À titre d'illustration
Le parquet a requis 10 ans de prison ferme et une amende de 10 millions FCFA contre Dali Séné et N’diaye Fatou pour leur implication dans le détournement de 429 millions FCFA du CNP-PPP, une affaire en cours de jugement.
Abidjan, le 17 février 2026 (crocinfos)---L'affaire du détournement présumé de 429 millions de FCFA du compte du Comité National de Pilotage des Partenariats Public-Privé (CNP-PPP) a été examinée au Pôle Pénal Économique et Financier de la Côte d'Ivoire (PPEF), à Abidjan, le lundi 16 février 2026. Le parquet a requis une peine de 10 ans de prison ferme contre Dali Séné, ancien DAF du CNP-PPP, et N’diaye Fatou, assistante-clientèle à la Banque Atlantique de Côte d’Ivoire (BACI), ainsi qu'une amende de 10 millions FCFA pour chaque accusé. Ce dossier met en lumière des pratiques douteuses dans les virements bancaires impliquant des personnes non identifiées et un système de sécurité bancaire défaillant.
Les faits
L'affaire remonte à janvier 2024, lorsque Dali Séné a été placé sous mandat de dépôt après avoir été accusé de détournement de fonds publics. Selon les accusations, Dali Séné aurait facilité le transfert de 486 millions de FCFA depuis le compte du CNP-PPP à la BACI. Les chefs d'inculpation à son encontre sont multiples : détournement de fonds publics, association de malfaiteurs, faux en écritures bancaires et blanchiment d'argent.
Le rôle de N’diaye Fatou, l’assistante-clientèle à la BACI, est également mis en cause. Selon l'accusation, elle aurait validé des opérations suspectes de virement, ce qui a permis à des individus non identifiés de retirer les fonds du CN-PPP.
Les plaidoiries
Lors du procès, Dali Séné a expliqué qu'il avait reçu des mails suspects en tant qu’ancien Directeur administratif et financier (DAF) du CNP-PPP. Il affirme que son compte mail personnel a été piraté et que ces courriels malveillants l'ont conduit à valider, à son insu, des ordres de virement. Dali Séné a fait état de la réception de centaines de mails non liés à son activité professionnelle, parlant notamment de la mort d'un animateur célèbre. Il aurait, par erreur, cliqué sur l'un de ces mails.
Les opérations bancaires suspectes ont été exécutées après que N’diaye Fatou, en tant qu'assistante-clientèle, ait validé les virements, sur la base de la confirmation de Dali Séné. Cependant, cette situation a été interrompue lorsque le nouveau DAF du CNP-PPP a remarqué des irrégularités dans les signatures et a demandé de stopper les virements.
L'avocat de Dali Séné a plaidé la "faute au président", arguant que ce dernier, en sa qualité de supérieur hiérarchique, était responsable de la situation. Il a souligné le piratage des mails comme étant à l'origine des malversations financières.
De son côté, l'avocat de Mme N’diaye Fatou a présenté sa cliente comme une victime dans cette affaire, insistant sur le fait qu'elle ne faisait qu'exécuter des ordres dans un cadre professionnel. La défense a demandé sa relaxe.
Les parties civiles et les demandes
Le CNP-PPP a réclamé la restitution des 429 millions de FCFA versés à des inconnus, ainsi que 100 millions de FCFA de dommages et intérêts. L'État de Côte d'Ivoire, quant à lui, a demandé la somme de 5 milliards de FCFA en réparation des préjudices subis. Ecobank, la banque concernée dans l'affaire, a également été pointée du doigt pour sa gestion défaillante des opérations. Le parquet a requis une amende de 1,2 milliard FCFA contre la banque pour sa négligence apparente dans la gestion de ces comptes suspects.
L’intervention de la banque et des avocats
Le représentant de Ecobank a expliqué que des caméras de surveillance existaient dans les agences, mais les images des personnes ayant effectué les retraits n’étaient pas disponibles, car elles avaient été effacées. Cette situation a soulevé une vive réaction de l'avocat de l'État, Me Méité Ben Abdoul, qui a exprimé son mécontentement face à l'inaction de la banque dans cette affaire, qualifiant son rôle de purement financier et sans souci de sécurité.
Les avocats ont également présenté des pièces d’identité des individus impliqués dans les retraits frauduleux. Cependant, le parquet n'a pas réussi à localiser ces personnes, ce qui soulève encore plus de questions sur la gestion des fonds et des comptes.
Le délibéré
Le tribunal a annoncé que le délibéré de l'affaire sera rendu le 5 mars 2026. Les parties prenantes, y compris Dali Séné, N’diaye Fatou, les avocats de la BACI, et les représentants d’Ecobank, attendent impatiemment la décision de la cour. Les accusations de négligence et de complicité demeurent au cœur de ce dossier, qui pourrait avoir des répercussions importantes pour les institutions financières en Côte d'Ivoire.
L'affaire des 429 millions de FCFA détournés met en lumière de nombreuses failles dans les systèmes de sécurité bancaire, la gestion des mails professionnels et la vigilance des institutions financières. Le délibéré est attendu pour le 5 mars.
Le dossier soulève également des questions importantes sur la responsabilité des institutions financières dans la prévention des fraudes, l’importance de la cybersécurité et les mécanismes de contrôle interne.
Info Fernand Dédeh