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C R O C I N F O S

[Côte d’Ivoire 2035] Pour un « New Deal » entre l’Université et l’Entreprise

[Côte d’Ivoire 2035] Pour un « New Deal » entre l’Université et l’Entreprise

Par Taki Bouanzi, Journaliste engagé sur les questions de bonne gouvernance, de technologies et de capital humain.

La Côte d’Ivoire doit refonder le lien entre universités et entreprises pour adapter les formations aux besoins économiques, accélérer l’insertion des diplômés et préparer, d’ici 2035, une jeunesse qualifiée, productive et actrice du développement national.

Par Taki Bouanzi

2026, la Côte d’Ivoire avance à un rythme qui force le respect. Avec le déploiement de son nouveau Plan National de Développement (PND 2026-2030) et des ambitions de transformation locale qui nous hissent au rang de premier broyeur mondial de cacao, notre pays consolide sa position de locomotive de l'Afrique de l'Ouest. Mais alors que nous célébrons ces victoires macroéconomiques, une sourde menace pèse sur notre trajectoire vers 2035 : le grand paradoxe de notre capital humain.

D’un côté, nos industries se modernisent à grande vitesse, portées par une économie qui frôle les 7 % de croissance annuelle. De l'autre, notre système éducatif fait face à une réalité brute : selon les données de l'Agence Emploi Jeunes et de la Banque mondiale, près de 70 % des diplômés du supérieur peinent encore à trouver un emploi formel dans les trois ans suivant l'obtention de leur parchemin. Le chômage des jeunes en Côte d'Ivoire n'est pas un manque de volonté, c'est un problème d'aiguillage. Nous produisons des diplômés en sciences humaines par milliers, là où le secteur privé recherche désespérément des techniciens, des logisticiens et des gestionnaires de données.

Ce décalage est une bombe à retardement sociale. Face à l'essor de l'intelligence artificielle et aux exigences de la transition industrielle, nous devons briser les vieux schémas. C’est le sens d'un nouveau paradigme que nous devons porter haut et fort : « Un diplôme, un métier : l'Université de l'Émergence réelle ». Le diplôme ne doit plus être une fin en soi, mais une passerelle garantie vers l'appareil productif national.

Pour réussir ce virage stratégique, trois ruptures audacieuses s'imposent.

D'abord, faisons entrer les créateurs de richesses dans la gouvernance de nos universités. Le patronat (CGECI) et les chambres consulaires doivent siéger au sein des conseils d'administration de chaque unité de formation (UFR). À l'image des modèles d'ingénierie les plus performants, aucun nouveau parcours universitaire ne devrait être financé par les deniers publics sans une validation conjointe de sa pertinence sur le marché de l'emploi à court et moyen terme.

Ensuite, osons la reconversion technologique massive. Nous devons tendre la main à cette génération de diplômés des filières saturées en créant un « Chèque Reconversion ». À travers des formations intensives de six à neuf mois, apprenons à un licencié en sociologie ou en lettres les compétences clés de l'AgriTech, du codage ou de la logistique industrielle, en connectant immédiatement ces cursus aux incubateurs de nos campus.

Enfin, généralisons l'apprentissage dual dès la deuxième année de licence. L'immersion en entreprise ne doit plus être un stage de fin d'études obtenu par le biais du réseautage, mais l'ADN même du parcours universitaire. Utilisons le levier fiscal pour inciter nos PME à devenir des entreprises-formatrices : chaque étudiant accueilli en alternance doit se traduire par un allègement direct des charges patronales et des taxes sur la formation continue.

À l'horizon 2035, la Côte d'Ivoire comptera plus de 35 millions d'habitants, avec une population dont l'âge médian se situera autour de 20 ans. Cette jeunesse ne réclame ni l'aide sociale, ni de vaines promesses. Elle demande des outils pour bâtir son pays.

En réformant donc le pacte entre l'université et l'entreprise, nous ne ferons pas que résoudre l'équation du chômage : nous donnerons à la Côte d'Ivoire les ingénieurs de sa souveraineté économique et les leaders de son avenir. Le chantier est immense, mais l'urgence commande d'agir dès aujourd'hui.

                           

Journaliste engagé sur les questions de bonne gouvernance, de technologies et de capital humain.