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Vingt-quatre heures après le limogeage d’Ousmane Sonko, le PASTEF coordonne une riposte politique. Sonko s’apprête à devenir président de l’Assemblée nationale, transformant la cohabitation avec le président Diomaye Faye en un bras de fer institutionnel inédit.
ABIDJAN (Côte d’Ivoire), le 25 mai 2026 (crocinfos) — À peine vingt-quatre heures après le limogeage historique d’Ousmane Sonko de son poste de Premier ministre, le Parti pour l’Action et la Souveraineté (PASTEF) a lancé une riposte politique d’une coordination remarquable. Le président de l’Assemblée nationale, El Malick Ndiaye, figure de proue et fidèle de la première heure du camp souverainiste, a annoncé sa démission pour ouvrir la voie à Sonko au perchoir, provoquant un bouleversement institutionnel au sommet de l’État sénégalais.
Selon le communiqué officiel d’El Malick Ndiaye, son départ est justifié par sa « conception des institutions » et « l’intérêt supérieur de la Nation ». En s’effaçant volontairement, il permet à son mentor de rebondir immédiatement après sa sortie du gouvernement, marquant un acte stratégique d’une rare portée politique. D’un point de vue juridique, cette démission s’inscrit dans le cadre strict des dispositions constitutionnelles régissant la succession à la présidence de l’Assemblée nationale. Elle illustre la flexibilité des mécanismes institutionnels en période de crise politique, mais pose également la question de l’usage de ces instruments à des fins partisanes.
Juridiquement, cette montée au perchoir transforme Sonko en deuxième personnalité de l’État, lui conférant non seulement une légitimité constitutionnelle mais également des prérogatives stratégiques considérables.
Fraîchement libéré de ses fonctions exécutives par décret présidentiel, Ousmane Sonko devrait récupérer son mandat de député. Détenant la majorité absolue au sein de l’hémicycle, le PASTEF assure pratiquement son élection à la présidence de l’Assemblée nationale. Juridiquement, cette montée au perchoir transforme Sonko en deuxième personnalité de l’État, lui conférant non seulement une légitimité constitutionnelle mais également des prérogatives stratégiques considérables. En tant que président de l’Assemblée nationale, Sonko détient un pouvoir de blocage législatif et budgétaire pouvant influencer directement l’action gouvernementale, créant ainsi une cohabitation de fait avec le président Bassirou Diomaye Faye. Cette situation, exceptionnelle dans l’histoire politique sénégalaise, met en lumière les tensions possibles entre l’exécutif et le législatif dans un système semi-présidentiel.
Sur le plan politique, la riposte du PASTEF a été perçue par la base du parti comme un signal fort face à ce qu’elle qualifie de « trahison » ou d’« ingérence diplomatique occidentale ». Les militants saluent l’opération comme une réponse coordonnée aux déclarations souverainistes de Sonko concernant les questions de société et la gestion des contrats miniers. Cette mobilisation populaire démontre la capacité du parti à maintenir une discipline interne rigoureuse, renforçant la position de Sonko comme leader incontesté du mouvement.
En déplaçant Sonko du gouvernement vers le législatif, le président Diomaye Faye a involontairement renforcé son adversaire politique tout en réduisant sa propre marge de manœuvre exécutive.
La manœuvre du PASTEF a également des implications sociales et institutionnelles profondes. Sur le plan journalistique, les observations des bulletins spéciaux de la télévision nationale, RTS et des notes internes de la Présidence de l’Assemblée nationale soulignent que cette stratégie vise à transformer une situation de crise en avantage politique. En déplaçant Sonko du gouvernement vers le législatif, le président Diomaye Faye a involontairement renforcé son adversaire politique tout en réduisant sa propre marge de manœuvre exécutive. Cette dynamique pourrait engendrer un conflit permanent entre le Palais présidentiel et l’Assemblée nationale, risquant de paralyser certaines décisions clés et de ralentir la mise en œuvre des politiques publiques.
Pour les juristes, la séquence révèle la tension entre le pouvoir discrétionnaire du président de la République et les droits constitutionnels d’un parlementaire. La capacité d’un député limogé ou écarté du gouvernement à revenir à un poste législatif et à y exercer un contrôle sur l’exécutif illustre l’équilibre complexe des pouvoirs. Elle pose également la question de la légitimité de l’action présidentielle lorsque l’effet pratique de la décision est inverse à l’objectif affiché.
Enfin, cette contre-offensive du PASTEF symbolise un tournant historique dans la politique sénégalaise. Le limogeage de Sonko n’a pas affaibli sa position ; au contraire, il l’a replacé au cœur du pouvoir législatif avec des moyens de pression significatifs. Entre un président isolé et un leader parlementaire jouissant d’un soutien populaire massif, le Sénégal entre dans une période de bras de fer institutionnel qui pourrait définir les rapports entre exécutif et législatif pour les années à venir.
Cette crise institutionnelle met en lumière la capacité de manœuvre des partis politiques organisés et la nécessité d’un dialogue structuré pour éviter une paralysie de l’État. Elle illustre, sur un plan journalistique et juridique, l’interaction complexe entre loyauté partisane, stratégie institutionnelle et mobilisation populaire dans un contexte démocratique fragile.
Athanase Kangah
Sources : Communiqué officiel d’El Malick Ndiaye / Notes de la Présidence de l’Assemblée nationale du Sénégal / Bulletins Spéciaux RTS / 24 mai 2026.