Yaya Fofana plaide pour une reconnaissance sereine du peuple dioula et de sa langue en Côte d’Ivoire
Yaya Fofana plaide pour une reconnaissance sereine du peuple dioula et de sa langue en Côte d’Ivoire, appelant à valoriser son histoire, sa culture et sa contribution à l’unité nationale et à la citoyenneté ivoirienne.
ABIDJAN, 14 août 2026 (crocinfos) – L’essayiste ivoirien Yaya Fofana appelle à dépassionner le débat sur l’identité dioula en Côte d’Ivoire, en plaidant pour la reconnaissance de son histoire, de sa langue et de sa contribution à la construction nationale.
Dans une contribution intitulée « Ma contribution au débat sur le dioula en Côte d’Ivoire – Pour une reconnaissance sereine du peuple dioula et de sa langue », Yaya Fofana estime que les controverses autour du terme « dioula » reposent souvent sur une confusion entre identité communautaire, langue véhiculaire et activité commerciale.
Selon l’auteur de Djassa, la civilisation de la fraternité, le terme renvoie, pour de nombreuses familles ivoiriennes, à une identité historique, culturelle et linguistique transmise de génération en génération. Il considère ainsi les Dioula comme une composante de la diversité humaine et culturelle de la Côte d’Ivoire, tout en soulignant l’importance prise par leur langue dans les échanges entre populations.
Une présence historique et sociale ancienne
Yaya Fofana inscrit cette présence dans l’histoire des échanges commerciaux, religieux et intellectuels entre les espaces sahéliens et forestiers. Il cite notamment Kong, Bondoukou, Bouna, Odienné et Séguéla parmi les anciens centres ayant participé aux circulations économiques et culturelles de la région.
L’essayiste insiste également sur l’enracinement progressif de familles dioula dans plusieurs grandes villes ivoiriennes, notamment Daloa, Bouaké, Man, Gagnoa, San Pedro et Abidjan.
À ses yeux, ces implantations ne peuvent être réduites à une migration économique temporaire : elles constituent désormais une dimension durable de l’histoire sociale et urbaine ivoirienne.
Le dioula, langue communautaire et outil de communication nationale
L’auteur distingue deux dimensions complémentaires de la langue dioula : son usage comme langue familiale et culturelle au sein des communautés qui la transmettent, et son rôle de langue véhiculaire largement utilisée par des Ivoiriens d’origines diverses.
Dans les marchés, les transports, les quartiers populaires et de nombreux espaces professionnels, le dioula est devenu un instrument quotidien de communication entre citoyens ne partageant pas nécessairement la même langue maternelle.
Yaya Fofana appelle, à ce titre, à une meilleure valorisation de cette langue dans la recherche, l’éducation, les médias et la politique culturelle, tout en préservant la diversité linguistique du pays.
Rejeter toute hiérarchie entre citoyens
La contribution prend également une dimension juridique et civique lorsqu’elle revient sur l’utilisation politique ou péjorative du terme « dioula ».
L’auteur considère qu’aucune origine ethnique, langue, religion, région d’origine ou patronyme ne peut déterminer un degré supérieur ou inférieur d’appartenance à la communauté nationale.
Cette position rejoint le principe républicain selon lequel la citoyenneté ne saurait être modulée en fonction des appartenances culturelles ou communautaires. La reconnaissance des identités historiques doit ainsi, selon lui, demeurer compatible avec l’égalité de tous les citoyens et l’unité de la République.
Pour Yaya Fofana, combattre les usages stigmatisants du mot « dioula » revient donc moins à instituer une différence juridique qu’à empêcher qu’une identité culturelle réelle ou supposée ne serve de fondement à l’exclusion ou à la discrimination.
Cinq propositions pour dépassionner le débat
L’essayiste formule cinq orientations : employer le terme « dioula » sans connotation péjorative ; valoriser la langue comme élément du patrimoine culturel national ; mieux enseigner l’histoire des anciennes cités et des migrations internes ; combattre les discours discriminatoires ; et consolider une conception commune de la citoyenneté ivoirienne.
Il appelle également à inscrire davantage l’histoire des échanges entre Sénoufo, Malinké, Peulh, Dioula et autres communautés dans les politiques éducatives et culturelles.
Le « djassa » comme métaphore du vivre-ensemble
Yaya Fofana place enfin au centre de sa réflexion la notion de « djassa », le marché, qu’il présente comme un espace historique de rencontre entre populations, cultures, langues et religions.
Cette idée constitue le fil conducteur de son essai Djassa, la civilisation de la fraternité. Histoire, mémoire et destin commun des peuples Sénoufo, Malinké, Peulh et Dioula.
Pour l’auteur, reconnaître les différentes mémoires qui composent la Côte d’Ivoire ne doit pas conduire à fragmenter la nation. Il s’agit, au contraire, de consolider une citoyenneté commune fondée sur l’égalité, la dignité et la fraternité.
« Le peuple dioula n’a pas besoin qu’on lui accorde une place. Il occupe sa place dans la nation ivoirienne », affirme Yaya Fofana, qui invite à traiter cette question sans polémique ni suspicion identitaire.
Sa contribution défend ainsi une ligne claire : reconnaître les héritages particuliers sans créer de citoyennetés particulières, protéger les identités culturelles sans remettre en cause l’unité nationale, et faire de la diversité ivoirienne un facteur de cohésion plutôt que de division.
Athanase Kangah