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C R O C I N F O S

[Cité Espérance à Bingerville] Scandale immobilier entre le RESA-FISC et la société BACID S.A

[Cité Espérance à Bingerville] Scandale immobilier entre le RESA-FISC et la société BACID S.A

M. Zereyé Zedou Narcisse, Secrétaire général du Renouveau Syndical des Agents du Fisc (RESA-FISC)

Le projet immobilier Cité Espérance à Bingerville fait face à un conflit majeur entre les agents des impôts et la société BACID S.A. Après des retards de plusieurs années, la situation devient de plus en plus tendue.

Abidjan, le 22 février 2026 (crocinfos)--Le 21 février 2026, la Cité Espérance, un projet immobilier situé à Bingerville, non loin du Palais de justice, est devenue le théâtre d'une scène de confrontation entre des agents des impôts et un promoteur immobilier. La matinée, pourtant ordinaire, a été marquée par une tension palpable lorsque, aux alentours de 11 heures, un convoi de véhicules, escortant des agents des impôts, est arrivé sur le chantier. À leur tête, M. Zereyé Zedou Narcisse, Secrétaire général du Renouveau Syndical des Agents du Fisc (RESA-FISC), accompagné de nombreux souscripteurs du projet immobilier porté par la société BACID S.A.


Le début du conflit

Le clou de l'affrontement a eu lieu à l'entrée du chantier, où les ouvriers et maçons présents ont été sommés de suspendre immédiatement les travaux. Les tensions sont rapidement montées, non seulement entre les souscripteurs et le promoteur, mais aussi entre les riverains de la cité et les agents venus réclamer des comptes. En tête de file, M. Zereyé Zedou Narcisse a conduit une visite guidée du chantier. Le but était de mettre en lumière ce qu'il considère comme des « dérives graves » dans l'exécution du projet.

Le projet immobilier remonte à avant 2018. L'objectif initial était de fournir un logement décent à chaque agent de la Direction générale des impôts de Côte d'Ivoire. Un partenariat avait été signé avec la société BACID S.A., dirigée par M. Salami Rachidi. Cependant, selon les souscripteurs et les membres du RESA-FISC, la situation a pris un tournant inquiétant lorsque le promoteur a rencontré des difficultés financières, obligeant les agents à injecter des fonds pour soutenir l'avancée des travaux.


Une solidarité mal placée ?

Les souscripteurs, principalement des agents des impôts, ont décidé de soutenir financièrement le promoteur en avançant des sommes importantes. Ces apports ont été versés directement sur les comptes de la société BACID S.A. Toutefois, malgré cette aide, les constructions ont stagné. Selon le RESA-FISC, plus de 2,6 milliards de francs CFA ont été versés, mais le projet, prévu pour être livré en 2020, accuse aujourd'hui un retard de six ans.

Lors d’une assemblée générale, une décision a été prise d'ouvrir un compte de recouvrement afin de mieux suivre l’utilisation des fonds et l'avancement des travaux. Mais la situation est devenue encore plus complexe lorsque, selon Zereyé Zedou Narcisse, le promoteur a exigé de revendre aux souscripteurs des maisons qu'ils avaient eux-mêmes préfinancées, au double du prix initial.


La rupture et la mise en lumière des abus

La tension était vive le samedi 21 février, à la Cité Espérance, un projet immobilier situé à Bingerville, non loin du Palais de justice


Ce fut le point de rupture. L'exigence de revendre les maisons à un prix exorbitant a été perçue par les souscripteurs comme une provocation inacceptable. Le Secrétaire général du RESA-FISC a fermement refusé cette situation, estimant qu'elle n'était ni honnête ni responsable. Selon lui, ce fut le début d'une série de blocages, et la justice a été saisie pour faire valoir leurs droits.

Malgré la procédure judiciaire en cours, le RESA-FISC accuse le promoteur de profiter de la lenteur de la justice pour continuer à vendre les maisons à des tiers. Les agents des impôts, déjà frustrés par la lenteur de la construction et la mauvaise gestion du projet, ont décidé de passer à l'action. Ils ont averti que si aucune solution n'était trouvée, ils bloqueraient toutes les transactions susceptibles d’aggraver la situation.


Un projet emblématique en péril

La Cité Espérance, censée offrir un toit aux agents de la Direction générale des impôts, devient ainsi le symbole d’un projet immobilier mal géré et d’un conflit de plus en plus tendu entre un promoteur et des souscripteurs désabusés. La situation à Bingerville met en lumière non seulement la gestion hasardeuse de l’entreprise BACID S.A., mais aussi la lenteur du système judiciaire, qui semble incapable de trancher rapidement sur ce genre de différend.

Le RESA-FISC, malgré ses accusations contre le promoteur, précise qu'il ne remet pas en cause les décisions de justice. Leur objectif est d’attirer l’attention de l’opinion publique et de stopper ce qu’ils appellent des « dérives graves ». « Nous ne contestons pas les décisions de justice, nous voulons simplement alerter l’opinion sur un danger imminent », a insisté M. Zereyé Zedou Narcisse. Les souscripteurs exigent que le projet soit repris en main, que les retards soient résorbés, et que les abus cessent.


L'argument de BACID S.A.

Face aux accusations du RESA-FISC, la société BACID S.A. a présenté sa version des faits. Dans un procès-verbal de tentative de règlement amiable, le promoteur a expliqué que le projet, bien que signé en 2018, a été entaché par plusieurs obstacles, notamment des difficultés à honorer les engagements financiers des souscripteurs, dont certains ont payé en retard ou n’ont pas respecté leurs engagements.

De plus, le PDG de BACID a affirmé que la révision du prix de la maison a été rendue nécessaire par l’augmentation des coûts des matériaux et la lenteur du projet. Malgré cela, la société a tenu à souligner son engagement à poursuivre le dialogue, même après avoir été assignée à plusieurs reprises par le RESA-FISC. Selon le promoteur, l’entreprise est prête à relancer le projet si les souscripteurs s’acquittent de leurs obligations financières.


Un avenir incertain pour la Cité Espérance

La situation à la Cité Espérance demeure incertaine. La société BACID S.A. et le RESA-FISC semblent coincés dans un conflit d’intérêts, avec des accusations réciproques d’incompétence, de mauvaise gestion et de non-respect des engagements contractuels. Le projet immobilier, dont l’ambition était de répondre aux besoins des agents des impôts en matière de logement, risque de devenir un exemple de ce qui peut mal tourner dans un partenariat public-privé mal encadré.

Pour les souscripteurs, le temps est compté. Ils se retrouvent dans une situation où leurs espoirs de devenir propriétaires se sont mués en frustration et en colère. La Cité Espérance, censée symboliser un avenir meilleur pour eux, porte désormais un nom bien ironique au regard de la situation actuelle.

Le sort du projet dépendra probablement des prochaines étapes judiciaires, mais d'ici là, la question demeure : qui, du promoteur ou des souscripteurs, aura le dernier mot dans cette affaire qui met en lumière les défaillances d'un secteur immobilier mal régulé et d'un système judiciaire qui peine à faire entendre ses décisions dans des délais raisonnables. Affaire à suivre…


Charles Kpan