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[Orpaillage clandestin en Côte d’Ivoire] La piste de Dubaï place les financiers au cœur du débat

[Orpaillage clandestin en Côte d’Ivoire] La piste de Dubaï place les financiers au cœur du débat

À titre d'illustration

-Ahoua Don-Mello appelle l’État à remonter la chaîne financière de « l’or illégal »

Les déclarations attribuées à Ahoua Don-Mello sur des financiers établis à Dubaï déplacent le débat sur l’orpaillage clandestin : après les sites, l’État ivoirien peut-il remonter les flux, identifier les commanditaires et saisir leurs avoirs illicites ?


ABIDJAN, 26 août 2026 (crocinfos) — La lutte contre l’orpaillage clandestin en Côte d’Ivoire pourrait entrer dans une nouvelle phase. Jusqu’ici principalement concentrée sur la destruction des sites et l’arrestation des exploitants présents sur le terrain, elle est désormais appelée à viser les financiers, les intermédiaires et les circuits internationaux de commercialisation de l’or.

Dans une déclaration transmise à la presse, le Dr Ahoua Don-Mello affirme qu’une partie des commanditaires de cette économie clandestine opérerait depuis l’étranger, notamment depuis la sous-région ou Dubaï. Il invite, en conséquence, les autorités ivoiriennes à mobiliser les mêmes moyens policiers, diplomatiques et judiciaires que ceux employés dans d’autres affaires impliquant des personnes recherchées hors du territoire national.

« Si l’État sait traquer les opposants politiques jusqu’à l’étranger, qu’il montre la même rigueur pour débusquer la mafia financière de l’or à Dubaï », soutient-il dans cette déclaration politique.

« Si l’État sait traquer les opposants politiques jusqu’à l’étranger, qu’il montre la même rigueur pour débusquer la mafia financière de l’or à Dubaï »

Cette affirmation ne constitue toutefois ni une décision de justice ni la preuve de la présence à Dubaï de personnes déterminées impliquées dans un trafic d’or ivoirien. Elle représente une accusation politique qui appelle des investigations judiciaires, financières et douanières approfondies.


Des propos attribués à l’administration minière

L’intervention d’Ahoua Don-Mello fait suite à la rediffusion, le 25 août 2026 sur RTI 1, de l’émission « Le Débat », initialement programmée le 11 août et consacrée à l’orpaillage clandestin.

Selon le compte rendu diffusé par son service de communication, le directeur général des Mines et de la Géologie, Seydou Coulibaly, aurait expliqué que les organisateurs de certains réseaux opèrent depuis l’extérieur. Ils s’appuieraient sur des relais chargés, en Côte d’Ivoire, de recevoir les financements, recruter des spécialistes et mettre en place la logistique nécessaire aux exploitations clandestines.

Si ces déclarations sont confirmées dans leur intégralité, elles apporteraient un éclairage important : l’orpaillage illégal ne serait pas seulement une activité artisanale pratiquée par des creuseurs isolés. Il reposerait sur une organisation comprenant des capitaux, des équipements, des compétences techniques, des acheteurs et des voies d’exportation.

L’enjeu ne serait donc plus uniquement de détruire les puits, dragues et concasseurs, mais de neutraliser l’architecture économique qui permet aux sites démantelés de réapparaître.


Une répression importante, mais encore tournée vers le terrain

Les pouvoirs publics ivoiriens ont renforcé leur dispositif répressif au cours des dernières années. Le Groupement spécial de lutte contre l’orpaillage illégal associe notamment des gendarmes et des agents des Eaux et Forêts.

Le gouvernement avait recensé, en 2023, 1 098 sites illégaux répartis dans 302 localités, avec près de 24 000 personnes impliquées. Il annonçait également un manque à gagner supérieur à 3 000 milliards de FCFA et environ 142 tonnes d’or échappant aux circuits officiels. Ces données montrent l’ampleur du phénomène, même si leur méthodologie et leur période de référence doivent être précisées pour permettre une comparaison rigoureuse.

Entre janvier et juillet 2026, plus de 1 100 sites auraient encore été démantelés et plus de 1 500 personnes interpellées. La persistance des exploitations, malgré ces opérations, suggère que la seule destruction des installations ne suffit pas. Le matériel peut être remplacé lorsque les capitaux, les acheteurs et les réseaux de protection demeurent disponibles.

Le gouvernement avait recensé, en 2023, 1 098 sites illégaux répartis dans 302 localités, avec près de 24 000 personnes impliquées. Il annonçait également un manque à gagner supérieur à 3 000 milliards de FCFA et environ 142 tonnes d’or échappant aux circuits officiels.

Le raisonnement d’Ahoua Don-Mello part précisément de ce constat : pour assécher durablement l’activité, il faut remonter jusqu’aux bénéficiaires économiques et aux donneurs d’ordre présumés.


Le chiffre de 4 600 milliards de FCFA à manier avec prudence

Le communiqué attribué à Ahoua Don-Mello évoque une perte de 4 600 milliards de FCFA au détriment de l’État ivoirien. Ce montant, largement repris dans le débat public en 2026, ne peut cependant pas être présenté comme définitivement établi.

D’autres évaluations officielles ou sectorielles mentionnent environ 744 milliards, 1 500 milliards ou 3 000 milliards de FCFA. L’Agence ivoirienne de presse avait notamment rapporté une estimation de 744 milliards de FCFA pour 142 tonnes d’or extraites illégalement chaque année. Ces écarts considérables peuvent provenir de périodes de calcul différentes ou d’une confusion entre la valeur totale de l’or clandestin, les recettes fiscales perdues et le manque à gagner économique global.

Une communication publique rigoureuse devrait donc préciser la source, la période et la méthode de calcul. La gravité de l’orpaillage illégal est incontestable, mais elle ne dispense pas de vérifier les chiffres mobilisés pour la mesurer.


Quels moyens juridiques pour agir à l’étranger ?

Sur le plan juridique, l’existence présumée de financiers à Dubaï ne suffit pas à permettre leur arrestation. Il faut d’abord identifier les personnes physiques ou morales concernées, établir l’origine criminelle des fonds et documenter leur participation à des infractions déterminées.

Le communiqué attribué à Ahoua Don-Mello évoque une perte de 4 600 milliards de FCFA au détriment de l’État ivoirien. Ce montant, largement repris dans le débat public en 2026, ne peut cependant pas être présenté comme définitivement établi.

Les investigations pourraient porter sur plusieurs qualifications : exploitation minière sans autorisation, blanchiment de capitaux, recel ou commercialisation frauduleuse de produits miniers, corruption, fraude fiscale, infractions douanières ou financement d’activités criminelles.

Le Code minier ivoirien de 2014, renforcé en 2022, permet notamment la confiscation de matériels et de produits miniers dans certaines circonstances. Il exclut également du mécanisme de transaction administrative les faits d’orpaillage illégal liés au blanchiment, au financement du terrorisme, aux stupéfiants ou à d’autres infractions graves.

Une enquête internationale devrait ensuite reconstituer les transferts financiers, identifier les sociétés-écrans, examiner les opérations d’importation de matériel et retracer la commercialisation de l’or. Des demandes d’entraide judiciaire pourraient permettre d’obtenir des informations bancaires, de geler des comptes ou de saisir des avoirs, sous réserve des conditions prévues par les législations concernées.

L’expression « mandat d’arrêt international » doit également être employée avec précision. Une notice rouge d’Interpol n’est pas, en elle-même, un mandat d’arrêt mondial. Il s’agit d’une demande de localisation et d’arrestation provisoire fondée sur un mandat délivré par une autorité judiciaire nationale. Chaque État décide des suites à lui donner conformément à son propre droit.


De la destruction des sites à la traçabilité de l’or

La piste évoquée par Ahoua Don-Mello soulève finalement une question de politique criminelle : faut-il continuer à mesurer la lutte contre l’orpaillage illégal au nombre de sites détruits et de personnes interpellées, ou l’évaluer aussi à travers les réseaux financiers démantelés, les quantités d’or interceptées et les avoirs confisqués ?

La Côte d’Ivoire a déjà annoncé plusieurs mesures : surveillance par drones, réorganisation de la petite mine, création envisagée d’un comptoir national d’achat et amélioration de la traçabilité. Ces instruments peuvent contribuer à distinguer l’or légal de l’or issu de sites clandestins et à réduire les débouchés offerts aux trafiquants.

Mais l’efficacité du dispositif dépendra aussi de la transparence des enquêtes et de leur capacité à atteindre tous les niveaux de responsabilité, y compris les éventuels facilitateurs locaux. Accuser exclusivement des acteurs étrangers risquerait de masquer les complicités administratives, commerciales ou communautaires sans lesquelles une exploitation clandestine mécanisée pourrait difficilement s’installer et fonctionner durablement.


Une exigence de résultats, dans le respect de l’État de droit

La déclaration d’Ahoua Don-Mello a le mérite de déplacer le regard du creuseur vers le financier. Elle ne saurait toutefois se substituer à une enquête judiciaire indépendante, fondée sur des preuves vérifiables et respectueuse de la présomption d’innocence.

Si les autorités disposent effectivement d’informations sur des commanditaires, des circuits financiers ou des destinations précises de l’or clandestin, l’ouverture d’enquêtes patrimoniales et la coopération judiciaire internationale constitueraient les suites logiques.

La crédibilité de la lutte contre l’orpaillage illégal se mesurera désormais moins à la multiplication des déclarations qu’à la capacité de l’État à identifier les bénéficiaires réels, interrompre les flux financiers, saisir les profits illicites et restaurer les terres et les cours d’eau dégradés.


Charles KPAN