Le chef de canton
À Kiriao, dans la commune de Facobly, les garants coutumiers ont clarifié la succession à la chefferie, mettant fin à un conflit local, après consultations et rappel des règles traditionnelles de désignation.
KIRIAO, 10 juin 2026 (crocinfos)— Les garants coutumiers de Kiriao, village de la commune de Facobly, dans l’ouest de la Côte d’Ivoire, ont apporté des éclairages jugés décisifs dans le conflit relatif à la désignation du prochain chef du village, à l’issue d’une conférence publique organisée dimanche 7 juin 2026.
Depuis plusieurs mois, Kiriao est traversé par des tensions autour du choix de son futur chef. La situation avait nécessité l’intervention de la Chambre régionale des rois et chefs traditionnels du Guémon, qui a engagé des consultations populaires afin d’apaiser les esprits et de clarifier le processus de désignation.
Dans ce contexte, cinq patriarches et sachants du village ont pris publiquement la parole à Kiriao pour rappeler les règles coutumières applicables à la chefferie dans le canton Péomé, auquel appartient le village. Selon leurs exposés, la chefferie de Kiriao relève historiquement d’une lignée précise, issue de la famille Kéo, l’une des deux grandes familles fondatrices du village.
Les intervenants, Gbaï Ludovic, Monka Bernard, Tahoua Abel, Gohi Sylvain et Guenaman Benjamin, tous natifs de Kiriao, se sont exprimés en présence du patriarche centenaire Toho Jean. Leur démarche visait, selon les organisateurs, à « faire éclater la vérité » sur l’histoire de la chefferie locale et sur les règles de succession reconnues par la tradition.
À l’issue de cette rencontre, plusieurs participants ont estimé avoir été édifiés sur la famille appelée à proposer le prochain chef de Kiriao. Les explications livrées par les garants coutumiers convergent vers la désignation du professeur Poé Jean, ancien maire de Facobly, présenté comme appartenant à la lignée traditionnelle concernée.
Rencontré le 10 juin 2026 à sa résidence de Tiény-Siably, le chef du canton Péomé, Kéï Badia Séa II, a confirmé cette lecture coutumière. Selon lui, le conflit n’aurait pas dû naître si les règles de succession avaient été rigoureusement observées.
« Au regard des us et coutumes, j’ai opéré un choix selon la lignée. La règle de succession au sein de la chefferie traditionnelle repose sur la lignée. Dans l’histoire de Kiriao, deux grandes familles sont à l’origine de la création du village, mais la chefferie provient de l’une d’elles. Selon cette procédure, le professeur Poé Jean est le mieux placé pour être le nouveau chef de Kiriao », a déclaré Kéï Badia Séa II.
L’inspecteur général de l’éducation nationale à la retraite précise avoir transmis un rapport à la Chambre régionale des rois et chefs traditionnels du Guémon. Cette institution reste désormais attendue pour la suite du processus, dans un climat où les populations espèrent une issue consensuelle.
Pour les garants coutumiers, l’enjeu dépasse la seule désignation d’un chef. Il s’agit aussi de préserver l’ordre traditionnel, la mémoire des lignées fondatrices et la cohésion sociale dans un village marqué par des divergences internes.
Le verdict final est désormais attendu par les populations de Kiriao, alors que les autorités coutumières régionales sont appelées à entériner ou encadrer la suite du processus conformément aux usages et aux textes applicables à la chefferie traditionnelle.
Sosthène Guéi, à Man