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Dans un contexte politique exigeant, la responsabilité devient un devoir historique. La grandeur d'un homme d'État se mesure à sa capacité à préserver la paix, l’unité et la stabilité de la Nation.
Par Yaya Fofana, président du MFA
Il est des moments où le destin d’une Nation exige moins de bruit que de hauteur, moins de paroles que de discernement. Ce sont ces instants rares où le silence responsable devient un acte politique à part entière. En ces moments décisifs, la véritable grandeur d’un homme d’État ne se mesure pas à son éloquence, mais à sa capacité à comprendre le sens de l’Histoire qu’il contribue, par chacun de ses gestes, à écrire.
La politique ne saurait se réduire à une joute d’ambitions ou à une confrontation d’égoïsmes contraires. Elle est d’abord, et avant tout, une charge. Une charge de responsabilité envers l’État, gardien du bien commun, envers le peuple, dépositaire de la souveraineté, et envers les générations à venir, héritières de nos choix présents.
Dans les périodes sensibles, lorsque les mémoires demeurent vives et que les cicatrices du passé n’ont pas encore entièrement disparu, la plus noble des missions politiques est de préserver l’essentiel, c’est-à-dire la paix, la stabilité et l’unité nationale. Ces fondations ne sont pas négociables. Elles sont le socle sur lequel repose toute ambition légitime de développement, de justice et de progrès.
Une paix durable ne se décrète pas, elle se construit lorsque chaque sensibilité politique, chaque région et chaque génération peut se reconnaître dans la République et se sentir protégée par elle. L’unité nationale n’est pas l’effacement des différences, mais leur organisation harmonieuse au service du bien commun.
Assumer la responsabilité politique, c’est savoir que le destin d’un peuple ne se protège pas par des paroles excessives, mais par des actes justes et mesurés. C’est préférer la retenue à la démesure, l’apaisement à la confrontation, la fidélité à la République plutôt qu’à l’attrait des calculs immédiats. Gouverner, ou se préparer à gouverner, commence toujours par se gouverner soi-même.
L’Histoire de notre pays enseigne que les Nations qui avancent sont celles dont les dirigeants se considèrent comme des gardiens et non comme des propriétaires du pouvoir. Le pouvoir ne vaut que s’il élève, il ne dure que s’il rassemble, il ne grandit que s’il protège. L’autorité cesse d’être légitime dès lors qu’elle perd sa finalité morale, qui est le service exclusif de la République.
La responsabilité politique, c’est aussi l’attention patiente et sincère au peuple. Le peuple ne réclame pas des promesses éclatantes, mais du sérieux, de la constance et de la vérité. Il attend des institutions fortes, une justice équitable, un avenir clair pour sa jeunesse et la certitude que l’État demeure un refuge lorsqu’il doute. Parler en son nom, c’est parler avec mesure, agir pour lui, c’est agir avec loyauté.
Servir l’État, c’est savoir que certaines ambitions se tempèrent devant l’intérêt général, que certaines passions doivent céder à la raison républicaine et que le temps long de l’Histoire commande toujours davantage que l’urgence du moment. La République ne se défend ni dans l’agitation ni dans les slogans, elle se défend dans la dignité et dans la permanence de ses institutions.
En définitive, la responsabilité politique est une exigence morale. Elle impose à chacun de ses acteurs une rigueur d’âme : parler sans diviser, agir sans blesser, décider sans céder aux vents contraires. C’est à cette seule condition que la paix peut durer, que l’État peut se renforcer et que la confiance du peuple peut renaître.
L’Histoire observe, juge et retient. À chacun de choisir s’il veut y laisser la trace d’un agitateur d’un jour ou celle, plus rare et plus précieuse, d’un responsable conscient de son devoir envers la République. De Félix Houphouët-Boigny aux dirigeants qui, plus récemment, ont su préserver la stabilité et la continuité de l’État dans l’épreuve, notre pays a connu des moments où la main ferme, mise au service de la paix, a permis d’éviter le pire et d’ouvrir des chemins de progrès. Chaque génération de responsables politiques est appelée à s’inscrire dans cette chaîne de responsabilité patiemment construite, non pour défier, mais pour prolonger l’œuvre de paix et de développement.
Et comme le rappelait le premier Président, la paix n’est pas un vain mot, c’est un comportement, et elle demeure le plus sûr héritage qu’un dirigeant puisse transmettre à son peuple.
Fait le 5 février 2026