favicon
C R O C I N F O S

[Côte d'Ivoire] Un Ministre-Gouverneur profère des menaces à l'encontre d'un journaliste d'investigation, l'ONJI-CI réagit

[Côte d'Ivoire] Un Ministre-Gouverneur profère des menaces à l'encontre d'un journaliste d'investigation, l'ONJI-CI réagit

La dernière UNE de l'organe dont le DP est menacé

L'ONJI-CI condamne fermement les menaces proférées par le Ministre-Gouverneur d'Abidjan, Cissé Ibrahim, à l'encontre de Dosso Villard, journaliste d'investigation, et appelle à la protection de la liberté de la presse en Côte d'Ivoire.

Abidjan (Côte d’Ivoire), le 3 mai 2026 (crocinfos)---Le 3 mai 2026, l'Organisation Nationale des Journalistes d'Investigation de Côte d'Ivoire (ONJI-CI) a exprimé sa vive condamnation suite aux menaces proférées par le Ministre-Gouverneur du District Autonome d'Abidjan, Cissé Ibrahim dit Bacongo, à l'encontre de Dosso Villard, journaliste d'investigation et directeur général du média L’Enquêteur. Cette déclaration intervient après un incident survenu lors de la conférence bilan des deux ans de la gouvernance du Ministre-Gouverneur, tenue le 14 avril 2026 à l’hôtel Sofitel Ivoire.

Dans une lettre adressée à l'ONJI-CI le 27 avril 2026, Dosso Villard fait état des propos menaçants tenus par Cissé Ibrahim à son encontre. Lors de cette conférence, le Ministre-Gouverneur a violemment réagi à des questions posées par Fidèle Koné, collaborateur de Villard, en déclarant : « C’est lui (Dosso Villard) que je vais m’occuper. Il n’est pas un bon fils de Mankono ». Le Ministre a également laissé entendre que le journaliste était impliqué dans une "cabale" visant à nuire à sa personne, qualifiant son travail d’investigation de "ridicule" et accusant Villard de manquer de compétence dans ses méthodes d'enquête.

Koné Fidel, le collaborateur de Dosso Villard qui a posé une série de questions au ministre-Gouverneur (capture d'écran vidéo)


Le 24 avril 2026, après avoir déposé un questionnaire conformément aux exigences de la loi n°2017-867 régissant la presse, Dosso Villard affirme avoir reçu un appel menaçant de Cissé Ibrahim. Ce dernier lui aurait alors déclaré : « Je vais te montrer qui je suis dans cette affaire » avant de raccrocher. Cette menace verbale intervient alors que le journaliste cherchait simplement à obtenir des informations officielles pour nourrir son enquête.

L'ONJI-CI considère ces agissements comme une tentative claire d’intimidation visant à museler le journalisme d'investigation. L’organisation rappelle que la liberté de la presse est un droit fondamental, et que les journalistes doivent pouvoir exercer leur métier sans crainte de représailles ou de violences. Elle appelle les autorités ivoiriennes à garantir un environnement sûr et propice à un journalisme indépendant, à l'abri des menaces et pressions politiques.

Ce dérapage survient alors que Reporters sans frontières (RSF) a publié son classement mondial de la liberté de la presse pour l'année 2026. Bien que la Côte d'Ivoire ait gagné dix places, passant de la 64e à la 54e position sur 180 pays, le pays fait encore face à des défis majeurs. RSF souligne notamment l'influence politique sur les médias et les intimidations contre les journalistes d'investigation, des facteurs qui continuent de nourrir des interrogations sur la réelle indépendance de la presse en Côte d'Ivoire.

Ainsi, malgré des progrès apparents, la liberté de la presse en Côte d'Ivoire demeure vulnérable, avec des acteurs politiques utilisant parfois leur pouvoir pour intimider les voix critiques.


Athanase Kangah