À titre d'illustration
En Afrique du Sud, entre le 23 et le 30 avril 2026, des marches anti-migrants organisées par March and March, avec le soutien d'Operation Dudula, ont secoué plusieurs villes, provoquant des tensions sociales et diplomatiques.
Abidjan (Côte d’Ivoire), le 30 avril 2026 (crocinfos)– En Afrique du Sud, des marches anti-migrants ont défiguré le paysage social entre le 23 et le 30 avril 2026. Organisées par le mouvement March and March, avec le soutien de groupes radicaux tels qu'Operation Dudula, ces manifestations ont envahi plusieurs villes, dont Durban, Pretoria et Johannesburg. Leurs revendications, toujours les mêmes, résonnent comme un écho des frustrations économiques et sociales persistantes : expulsion des migrants en situation irrégulière, priorité nationale dans l'accès à l'emploi, à la santé et au logement, et dénonciation de la criminalité et de la corruption.
Le nombre de migrants en Afrique du Sud est estimé à 3,1 millions pour une population totale de 63 millions de personnes. L'irritation populaire est palpable, et cette tension est exacerbée par un taux de chômage officiel de 32 % et un sentiment croissant que la majorité des Sud-Africains n'ont pas profité des bienfaits de l'après-Apartheid. Dans ce climat de mécontentement, les marcheurs, soutenus par des slogans virulents contre des nationalités spécifiques telles que le Nigeria, le Pakistan, la Somalie ou le Zimbabwe, exigent des mesures drastiques pour rétablir l’ordre économique et social.
Des scènes de violence et de protestations anti-étrangers ont marqué l’histoire du pays, notamment dans les townships et les centres urbains, depuis la fin des années 2000. Ces dernières années, des mouvements comme Operation Dudula, qui a émergé en 2021–2022 à Soweto, ont structuré ces manifestations en organisant des patrouilles et des marches. Après des événements à Pretoria en 2023 et dans la province de Gauteng en 2024, les manifestations d’avril 2026 prolongent ce mouvement de contestation populaire.
Cette montée en puissance est également visible dans les sondages. Une étude menée par Inclusive Society révèle que la défiance envers les migrants en Afrique du Sud a augmenté de 62 % en 2021 à 73 % en 2025. L’hostilité grandissante à l'égard des étrangers semble également avoir trouvé un terreau fertile parmi les partisans du mouvement March and March.
Des autorités partagées et une tension sociale croissante
Face à ces manifestations, les autorités sud-africaines adoptent une position ambivalente, oscillant entre fermeté et appel à la paix. Le Government Communication and Information System (GCIS), via son directeur William Baloyi, a souligné que 500 000 migrants en situation irrégulière avaient déjà été expulsés, et a annoncé un renforcement des contrôles aux frontières. En revanche, le président Cyril Ramaphosa a mis en garde contre toute dérive xénophobe, soulignant que la violence à l’encontre des migrants serait fermement réprimée. Parallèlement, la commission parlementaire des affaires intérieures a demandé des audits sur l'emploi des étrangers dans les universités, notamment celles de Johannesburg.
Tensions diplomatiques et crainte de violences généralisées
Au niveau diplomatique, les tensions sont également perceptibles. Le haut-commissaire de Tanzanie, James Bwana, a vigoureusement rejeté les rumeurs d'attaques ciblées contre ses ressortissants, dénonçant des fake news sur les réseaux sociaux. En réponse, le gouvernement sud-africain a convoqué des ambassadeurs africains pour discuter de la question de la xénophobie. Cependant, sur le terrain, la présence policière est renforcée, bien que de nombreuses préoccupations demeurent, notamment la crainte de "chasses aux migrants", alimentées par des vidéos souvent détournées ou falsifiées.
Les manifestations ont également donné lieu à des signes de tensions internes au sein des quartiers. À Johannesburg, des commerçants étrangers ont fermé leurs magasins avant même l’arrivée des cortèges, témoignant d’une crainte des débordements. Les manifestations se sont rapidement dirigées vers le Parlement provincial du Gauteng, où un mémorandum a été remis aux autorités locales. Le Premier ministre Panyaza Lesufi a désormais sept jours pour répondre aux revendications des manifestants.
Jacinta Ngobese-Zuma, une figure montante du mouvement
Au sein de la foule, Jacinta Ngobese-Zuma, une animatrice radio basée à Durban et figure montante du mouvement, a rejeté les accusations de "vigilantisme", terme associé à des milices paramilitaires informelles. Elle a souligné que les marches visaient à défendre des causes légitimes comme l'emploi, la lutte contre la corruption et la réorganisation de l’ordre public. Selon elle, les manifestations n'étaient pas le fait de groupes extrémistes, mais d'une prise de conscience collective des frustrations économiques et sociales d'une partie de la population sud-africaine.
Un avenir incertain
Alors que les autorités ont jusqu’au 7 mai pour répondre aux préoccupations exprimées par les manifestants, il est probable que les marches d'avril 2026 marquent un tournant dans la politique migratoire sud-africaine. Bien que les estimations des effectifs varient entre 2 000 et 3 000 personnes, ces événements risquent de changer la dynamique politique de la nation arc-en-ciel. L’issue des prochaines semaines dépendra en grande partie de la capacité du gouvernement à répondre aux demandes de la rue, tout en maintenant une position ferme contre toute forme de violence ou de xénophobie.
Les manifestations de 2026 ne sont pas seulement une révolte contre la gestion des flux migratoires, elles incarnent un malaise social profond, à la croisée des chemins entre passé colonial et futur incertain. La question qui demeure est : jusqu’où l’Afrique du Sud, pourtant modèle de réconciliation post-apartheid, pourra-t-elle préserver l’équilibre entre justice sociale et solidarité internationale ?
Athanase Kangah