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À quelques jours du 12e Congrès de l’Union nationale des journalistes de Côte d’Ivoire (UNJCI), le Collectif pour le respect des textes conteste la candidature de Franck Ettien, dénonçant des irrégularités administratives et des incompatibilités professionnelles.
Abidjan, le 18 février 2026 (crocinfos.net) – À l’approche du 12ᵉ Congrès de l’Union nationale des journalistes de Côte d’Ivoire (UNJCI), prévu les 20 et 21 février 2026, la tension monte au sein de la faîtière des professionnels des médias. Réuni en point de presse ce mardi 10 février 2026 au Plateau, le Collectif pour le respect des textes de l’UNJCI (CO-UNJCI) a officiellement contesté la candidature de Franck Ettien, la qualifiant de « juridiquement irrecevable ».
Face aux médias, les porte-paroles du Collectif — Etienne Atta (L’Héritage), Jérôme N’dri (Le Nouveau Réveil) et Fulbert Koffi (L’Infodrome), ont affirmé agir « ni par animosité personnelle, ni par calcul partisan », mais au nom du respect strict des textes régissant l’Union.
Une candidature jugée juridiquement irrecevable
Au cœur de la contestation : la régularité administrative du candidat. Selon le Collectif, les textes de l’UNJCI sont clairs : pour être candidat, il faut être électeur ; pour être électeur, il faut être membre régulièrement à jour de ses cotisations.
Or, d’après le fichier officiel 2024 de l’Union, Franck Ettien n’était pas à jour de ses cotisations et ne disposait ni de la carte 2023 ni de la carte 2024. Une situation qui, selon les contestataires, suffirait à invalider sa candidature.
Plus grave encore, le Collectif accuse le président du Conseil exécutif d’avoir établi, à l’approche du Congrès, des cartes antidatées (2023 et 2024) afin de régulariser a posteriori la situation du candidat. « On ne reconstitue pas un passé administratif pour fabriquer une éligibilité », ont martelé les porte-paroles, dénonçant une « violation manifeste des textes ».
Une « dérive institutionnelle » dénoncée
Le Collectif estime que cette situation traduit une dérive au sein des instances dirigeantes de l’Union. Il reproche au Conseil d’administration d’avoir introduit de facto un statut privilégié pour certains membres, leur permettant d’obtenir des cartes d’années antérieures.
Pour les contestataires, une telle pratique créerait un dangereux précédent et consacrerait un système à « deux vitesses » au sein de l’organisation.
Ils rappellent notamment que l’article 27 du Règlement intérieur impose à la tête de liste de justifier d’une participation régulière aux activités de l’Union durant les trois années précédant le Congrès. « Les textes s’appliquent à tous, sans exception », insistent-ils.
Incompatibilité avec une fonction administrative ?
Autre point soulevé : l’incompatibilité présumée entre la qualité de journaliste professionnel et l’exercice de fonctions administratives et politiques.
Le Collectif affirme que, le 28 janvier 2025, devant le Conseil d’administration, Franck Ettien aurait déclaré avoir exercé jusqu’en avril 2025 les fonctions de Directeur de Cabinet du Président du Conseil régional du Gbôklé.
Or, selon les contestataires, l’exercice d’une telle fonction serait incompatible avec les conditions d’éligibilité au Congrès de l’UNJCI.
Ils soutiennent, en outre, que l’intéressé figurerait toujours sur le fichier 2026 du personnel du Conseil régional du Gbôklé, en tant qu’agent rémunéré par le Trésor public. Ce qui soulève, selon eux, plusieurs interrogations : comment a-t-il obtenu la carte d’identité de journaliste professionnel (CIJP) 2025 ? Pourquoi ces éléments n’auraient-ils pas été pris en compte lors de la validation de sa candidature ?
Un précédent invoqué : l’affaire Lance Touré en 2022
Le Collectif évoque également un précédent : en 2022, la liste conduite par Lance Touré avait été invalidée au nom du strict respect des textes. À l’époque, rappellent-ils, aucune interprétation souple ni indulgence n’avait été accordée.
Dès lors, ils s’interrogent : pourquoi appliquer aujourd’hui une lecture différente des règles ? « Le droit ne peut pas varier selon les personnes », ont-ils déclaré.
Des saisines multiples et la menace d’un recours judiciaire
Dans leur déclaration, les porte-paroles ont indiqué avoir saisi plusieurs institutions : la Commission d’attribution de la CIJP (depuis le 4 février 2026), l’Autorité nationale de la presse (ANP), le ministère de la Communication, le Conseil d’administration de l’UNJCI ainsi que le Comité d’organisation du 12e Congrès.
Ils disent saluer l’ouverture au dialogue initiée par le ministre de la Communication, Amadou Coulibaly, mais préviennent qu’ils n’excluent pas une saisine des juridictions compétentes si la candidature contestée est maintenue.
Le Collectif affirme également avoir saisi le procureur de la République pour l’ouverture d’une enquête visant à déterminer les conditions de délivrance de la carte de journaliste professionnel à Franck Ettien.
Appel à l’intervention du ministère
Au-delà du cas individuel, les contestataires estiment que l’UNJCI traverse une crise persistante depuis 2016 et appellent le ministère de la Communication à « prendre toutes ses responsabilités » pour préserver la stabilité du secteur des médias.
Ils rappellent que les ressources et le patrimoine de l’Union proviennent essentiellement des dons et subventions de l’État, ce qui conférerait, selon eux, au ministère une légitimité à intervenir pour prévenir tout trouble à la veille du Congrès.
Somme toute, le Collectif affirme agir par « devoir » pour protéger l’intégrité et la crédibilité de l’UNJCI. À quelques jours du scrutin, cette contestation pourrait peser lourdement sur le climat électoral et raviver les tensions internes au sein de l’organisation des journalistes ivoiriens.
Médard K.