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C R O C I N F O S

[Tribune] Bredoumy Soumaila, incarcéré, mais élu...Quand le bulletin de vote défie les barreaux

[Tribune] Bredoumy Soumaila, incarcéré, mais élu...Quand le bulletin de vote défie les barreaux

Bredoumy Soumaila,le phénix de Tankessé, Kokomian et Tienkoikro, incarcéré, élu député et enfin Libre.

L’élection de Bredoumy Soumaila, incarcéré, dans sa circonscription est un acte politique marquant. Elle interroge la légitimité judiciaire, la souveraineté du vote populaire et la relation entre pouvoir, justice et démocratie.

Par Taki Bouanzi

L’histoire politique est parfois traversée par des moments qui obligent à s’arrêter, à réfléchir, à regarder la démocratie en face. L’élection de Kouassi Bredoumy Soumaïla, alors qu’il était incarcéré, fait partie de ces moments rares, dérangeants et profondément révélateurs. En décidant de porter leur choix sur un homme privé de liberté, les électeurs de sa circonscription, Tankessé, Kokomian et Tienkoikro, n’ont pas seulement élu un député. Ils ont posé un acte politique fort, presque un verdict citoyen, qui dépasse la personne de Bredoumy Soumaïla pour interroger notre rapport à la justice, au pluralisme et à la souveraineté du vote populaire. Car que dit cette victoire ? Elle dit d’abord que, dans une démocratie, le suffrage universel reste un langage puissant, parfois plus éloquent que les discours officiels. Malgré l’incarcération, malgré les accusations graves, malgré le silence imposé par les murs d’une prison, l’électeur a parlé. Et il a parlé clairement. Cette situation rappelle un précédent historique souvent cité : Francis Kwame Nkrumah, l'enfant de Nkroful, figure majeure de l’indépendance du Ghana. En 1951, alors qu’il était emprisonné par l’administration coloniale britannique, son parti remporta les élections législatives. De sa cellule, Nkrumah devint le leader incontestable du pays, avant de conduire le Ghana à l’indépendance. Les contextes sont différents, certes, mais le symbole demeure : l’enfermement peut parfois renforcer la légitimité politique, au lieu de l’éteindre. Le cas de Bredoumy Soumaila s’inscrit dans cette logique symbolique. Son élection pose une question fondamentale. Peut-on durablement dissocier la légalité judiciaire de la légitimité politique ? La justice suit son cours, dit-on. Soit. Mais le peuple, lui aussi, a ses voies, ses temps et ses verdicts. Il serait simpliste de voir dans cette victoire une approbation automatique des faits reprochés ou une négation de l’État de droit. Elle traduit plutôt un doute, une méfiance, parfois une protestation silencieuse contre ce que certains citoyens perçoivent comme une judiciarisation du combat politique. Voter pour un candidat incarcéré devient alors un message : « Nous vous voyons. Et nous ne sommes pas convaincus. » Cette élection montre également la maturité paradoxale de la démocratie ivoirienne. Paradoxale, parce qu’elle révèle à la fois des tensions profondes entre pouvoir et opposition, et une capacité réelle des citoyens à utiliser l’outil électoral comme un moyen d’expression politique autonome.

Car que dit cette victoire ? Elle dit d’abord que, dans une démocratie, le suffrage universel reste un langage puissant, parfois plus éloquent que les discours officiels. Malgré l’incarcération, malgré les accusations graves, malgré le silence imposé par les murs d’une prison, l’électeur a parlé.

À l’heure où de nombreuses démocraties africaines sont accusées de se refermer, le cas Bredoumy rappelle une vérité. On peut emprisonner un corps, mais difficilement une idée, encore moins une volonté populaire. Reste désormais un enjeu majeur : que fera la République de ce message ? Ignorer le sens politique de ce vote serait une erreur. Le comprendre, sans instrumentalisation ni revanche, pourrait au contraire ouvrir la voie à un apaisement démocratique salutaire. Car au fond, cette élection n’est pas seulement celle d’un homme. C’est celle d’une question posée à toute la nation. A qui appartient, en dernier ressort, la décision politique ; aux tribunaux ou au peuple ?