Koné Sériba, journaliste d'investigation
Entre vie chère, précarité, opacité économique et liste grise du GAFI, nous livrons une chronique acerbe sur une Côte d’Ivoire prise entre discours de croissance et détresse sociale persistante, en ce 1er mai symbolique.
Abidjan (Côte d’Ivoire), le 1er avril (crocinfos)---Depuis plusieurs décennies, la Côte d’Ivoire traverse une zone de fortes turbulences économiques et sociales. L’argument de la croissance à deux chiffres, brandi tel un étendard par le discours politique afin d’occulter une réalité plus âpre, n’apaise plus. Les professions de foi incantatoires promettant des lendemains qui chantent lassent désormais les classes les plus modestes et plus vulnérables.
La vérité, implacable, s’impose : la vie chère s’est installée. Au marché, le panier d’antan a cédé la place au sachet plastique noir, symbole funèbre que les ménagères arborent comme l’aveu d’un deuil social. Les tarifs des taxis-compteurs connaissent une inflation galopante. D’aucuns soutiennent que ce secteur lucratif dissimulerait des intérêts protégés, tant l’identification des bénéficiaires effectifs des sociétés exploitantes relève, pour les enquêteurs comme pour les investigateurs, d’un véritable parcours d’obstacles.
La Côte d’Ivoire tangue, rongée par le mal. Le sommet de l’État paraît débordé. Depuis octobre 2024, le pays figure sur la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI), aux côtés d’États fragiles, alors même que le Burkina Faso, pourtant en proie au terrorisme, est parvenu à s’en extraire.
Les plus démunis ploient davantage sous le fardeau de la précarité et de la misère. L’existence s’est durcie. Seule demeure, en guise de viatique, l’adage selon lequel « les durs avancent », maigre consolation pour affronter des journées écrasées de soleil. Pendant ce temps, installé dans la fraîcheur climatisée des bureaux, une frange de l’administration prospère en prélevant sa dîme sur les plus vulnérables, par l’apposition de visas (cachets) sur des dossiers de complaisance. Ces pratiques évoquent l’allégorie de Janus : l’on donne de la main droite ce que l’on reprend de la main gauche, sans état d’âme. Ce sont les « Coffi Gombo » de la République, pour qui « No pitié in business » tient lieu de doctrine. Le mercantilisme n’épargne aucun interstice de la vie sociale : jusque dans les cimetières, le repos des défunts est monnayé par des croque-morts.
La Côte d’Ivoire tangue, rongée par le mal. Le sommet de l’État paraît débordé. Depuis octobre 2024, le pays figure sur la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI), aux côtés d’États fragiles, alors même que le Burkina Faso, pourtant en proie au terrorisme, est parvenu à s’en extraire.
C’est dans ce clair-obscur, entre résignation et espérance, que la Nation cherche ses repères en ce 1er mai, Fête du Travail. Paradoxe cruel : le travailleur vulnérable ne peut s’offrir un kilogramme de riz pour apaiser sa détresse.