capture d'écran des violences de certaines séquences vidéos
L’Ambassade de Côte d'Ivoire en Afrique du Sud alerte ses ressortissants sur la montée des violences xénophobes, alors que des groupes appellent à une grève générale pour expulser les étrangers, exacerbant les tensions sociales.
Abidjan (Côte d’Ivoire), le 30 avril 2026 (crocinfos) - L'Ambassade de Côte d'Ivoire en Afrique du Sud a, dans un communiqué du 27 avril 2026, appelé ses ressortissants à la plus grande vigilance face à une recrudescence des violences xénophobes dans plusieurs provinces du pays. L'incitation à la violence s'est intensifiée au moment où le groupe March and March et le parti Concerned Citizens and the Voters of SA appellent à une grève générale, le 4 mai 2026, pour "expulser tous les étrangers" du pays.
Depuis fin mars 2026, les tensions xénophobes en Afrique du Sud se sont considérablement aggravées. La province de KwaZulu-Natal, bastion des Zoulous, a été le théâtre d'incidents violents, comme les incendies de véhicules appartenant à des étrangers à Durban, le 23 avril, et des sommations publiques demandant aux migrants ghanéens de "rentrer chez eux". Dans la province de Gauteng, à Johannesburg, des commerces étrangers ont été vandalisés et incendiés le 18 avril, et une attaque dans un restaurant a fait trois victimes étrangères, bien que les circonstances exactes demeurent floues.
Le Cap-Oriental et Pretoria ne sont pas en reste, avec des attaques contre des habitations à Albany et Buffalo City fin mars-début avril. À Pretoria, les groupes d’“Operation Dudula”, un mouvement anti-immigrés, ont mené des contrôles informels visant des migrants. Ces incidents font partie d'un phénomène plus large qui touche plusieurs régions du pays.
Qui est responsable ?
Loin d’être l’œuvre d’une ethnie particulière comme les Zoulous, les violences sont en réalité le fait de divers groupes et habitants locaux. "Operation Dudula", un mouvement né à Soweto en 2021, a mené des patrouilles dans plusieurs régions du pays, exigeant des documents de résidence et fermant des commerces étrangers. Ce groupe est désormais actif dans de nombreuses provinces, notamment dans le KwaZulu-Natal, où des habitants participent aux manifestations xénophobes.
Le parti Concerned Citizens and the Voters of SA, qui a rejoint l'appel à la grève générale du 4 mai, en demande l’expulsion de tous les étrangers. Ce type de discours populiste gagne en popularité dans un climat social tendu. Le chômage élevé, la pauvreté et les accusations contre les étrangers, souvent accusés de "voler les emplois" et de peser sur les services publics, alimentent les frustrations de la population locale.
Les raisons de cette vague de violence
La situation a été exacerbée par l'installation de Solomon Eziko comme Eze Ndi Igbo à East London, événement déclencheur des manifestations et des violences, qui ont entraîné l’hospitalisation de 26 Nigérians depuis le 30 mars. Le problème est national : bien que le KwaZulu-Natal soit particulièrement touché par cette montée de violence, des attaques ont aussi été signalées dans le Gauteng, le Cap-Occidental et Pretoria.
Les autorités sud-africaines, sous la présidence de Cyril Ramaphosa, n’ont pas encore fourni de réponse officielle face à la montée des violences. Human Rights Watch a dénoncé l'absence de poursuites depuis 2019, et un sentiment d'indifférence semble régner au sein du gouvernement, aggravant la perception d'inefficacité des autorités face à ces violences xénophobes.
Bilan et réactions diplomatiques
Les attaques ont principalement ciblé des ressortissants nigérians, ghanéens et congolais, leurs commerces ont été pillés, leurs habitations incendiées et beaucoup ont été contraints de fuir. La diplomatie internationale a réagi rapidement à ces événements : le Ghana a convoqué le chargé d'affaires sud-africain le 23 avril pour exprimer son mécontentement, et la République Démocratique du Congo (RDC) a, elle aussi, exhorté ses ressortissants à la prudence.
Il est important de noter que les violences actuelles en Afrique du Sud ne doivent pas être simplifiées par une identification des agresseurs comme étant les Zoulous. Si le KwaZulu-Natal est un terrain particulièrement favorable aux manifestations violentes en raison de sa densité migratoire, des violences sont également observées dans d'autres provinces, comme Johannesburg, Pretoria et au Cap. Ces actes s’inscrivent dans un cadre national de frustration sociale alimentée par des groupes comme "Operation Dudula" et des partis politiques qui se servent des sentiments xénophobes pour accroître leur influence.
La communauté internationale et les observateurs de droits de l'homme attendent une réponse plus ferme et claire des autorités sud-africaines pour apaiser cette situation tendue qui met en lumière les fragilités sociales et politiques du pays.
Une situation à suivre de près
L’ampleur de la violence en Afrique du Sud semble augmenter chaque jour, et la montée de l’extrémisme anti-immigré continue de perturber la paix sociale. Alors que les autorités sud-africaines restent en silence face à ces violences, l’appel à la grève générale et les menaces de nouvelles attaques alimentent un climat de plus en plus insoutenable. Il reste à voir si les responsables politiques mettront en place des mesures concrètes pour éradiquer cette vague de xénophobie ou si, au contraire, elle prendra de l’ampleur.
Koné Sériba