial dans la production de cacao, tout en garantissant un revenu décent aux acteurs locaux.

L'espoir demeure parmi les acteurs de la filière cacao, mais le chemin vers une solution durable reste semé d’embûches. Les prochaines campagnes devront permettre de restaurer la confiance des producteurs et de maintenir l’équilibre d’un secteur stratégique pour l’économie ivoirienne.


Charles KPAN