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C R O C I N F O S

[TRIBUNE] La République au rendez-vous du temps

[TRIBUNE] La République au rendez-vous du temps

Yaya Fofana, président du Mouvement des Forces d’Avenir (MFA)

La République se trouve face à un tournant crucial, où l’action publique doit se penser au-delà du présent. Servir aujourd’hui pour transmettre demain, telle est la mission qui façonne l’avenir de la Nation.

-Servir aujourd’hui, transmettre demain


Par Yaya Fofana, président du MFA

Il arrive, dans la vie d’une Nation, un moment décisif où la question centrale n’est plus seulement celle du présent, mais celle du temps. Le temps que l’on habite, le temps que l’on prépare, le temps que l’on transmet. Être au rendez-vous du temps, pour une République, c’est accepter de regarder au-delà de l’urgence immédiate pour inscrire l’action publique dans une vision durable et responsable.

Gouverner, dès lors, ne consiste pas à répondre à chaque pression du moment. Gouverner, c’est servir dans le présent en pensant à ceux qui viendront après. C’est donner un cap clair, inscrire chaque décision dans une logique de continuité et comprendre que l’État ne se gère pas comme une succession d’instants, mais comme un héritage collectif. Fidèle à l’houphouétisme, cette approche privilégie la construction patiente, la paix comme socle et le dialogue comme méthode, dans le respect des institutions et de la majorité issue des urnes.

Servir aujourd’hui, c’est assumer la responsabilité de consolider ce qui a été bâti, de corriger avec lucidité ce qui doit l’être et de préparer, sans précipitation, les conditions de l’avenir. La force d’une République ne réside pas dans l’éclat des discours, mais dans la solidité de ses institutions et dans la loyauté de celles et ceux qui les servent avec constance. Une Nation progresse lorsque le service de l’intérêt général demeure la boussole de l’action publique.

Être au rendez-vous du temps, c’est aussi reconnaître que la gouvernance moderne exige une véritable inclusion républicaine des différentes sensibilités politiques. Cette ouverture n’est ni un calcul ni une concession. Elle est une exigence de maturité démocratique et un facteur de stabilité durable. Elle repose sur un principe fondamental, le travail politique, lorsqu’il est constant, loyal et inscrit dans le cadre républicain, fonde le mérite, la compétence et les résultats, et ouvre légitimement l’accès aux responsabilités. La reconnaissance de l’engagement, de l’expérience et de la contribution réelle à la vie publique renforce la légitimité de l’action de l’État. Lorsque la pluralité des parcours participe à la conduite des affaires publiques, la décision gagne en autorité durable et en enracinement national.

Être au rendez-vous du temps, c’est également savoir reconnaître, avec justesse et équité, celles et ceux qui ont contribué à bâtir et à stabiliser la Nation. Les grandes trajectoires se distinguent à la manière dont elles assument le passage du temps, en discernant le moment de l’exercice de l’autorité et celui de la transmission. Cette capacité à reconnaître le travail accompli, au moment juste, confère à l’action publique une portée qui dépasse les circonstances et inscrit durablement l’œuvre collective dans l’histoire nationale.

Transmettre demain suppose enfin de penser la succession comme un acte de responsabilité et non comme une rupture. Un pouvoir qui prépare l’avenir en associant, en écoutant et en respectant l’ensemble des familles politiques, dans le respect de l’ordre constitutionnel, construit plus qu’une alternance. Il construit une continuité apaisée, capable de traverser le temps sans fragiliser la cohésion nationale ni nier les efforts consentis par celles et ceux qui ont servi la République.

Aujourd’hui, la Côte d’Ivoire est appelée à être pleinement au rendez-vous du temps. Servir le présent sans hypothéquer l’avenir, gouverner avec le souci de transmettre des institutions solides, une culture du devoir et une vision partagée. Les grandes nations ne se contentent pas de gérer l’instant. Elles élèvent le présent afin que l’avenir puisse s’y appuyer.

Ce que nous servons aujourd’hui dira ce que nous transmettrons demain. Et c’est dans cette capacité à inscrire le travail, le mérite, la compétence et la responsabilité au cœur de l’action publique que la République appose sa véritable signature, celle de la constance et de la confiance.

Car lorsqu’un peuple sert le temps avec sincérité, l’espérance devient une œuvre collective et l’avenir une confiance partagée.


Fait le 1er février 2026