À titre d'illustration
En Côte d’Ivoire, l’orpaillage illégal s’est transformé en une crise environnementale et économique majeure. Malgré les dispositifs de lutte engagés par l’État, l’expansion des sites clandestins menace les ressources naturelles et interroge l’efficacité de la gouvernance publique.
-Un phénomène ancien devenu une crise environnementale nationale
L’orpaillage illégal n’est pas un phénomène nouveau en Côte d’Ivoire. Présente depuis plusieurs décennies sous une forme artisanale et limitée, cette activité a progressivement changé d’échelle jusqu’à devenir un enjeu majeur touchant à la fois l’environnement, l’économie, la sécurité et la gouvernance publique.
Dans les années 1990, notamment dans la région de Sassandra, la présence de clandestins et d’orpailleurs faisait déjà partie du paysage local. À cette époque, ces réalités semblaient circonscrites à certaines zones et ne laissaient pas présager l’ampleur qu’allait prendre le phénomène plusieurs années plus tard.
Avec le temps, l’exploitation artisanale de l’or hors cadre légal s’est transformée en une activité organisée, marquée par l’utilisation d’équipements plus importants, l’ouverture de nombreux sites et une pression croissante sur les ressources naturelles.
Aujourd’hui, l’orpaillage illégal ne se limite plus à une question de fraude minière. Il constitue un défi majeur pour la préservation des cours d’eau, des terres agricoles, des forêts et des écosystèmes.
Une accélération durant la crise militaro-politique de 2002 à 2011
Selon plusieurs analyses publiées sur la question, l’expansion du phénomène s’est accélérée pendant la crise militaro-politique ivoirienne de 2002 à 2011, particulièrement dans les zones Centre, Nord et Ouest du pays.
Durant cette période, certaines zones échappant au contrôle effectif de l’administration centrale ont connu un développement important des activités minières informelles. Des observateurs ont alors établi un lien entre cette situation et l’émergence de réseaux économiques parallèles autour de l’exploitation de l’or.
Après la fin de la crise et la réunification progressive du territoire, l’orpaillage illégal n’a pas disparu. Au contraire, les différents rapports et déclarations publiques montrent une extension progressive du phénomène à plusieurs régions du pays.
Les premières alertes institutionnelles et les réponses de l’État
Face à la progression de cette activité, les institutions ivoiriennes ont progressivement alerté sur les conséquences environnementales.
En 2013, le Centre ivoirien antipollution (CIAPOL) avait déjà attiré l’attention sur la gravité de la situation. Son directeur général, le professeur Bernard Ossey Yapo, a par la suite indiqué que les alertes institutionnelles n’avaient pas reçu toute l’attention nécessaire.
À la suite de ces alertes, plusieurs départements ministériels avaient annoncé leur engagement dans la lutte contre le phénomène. Toutefois, les résultats observés sur le terrain ont alimenté les critiques concernant l’efficacité des mesures prises.
En 2018, sous le ministère de Jean-Claude Kouassi, une brigade spéciale dédiée à la lutte contre l’orpaillage illégal a été créée. Cette structure devait disposer de moyens modernes, notamment des outils de surveillance et de contrôle, afin de renforcer les capacités d’intervention de l’État.
En 2021, le Conseil national de sécurité (CNS) a également mis en place le Groupement spécial de lutte contre l’orpaillage illégal (GS-LOI), tandis que le ministère des Eaux et Forêts développait les Unités de gestion forestière (UGF).
Ces différents dispositifs témoignaient d’une volonté institutionnelle de répondre au phénomène. Cependant, l’évolution des chiffres disponibles montre que la lutte reste un défi majeur.
Sériba Koné