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La rentrée solennelle du Département de Philosophie de l’Université Félix Houphouët-Boigny (UFHB), organisée le mercredi 14 octobre 2026, a mis en lumière l’actualité de la pensée grecque antique face aux incertitudes politiques contemporaines.
Abidjan, le 15 octobre 2026 (crocinfos.net) – Les œuvres fondatrices de l’Antiquité peuvent-elles encore éclairer les choix collectifs, les mécanismes du pouvoir et les incertitudes du monde contemporain ? C’est autour de cette interrogation que s’est articulée la rentrée solennelle du Département de Philosophie de l’Université Félix Houphouët-Boigny (UFHB), le mercredi 14 octobre 2026, à l’auditorium de l’institution universitaire. Au cœur de cette rencontre scientifique, le professeur Dion Yodé Simplice a proposé une lecture philosophique et politique de L’Odyssée d’Homère, mettant en lumière la pertinence de concepts antiques pour comprendre les défis actuels.
Penser les réalités africaines dans le débat scientifique international
Cette rentrée solennelle a également permis au Département de Philosophie de réaffirmer ses ambitions scientifiques et intellectuelles. Son premier responsable, le Dr KOUADIO Koffi Decaird, maître de conférences, a insisté sur la nécessité de conjuguer ouverture internationale et prise en compte des réalités africaines dans les travaux de recherche.
« Notre responsabilité est double : inscrire nos travaux dans les débats internationaux et simultanément penser les réalités africaines à partir de leurs expériences historiques, sociales, politiques et culturelles », a-t-il déclaré.
Cette orientation traduit la volonté du département de contribuer aux échanges scientifiques internationaux, tout en faisant des expériences historiques, sociales, politiques et culturelles africaines des objets de réflexion à part entière.
Pour sa part, le directeur de l’UFR Sciences de l’Homme et de la Société (SHS), le professeur NASSA Dabié Désiré Axel, s’est réjoui de la mobilisation des enseignants et des étudiants. Il a salué cette participation, qu’il considère comme un signe encourageant pour le rayonnement de l’UFR et de ses disciplines.
La Mètis et le Nostos, deux clés de lecture de l’action politique
Moment central de cette rentrée solennelle, la leçon inaugurale du professeur DION Yodé Simplice, président de l’Association ivoirienne des professeurs de philosophie (AIPP) et vice-président de l’UFHB chargé de la Planification, de la Programmation et des Relations extérieures, portait sur le thème : « Mètis et Nostos : une lecture philosophico-politique de l’Odyssée d’Homère ».
Le conférencier a invité son auditoire à dépasser la dimension épique du récit homérique pour en explorer les implications philosophiques et politiques. Son analyse s’est appuyée sur deux notions fondamentales de la pensée grecque : la Mètis, qui renvoie à l’intelligence rusée, stratégique et adaptative, et le Nostos, qui désigne le retour au pays natal, aux origines et à l’espace fondateur de l’appartenance.
À travers ces deux concepts, le récit d’Homère offre une réflexion sur la capacité de l’individu à affronter l’imprévisible, à surmonter les épreuves et à préserver ses repères au milieu des transformations du monde.
Dans L’Odyssée, Ulysse se distingue notamment par son aptitude à interpréter les situations, à anticiper les dangers et à adapter sa conduite aux circonstances. Son parcours illustre une intelligence pratique qui ne repose pas exclusivement sur la force physique, mais aussi sur la finesse du jugement, la prudence et l’inventivité.
La Mètis apparaît ainsi comme une faculté permettant d’observer, d’interpréter, d’anticiper et d’agir au moment opportun. Cette intelligence stratégique constitue, selon la lecture proposée, une grille d’analyse pertinente des mécanismes de décision, particulièrement lorsque l’action se déroule dans des environnements complexes et instables.
Le contraste symbolique entre Achille, figure de la puissance héroïque, et Ulysse, incarnation de l’intelligence stratégique, vient renforcer cette réflexion. Sans opposer systématiquement la force à la raison, cette distinction souligne que la réussite d’une action dépend autant des moyens disponibles que de la capacité à les mobiliser avec discernement.
Le professeur Dion Yodé Simplice a résumé cette orientation en ces termes : « L’Odyssée n'est pas qu'une suite d’aventures ; c'est une leçon sur le passage de la force (Achille) à l'intelligence adaptative (Ulysse). À travers le concept de la Mètis et du Nostos, le poème d'Homère définit l'art de naviguer dans l'incertitude tout en restant fidèle à ses racines ».
Une pensée ouverte sur le monde et ancrée dans les réalités africaines
Au-delà de la relecture d’une œuvre majeure de la littérature antique, cette leçon inaugurale pose la question de l’utilité de la philosophie dans la compréhension des sociétés contemporaines. Comment décider dans l’incertitude ? Comment adapter son action aux circonstances sans renoncer à ses repères ? Comment concilier l’ouverture au monde et la fidélité à ses origines ?
Autant d’interrogations qui donnent à la Mètis et au Nostos une portée dépassant le cadre de la Grèce ancienne. Leur mobilisation invite à examiner les ressorts de la décision, de la prudence et de l’appartenance dans des contextes politiques et sociaux en constante évolution.
Cette démarche rejoint l’ambition exprimée par les responsables du Département de Philosophie : développer une recherche capable de dialoguer avec les traditions intellectuelles du monde, sans marginaliser les expériences propres aux sociétés africaines.
À travers cette rentrée solennelle, l’UFHB a ainsi offert un espace de réflexion où l’héritage antique devient un outil d’interrogation du présent. Une manière de rappeler que la philosophie ne consiste pas seulement à revisiter les idées du passé, mais aussi à mobiliser leur richesse pour mieux comprendre les défis du monde contemporain.
Médard KOFFI