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C R O C I N F O S

[Tribune/Transition générationnelle] Le mot est dit

[Tribune/Transition générationnelle] Le mot est dit

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Le président Alassane Ouattara a annoncé que son mandat serait celui de la transition générationnelle. Un acte historique crucial, engageant l’avenir de la Côte d'Ivoire. Cette transition nécessite un cadre clair, structuré et inclusif.

« Maintenant le débat doit s’ouvrir » Par Yaya Fofana, président MFA

Il y a des moments dans la vie d’une nation où les mots prononcés par ceux qui la dirigent portent le poids de l’histoire entière. Le 8 décembre 2025, le Président Alassane Ouattara a prononcé l’un de ces mots. En déclarant solennellement que ce mandat sera celui de la transition générationnelle, il a ouvert une porte. Une porte que la Côte d’Ivoire tout entière attend de voir franchir, ensemble, dignement. Mais une porte ouverte que l’on refuse de franchir finit toujours par devenir une impasse nationale. Ce mot transition n’est pas anodin. Il engage. Il oblige. Il crée une attente légitime dans le cœur de millions d’Ivoiriens qui, depuis des années, portent en eux l’espoir d’un renouveau ordonné, pacifique et responsable. Quand un peuple espère trop longtemps sans réponse, l’espérance finit par se transformer en exigence. Et l’exigence, en rupture.


Mais une transition ne se décrète pas. Elle s’organise

Et c’est précisément parce que nous croyons en la parole du Président, précisément parce que nous respectons l’institution qu’il représente, que nous posons aujourd’hui cette question non pas comme un défi, mais comme un devoir républicain, quel est le cadre de cette transition. Car une transition sans cadre n’est pas une promesse. C’est un risque. Ce que l’histoire de notre pays nous enseigne. La Côte d’Ivoire a été façonnée par des hommes qui ont compris, chacun à leur manière, que le pouvoir n’est jamais une fin en soi, il est un legs.


Le pouvoir qui ne se transmet pas finit toujours par se perdre dans la douleur

Félix Houphouët-Boigny, le Père de la Nation, a consacré quarante années à construire un État, à tisser une paix sociale, à incarner le dialogue comme méthode de gouvernement. Mais il n’a pas organisé sa succession. Et quand le moment est venu, le vide s’est fait sentir avec une brutalité que le pays a longtemps portée. Ce n’est pas une critique, c’est une leçon que le Vieux lui-même, dans ses dernières années, semblait avoir perçue. Henri Konan Bédié a hérité d’un État solide. Mais il a choisi de verrouiller l’accès au pouvoir plutôt que de l’ouvrir. L’ivoirité, concept conçu pour protéger, est devenu l’instrument d’une fracture dont nous payons encore, en partie, le prix. Sa transition à lui n’a pas été transmise, elle a été arrachée dans la nuit du 24 décembre 1999.

Lorsqu’un système se ferme, ce n’est jamais l’opposition qui le renverse en premier, c’est sa propre rigidité. Robert Guéï, homme de transition par définition, n’a pas su s’effacer au moment où la Nation le lui demandait. Et cette incapacité à transmettre a ouvert la porte aux convulsions qui ont suivi. Laurent Gbagbo a gouverné dix ans dans la promesse de la réconciliation. Mais quand l’heure du départ est venue, il a préféré la résistance à la transmission. Le pays en a payé le prix en sang. Refuser de transmettre le pouvoir, c’est toujours transférer la crise au peuple. Ces quatre trajectoires, aussi différentes soient-elles, convergent vers une même leçon fondamentale. En Côte d’Ivoire, chaque fois que la transmission du pouvoir n’a pas été organisée, c’est la Nation qui a souffert. Une nation ne s’effondre jamais en un jour. Elle s’use chaque fois que ses transitions sont manquées.


Une fenêtre d’opportunité historique

Le Président Ouattara a lui-même porté le poids de cette histoire. Il a été exclu, combattu, écarté par des mécanismes politiques conçus pour confisquer le pouvoir. Il sait mieux que quiconque ce que coûte une transition mal pensée. C’est précisément pourquoi l’annonce du 8 décembre 2025 est un acte de lucidité politique rare, un acte qui l’inscrit déjà dans une posture différente de ses prédécesseurs. L’histoire lui offre aujourd’hui ce que peu de dirigeants reçoivent, la possibilité de corriger le destin d’un pays avant de le quitter.

Les peuples qui ont peur de leur avenir subissent leur histoire. Les peuples qui l’organisent l’écrivent. Nous avons choisi d’écrire. L’histoire ne retient pas ceux qui s’accrochent au pouvoir. Elle consacre ceux qui savent le transmettre. La génération qui réussira cette transition ne sera pas célébrée pour avoir confisqué le pouvoir. Elle sera honorée pour l’avoir librement, courageusement et dignement transmis.



Mais la parole seule ne suffit pas. Elle doit être suivie d’un processus

Une transition générationnelle véritable ne peut se résumer à un changement de visages. Elle suppose une vision, un processus, des garanties. Elle suppose que les forces vives de la Nation, jeunesse, société civile, partis politiques, diaspora, cadres expérimentés, soient associées à la réflexion collective sur l’avenir du pays. Changer les visages sans changer le système, ce n’est pas une transition. C’est une illusion. « La paix, c’est plus que l’absence de guerre. C’est la volonté de se comprendre. », Félix Houphouët-Boigny

Comprendre ce moment exige que nous l’organisions ensemble. Ce que nous proposons est simple. Un dialogue national sur la transition générationnelle, inclusif, transparent, structuré, un espace où la question de la succession politique peut être abordée avec maturité, sans tabou, sans calcul partisan étroit, avec pour seule boussole l’intérêt supérieur de la Côte d’Ivoire.

Un pays qui refuse de parler de sa succession prépare toujours une crise qu’il ne pourra plus maîtriser.


L’heure du choix

La grandeur d’un homme d’État ne se mesure pas à la durée de son règne. Elle se mesure à la qualité de ce qu’il transmet, à la solidité de ce qu’il laisse derrière lui. On peut rester longtemps au pouvoir. Mais on ne reste jamais au-dessus de l’histoire.

Le Président Ouattara a aujourd’hui une occasion que ses prédécesseurs n’ont pas saisie ou n’ont pas su saisir, celle de quitter le pouvoir en ayant organisé sa propre succession, librement, dans la dignité et la sérénité. Ce serait un geste inédit dans l’histoire politique de notre pays. Un geste fondateur.

Ce ne serait pas seulement une sortie. Ce serait un précédent historique.


C’est à cette aune que l’histoire jugera ce mandat

Les peuples qui ont peur de leur avenir subissent leur histoire. Les peuples qui l’organisent l’écrivent. Nous avons choisi d’écrire.

L’histoire ne retient pas ceux qui s’accrochent au pouvoir. Elle consacre ceux qui savent le transmettre.

La génération qui réussira cette transition ne sera pas célébrée pour avoir confisqué le pouvoir. Elle sera honorée pour l’avoir librement, courageusement et dignement transmis.

Transmettre le pouvoir n’est pas un abandon. C’est l’acte le plus élevé de souveraineté.

Ce jour viendra. Il doit venir. Et il viendra parce que la Côte d’Ivoire, malgré tout, n’a jamais cessé de croire en elle-même.


Fait, le 11 avril 2026