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[Biankouma, Côte d'Ivoire] La galère des producteurs de cacao et les retards de paiement

[Biankouma, Côte d'Ivoire] La galère des producteurs de cacao et les retards de paiement

À titre d'illustration

Depuis le 9 janvier 2026, les producteurs de cacao de Biankouma subissent une crise économique majeure, avec des retards de paiement et des conditions de vente difficiles. Une situation qui met en péril leur subsistance.

Biankouma (Côte d’Ivoire), 18 janvier 2026 (crocinfos)---Depuis le 9 janvier 2026, les producteurs de cacao du département de Biankouma, dans l'ouest de la Côte d'Ivoire, vivent une situation de crise. Incapables de vendre leurs fèves, ces paysans se retrouvent dans l’impasse, confrontés à une multitude de difficultés économiques et logistiques.

L'origine de cette situation complexe réside dans un manque de fonds de la part des principaux acquéreurs de fèves. En effet, une longue période d’attente des remorques au port de San Pedro, ainsi que les frais liés à ces attentes prolongées, ont paralysé le marché du cacao. Ces paysans, déjà frappés par la galère, sont contraints de brader leurs productions pour tenter de survivre face aux urgences du quotidien.

Michel Droh, un paysan de Biankouma, témoigne de cette dure réalité : « J'ai été obligé de vendre le kilogramme de fèves de cacao à 2300 francs CFA pour faire face aux frais médicaux de mon enfant, étudiant à l’Université Félix Houphouët-Boigny, aujourd'hui gravement malade », confie-t-il, accablé par cette situation désastreuse. Cette vente à perte est devenue une nécessité pour les paysans qui doivent répondre à des besoins urgents, souvent bien plus pressants que le prix de leurs récoltes.

Pour d'autres producteurs, la solution choisie a été le stockage de leurs fèves, dans l’espoir que la situation se débloque dans les jours à venir. C'est le cas de Wouatané Bourahima, un autre producteur, qui a décidé de ne pas céder sa production et de patienter pour de « meilleurs jours ». Mais cette stratégie, bien que prudente, reste incertaine, car elle dépend de l’évolution de la situation qui, pour l’instant, semble stagner.

Plus inquiétant encore, certains producteurs qui ont vendu leurs fèves en décembre 2025 ne sont toujours pas payés. Parmi eux, Ouattara Ibrahim et cinq autres producteurs de la localité de Gueu-Pleu, à 11 kilomètres de Yorodougou, attendent encore leur dû. Après avoir vendu six tonnes de fèves, ils se sont rendus à Biankouma fin décembre, dans l’espoir d’obtenir leur paiement. Mais après 48 heures d'attente, ils sont repartis bredouilles. L’acquéreur, qu'ils ont contacté à plusieurs reprises, leur a annoncé qu’il « ne disposait toujours pas d’argent ». Ce genre de situation, où les paysans se voient remettre des reçus d’achat provisoires au lieu d'argent, est devenu monnaie courante. L’opération baptisée « dépôt-vente » est censée servir de garantie, mais elle ne règle en rien la crise financière que traversent ces producteurs.

Dans un contexte aussi tendu, le Conseil du Café-Cacao a lancé un appel à l’ordre. Selon un communiqué de presse publié récemment, une mission de contrôle a été effectuée dans les zones portuaires d’Abidjan et San Pedro, où une centaine de camions ont été recensés. Parmi eux, 62 transportaient des fèves sans connaissement, ce qui a conduit le Conseil à rappeler les obligations légales des opérateurs de la filière cacao. Il a averti que des sanctions seraient appliquées en cas de non-conformité à la réglementation en vigueur.

Ainsi, face à l'impasse économique et logistique, les producteurs de cacao de Biankouma se retrouvent dans une situation d’urgence. L’enjeu est de taille : si des solutions ne sont pas rapidement trouvées, cette crise pourrait avoir des répercussions majeures sur l’ensemble de la filière cacaoyère ivoirienne, déjà fragile.


Honoré Droh, à Biakouma