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Journaliste nigérien de renom, Moussa Kaka, disparu depuis le 31 août à Niamey, laisse derrière lui quatre décennies de journalisme, consacrées à raconter son pays et à défendre le droit à l’information.
Niamey, le 24 septembre 2026 (crocinfos.net) – Moussa Kaka est une figure connue du journalisme nigérien et sahélien. À plus de 66 ans, après environ quatre décennies de pratique professionnelle, il a consacré une grande partie de sa carrière à raconter le Niger et les réalités de la région.
Directeur général de Radio Télévision Saraounia (RTS), qu’il a fondée, le journaliste a également été correspondant de Radio France Internationale (RFI) au Niger jusqu’en 2023. Il a par ailleurs collaboré avec Reporters sans frontières (RSF), notamment dans la documentation des atteintes à la liberté de la presse.
Sur le terrain, à Niamey comme dans les autres régions du pays, Moussa Kaka s’est notamment distingué par sa couverture de l’actualité politique, sociale et sécuritaire. Des confrères le décrivent comme un journaliste proche du terrain, attentif aux réalités des populations et disponible pour accompagner les jeunes professionnels.
Une carrière marquée par le terrain
Au fil de sa carrière, Moussa Kaka a couvert différents événements qui ont marqué l’histoire récente du Niger, notamment des périodes de conflit, de dialogue politique et de fortes tensions sécuritaires.
« Là où beaucoup de journalistes hésitaient souvent pour leur sécurité, Moussa a toujours été sur le terrain dans les centres urbains comme dans le désert au moment des conflits armés », témoigne un doyen de la presse nigérienne cité par RSF.
Après avoir commencé sa carrière à la radio nationale du Niger, il crée en 1999 Radio Saraounia, avant de lancer, en 2011, la chaîne de télévision du même nom. Le groupe de presse s’est ensuite développé avec des antennes dans plusieurs régions, notamment à Tahoua, Maradi et Madaoua.
Disparu après avoir quitté son bureau
Moussa Kaka n’a plus donné signe de vie depuis le 31 août 2026. Selon les informations recueillies par RSF, il a quitté les locaux de RTS à Niamey vers 19 heures pour regagner son domicile, mais n’y est jamais arrivé. Depuis, sa famille et ses collaborateurs n’ont plus eu de contact avec lui.
Sa disparition est intervenue quelques jours après une tentative de déstabilisation survenue à Niamey dans la nuit du 28 au 29 août, selon plusieurs organisations de défense des droits humains et de la liberté de la presse. La FIDH et l’OMCT ont également fait état de sa disparition et demandé une intervention urgente.
À ce stade, les circonstances de sa disparition restent à établir. Les autorités nigériennes n’ont pas publiquement communiqué, selon les informations citées par RSF, sur l’ouverture d’une enquête destinée à déterminer ce qui lui est arrivé.
RSF réclame une enquête
Face à cette situation, Reporters sans frontières demande aux autorités nigériennes d’ouvrir une enquête afin de retrouver le journaliste et d’établir les circonstances de sa disparition.
« Cette disparition […] envoie des signaux inquiétants aux acteurs de la presse du pays qui s’efforcent d’exercer un journalisme indépendant », estime Sadibou Marong, directeur du bureau Afrique subsaharienne de RSF.
L’organisation rappelle ainsi le parcours de Moussa Kaka et son engagement professionnel dans un contexte où les conditions d’exercice du journalisme au Niger se sont fortement dégradées ces dernières années. RSF relève notamment une hausse des attaques, menaces et détentions visant des journalistes depuis le coup d’État de 2023.
Un journaliste déjà confronté à la détention
La carrière de Moussa Kaka a également été marquée par plusieurs épisodes de pression et de détention.
Entre septembre 2007 et octobre 2008, il a passé 384 jours en détention, après avoir été accusé d’un « acte de nature à nuire à la défense nationale », une accusation contestée.
En 2025, il avait de nouveau été interpellé avec cinq autres journalistes après l’annonce d’une conférence de presse consacrée à un fonds de solidarité destiné à soutenir les forces de sécurité. Les journalistes avaient été poursuivis sur la base de dispositions relatives à la cybercriminalité.
Malgré ces épisodes, des confrères saluent sa constance professionnelle et son attachement aux principes éthiques et déontologiques du journalisme.
Une rédaction qui continue malgré son absence
Depuis sa disparition, Radio Télévision Saraounia poursuit ses activités malgré les difficultés liées à l’absence de son directeur général. Selon la Deutsche Welle, la rédaction s’est réorganisée collectivement afin d’assurer la continuité des programmes de la radio et de la télévision.
La disparition de Moussa Kaka continue par ailleurs de susciter des réactions dans le monde de la presse africaine. L’Union des journalistes de la presse libre africaine (UJPLA) a également appelé, en septembre, à sa localisation sans délai.
Alors que le journaliste demeure introuvable, les organisations de défense de la liberté de la presse et des droits humains demandent que toute la lumière soit faite sur sa disparition et que sa famille, ses collègues et la communauté journalistique soient informés de son sort.
Médard KOFFI