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À Bouna, le Djokhabinan 2026 a rassemblé le samedi 02 mai le peuple Lobi autour de rites spirituels, festivités culturelles et réflexions stratégiques, affirmant son unité et son engagement pour le développement durable régional.
Bouna, le 4 mai 2026 (crocinfos.net) – À Bouna, le Djokhabinan 2026 a rassemblé le peuple Lobi autour de rites spirituels, d’activités culturelles et d’un panel stratégique sur l’unité, la sécurité et le développement du Bounkani.
Bouna, carrefour d’une identité vivante et résiliente.
Le samedi 02 mai 2026, la capitale du Bounkani a été portée par l’effervescence du Djokhabinan, nouvel an du peuple Lobi. Bien plus qu’une fête traditionnelle, cet événement s’affirme comme un moment de reconnexion identitaire, de spiritualité profonde et de projection vers l’avenir socio-économique.
Au cœur de cette célébration, la vision du monde Lobi reste profondément ancrée dans le sacré. Dieu, appelé thágbá, incarne une pureté absolue, accessible uniquement à travers les ancêtres et les divinités de la nature. Ces forces invisibles sont représentées par les thil, objets sacrés, et honorées sous la guidance du thildar, garant de l’équilibre spirituel et social.
Le mil, pilier d’une civilisation agricole et spirituelle
Symbole central de la société Lobi, le mil structure la vie quotidienne dans ses dimensions cultuelle, sociale et économique. Transformé en boisson fermentée (taan), il accompagne les rites, notamment funéraires, et renforce les liens communautaires lors de repas collectifs.
Conservé dans des greniers appelés thunin, le mil représente également une richesse familiale dans une organisation sociale matrilinéaire. Cette gestion rigoureuse fait des Lobi des agriculteurs reconnus dans toute la région.
Le Djokhabinan marque ainsi la transition entre deux cycles agricoles — semence (Yuur), entretien (Lambir), épiaison (Lamsiè) et récolte (Obulo) — ponctués par un bilan spirituel et des offrandes aux ancêtres.
Une unité transfrontalière réaffirmée
À Bouna, les Lobi venus de Côte d’Ivoire, du Burkina Faso et du Ghana se retrouvent pour célébrer une appartenance commune qui transcende les frontières héritées de la colonisation. Danses traditionnelles (Bour, wèrin, biir), concours de tir à l’arc, contes et démonstrations culinaires rythment ces retrouvailles.
Moment hautement symbolique, la transmission des dabas (houes) des pères aux fils consacre la continuité entre générations et l’ouverture d’un nouveau cycle agricole, dans un rituel chargé de bénédictions et d’incantations.
Une fête culturelle devenue enjeu stratégique
Initié par la chefferie centrale des Lobi de Côte d’Ivoire, le Djokhabinan s’impose aujourd’hui comme un événement culturel majeur. Pour l’honorable Koulanfirté Sansan Noufé, « la culture constitue la dignité et l’honneur d’un peuple », soulignant son rôle face aux défis de la mondialisation.
Placée sous l’égide du Chef central SIB Virkoun, cette 7ᵉ édition rend également hommage au Président de la République, Alassane Ouattara, pour ses actions en faveur du développement du Bounkani, notamment en matière d’infrastructures et de promotion des cadres locaux.
Un panel scientifique pour penser l’avenir du Bounkani
Au-delà des festivités, l’édition 2026 s’est distinguée par une forte dimension intellectuelle. Un panel scientifique de haut niveau, animé par Dr Som Sié Juradin, a réuni experts et décideurs autour du thème : « L’unité du rameau Lobi, levier pour la sécurité et le développement socio-économique du Bounkani ».
Parmi les intervenants figuraient Dr Da Hien Daniel, le professeur Abolou Camille Roger et Dr Hien Philippe, président du Conseil régional. Tous ont insisté sur la nécessité de renforcer l’unité culturelle pour répondre aux défis sécuritaires et économiques de la région.
Le concept de « rameau Lobi », introduit par l’ethnologue Henri Labouret, renvoie à une communauté unie par une histoire, une langue et des pratiques communes, répartie entre trois pays mais partageant une identité forte.
Cérémonie officielle et expressions culturelles
La cérémonie officielle s’est tenue dans l’après-midi du samedi 2 mai au complexe sportif de Bouna, en présence d’un important parterre de chefs traditionnels, d’autorités administratives, de cadres et d’élus de la région du Bounkani, dont le président du Conseil régional, Dr Hien Philippe.
Le programme a été marqué par une série d’allocutions, notamment celles du maire de Bouna, Ouattara Bouraima, et du PCO, l’honorable Noufé Sansan Koulanfirté, membre de la chefferie centrale et initiatrice de l’événement. Intervenaient également le représentant de Mme Françoise Remarck, ministre de la Culture, en la personne du directeur régional de la Culture du Bounkani, Kouah Honorat Comoé, ainsi que le sous-préfet de Bouna, Appolinaire Koffi, représentant le préfet de la région du Bounkani et du département de Bouna, Chérif Brahima, préfet hors grade, dont les propos ont clôturé la cérémonie officielle.
Cette phase solennelle a également été marquée par des annonces de dons du Chef central, ainsi que par celle du haut patronage de la cérémonie, assuré par Téné Birahima Ouattara, Vice-Premier ministre, ministre de la Défense de la République de Côte d’Ivoire, annonce faite par le président du Conseil régional, Dr Hien Philippe.
La cérémonie a été ponctuée par de riches prestations de troupes de danse venues de différentes communautés de la région, mettant en lumière les expressions culturelles du terroir Lobi, notamment le Yaka Yaka de Camarasso, danse mythique et mystique, ainsi que le Bouri de Yolongo, qui a particulièrement captivé le public, aux côtés d’autres manifestations artistiques traditionnelles. La soirée artistique, animée par des talents locaux et nationaux, a clôturé cette édition sur une note festive.
Entre tradition et modernité, un levier de cohésion
À travers le Djokhabinan, le peuple Lobi réaffirme son attachement à ses racines tout en s’inscrivant dans une dynamique de modernité. Spiritualité, culture et développement s’y conjuguent pour faire de cette célébration un véritable levier de cohésion sociale et de stabilité régionale.
Dans un contexte marqué par des enjeux sécuritaires et économiques, Bouna a eu le temps de démontrer que la culture peut être un puissant moteur de paix et de développement durable.
Médard KOFFI, envoyé spécial à Bouna