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Dans cette troisième et dernière partie de l’entretien, le Secrétaire général de l’APR, Konan N’Guessan Narcisse, aborde le foncier, la cohésion nationale et le dialogue politique, appelant à l’apaisement et à l’examen d’une mesure d’amnistie.
Abidjan, le 26 août 2026 (croicnfos.net) – Dans cette troisième et dernière partie de son entretien, le secrétaire général de l’Alliance des patriotes de Côte d’Ivoire (APR), Konan N’Guessan Narcisse, revient sur plusieurs questions sensibles liées à la vie nationale. Il évoque notamment les conflits fonciers, la cohésion nationale, le dialogue politique ainsi que les conditions nécessaires à un apaisement durable.
Face aux tensions susceptibles de fragiliser le tissu social, il préconise davantage de médiation, de justice sociale et de prévention des conflits. Il appelle également le président Alassane Ouattara à donner une traduction concrète à son appel à l’apaisement, notamment à travers l’examen d’une éventuelle mesure d’amnistie.
Le responsable de l’APR plaide enfin pour une Côte d’Ivoire davantage tournée vers le dialogue, la réconciliation et la consolidation de l’unité nationale.
crocinfos.net : À cette problématique urbaine s’ajoute la question foncière, particulièrement sensible dans plusieurs localités. Vous évoquez notamment Konandji, dans le département d’Alépé. Que préconisez-vous ?
Konan N’Guessan Narcisse : Le foncier est l’une des questions les plus délicates de notre pays, parce qu’il touche à la fois à l’économie, à la famille, à l’identité, à l’héritage et, parfois même, à la survie des communautés.
Le cas de Konandji, dans le département d’Alépé, doit être regardé avec beaucoup de prudence et surtout sans opposer les communautés les unes aux autres.
Lorsqu’un différend foncier apparaît, il faut éviter qu’il ne se transforme en conflit communautaire ou politique. Les autorités administratives, les élus, les chefs traditionnels et les services compétents de l’État doivent pouvoir intervenir suffisamment tôt afin d’établir les faits, d’examiner les documents disponibles et de rechercher des solutions acceptables, dans le strict respect de la loi.
Je crois beaucoup à la médiation.
Nous devons également poursuivre la sécurisation du foncier rural, améliorer l’information des populations et accélérer les procédures permettant de clarifier les droits sur les terres.
Notre pays ne peut pas prétendre construire une Nation forte tout en laissant la question foncière devenir une source permanente de méfiance entre les communautés.
Sur ce point également, l’esprit d’apaisement évoqué par le Président de la République peut être traduit en actes. Il faut prévenir les conflits plutôt que d’attendre qu’ils deviennent irréversibles.
C’est cela, à mon sens, la véritable justice sociale : garantir à chacun le respect de ses droits, mais aussi faire en sorte que le développement économique et l’aménagement du territoire ne soient pas vécus comme des facteurs d’exclusion.
crocinfos.net : Au regard de toutes ces préoccupations, quel message adressez-vous directement au Président Alassane Ouattara pour donner une traduction concrète à son appel à l’apaisement ?
Konan N’Guessan Narcisse : Je voudrais m’adresser au Président de la République avec beaucoup de respect, parce que nous parlons du Chef de l’État et des institutions de notre pays.
Monsieur le Président, votre message à la Nation nous donne une raison supplémentaire d’espérer en une Côte d’Ivoire toujours plus apaisée.
La question qui se pose désormais est celle de la traduction concrète de cet appel.
Une nouvelle étape pourrait être franchie à travers le renforcement du dialogue avec les différentes composantes de la Nation : acteurs politiques, société civile, autorités traditionnelles et religieuses, jeunesse et organisations représentatives des populations.
Nous devons progressivement faire en sorte que les désaccords politiques ne deviennent plus des blessures durables.
La Côte d’Ivoire a suffisamment connu les moments difficiles pour savoir que la paix est un bien extrêmement précieux. Le véritable défi consiste aujourd’hui à consolider la confiance.
Et je pense que le Président Alassane Ouattara a une responsabilité particulière dans cette dynamique.
Nous lui demandons donc respectueusement de considérer toutes les initiatives susceptibles de favoriser la réconciliation nationale, y compris, lorsque les conditions juridiques et politiques sont réunies, l’examen d’une mesure d’amnistie.
L’APR souhaite notamment que la situation de son président, Babily Dembélé, actuellement détenu, puisse faire l’objet d’une attention particulière du Chef de l’État.
Notre demande n’est pas de remettre en cause le rôle de la justice ni les institutions de la République. Elle s’inscrit dans une démarche d’apaisement.
Une éventuelle loi d’amnistie, si elle était décidée par les autorités compétentes et dans les conditions prévues par notre système institutionnel, pourrait constituer, selon nous, un geste important en faveur de la décrispation et de la réconciliation.
Nous demandons donc au Président de la République d’examiner cette possibilité avec sagesse, humanité et bienveillance, non seulement pour Babily Dembélé, mais plus largement pour les détenus que certains acteurs politiques considèrent comme relevant du contexte politique.
Un tel geste pourrait donner une dimension supplémentaire à l’appel à l’apaisement lancé à la Nation.
crocinfos.net : Un dernier mot aux Ivoiriens après ce 66ᵉ anniversaire de l’indépendance ?
Konan N’Guessan Narcisse : Je voudrais dire à chaque Ivoirienne et à chaque Ivoirien que notre première richesse demeure notre pays.
Nous avons plus de 60 communautés ethniques, des cultures différentes, des sensibilités politiques diverses et des confessions religieuses multiples. Pourtant, nous partageons la même terre, le même destin et la même responsabilité envers les générations futures.
Nous devons donc apprendre à nous parler davantage, à nous écouter et à nous pardonner lorsque cela est nécessaire.
La Côte d’Ivoire a besoin de routes, d’écoles, d’hôpitaux, de logements et d’emplois, mais elle a aussi besoin de confiance.
Le développement économique ne peut être pleinement durable que s’il repose sur une société apaisée.
Je souhaite donc que le 66ᵉ anniversaire de notre indépendance soit plus qu’une célébration. Qu’il soit le point de départ d’une nouvelle étape : celle d’une Côte d’Ivoire qui avance, d’une Côte d’Ivoire qui dialogue, d’une Côte d’Ivoire qui protège ses populations et, surtout, d’une Côte d’Ivoire capable de rassembler toutes ses filles et tous ses fils autour de l’essentiel : la paix, la cohésion nationale et l’amour de la Nation.
Entretien réalisé par Médard KOFFI