La table de séance qui a fini par sortir de la salle
Le congrès extraordinaire de l’UNJCI, tenu à la Maison de la Presse d’Abidjan, a été marqué par des tensions sur la prolongation du mandat du bureau sortant. Une crise politique éclate, révélant un agenda caché.
Abidjan (Côte d’Ivoire), 25 février 2026 (crocinfos) – Ce mercredi, la Maison de la presse d’Abidjan (MPA) a été le théâtre d’une scène tumultueuse lors du congrès extraordinaire de l'Union Nationale des Journalistes de Côte d'Ivoire (UNJCI). Sous une pression palpable et une ambiance électrique, les congressistes se sont retrouvés face à une situation qui a vite pris une tournure inattendue.
Les premiers indices de cette tension se sont manifestés par l’apparition de fiches brandies en silence, portant des messages forts et sans équivoque. Des messages tels que « Journalistes, restons les gardiens de la loi, ne soyons pas complices de son viol » ou encore « Mandat expiré, légitimité terminée. Nos textes ne sont pas des suggestions : Respectez les statuts de l’UNJCI ! » ont marqué l’ouverture de cette réunion décisive. Le climat était tendu, entre protestations discrètes et affirmations fermes. En cause, l’objectif du jour du bureau sortant semblait clair : discuter de la prolongation du mandat des instances dirigeantes de l’UNJCI
Une vue des participants au C.E.
Le président du Conseil d’administration (PCA), Bertin N’Guessan, a ouvert les débats en évoquant l’application de l’article 15 des statuts de l’UNJCI, qui prévoyait la possibilité de prolonger le mandat des dirigeants. Il a ainsi soumis aux congressistes la question cruciale : « Accorder un délai supplémentaire au mandat des instances dirigeantes ? ». Mais cette question, loin d’être une simple formalité, a mis en lumière un agencement caché des forces en présence.
Des documents déjà.....
À l’instant même où la question fut posée, l’atmosphère, déjà surchauffée, s’est intensifiée. Les partisans du candidat sortant, Franck Ettien, se sont immédiatement levés, applaudissant vigoureusement, tout en bloquant toute tentative de réplique du camp opposé. Ce dernier, dirigé par Marie-Laure N’Goran, n’a eu aucune chance de s’exprimer dans un cadre équitable. Aucun appel à ceux qui s’opposaient à la prolongation, aucun comptage formel, aucune possibilité de contredire la proposition en bonne et due forme.
...qui étaient déjà prêts avant la fin du Congrès extraordinaire
Le flou qui a entouré cette procédure a jeté de l’huile sur le feu. Les partisans de Marie-Laure N’Goran ont dénoncé un passage en force, accusant le bureau sortant d’imposer un vote sans débat ni transparence. La salle, déjà chaotique, s’est envenimée au fur et à mesure que des voix s’élevaient dans une cacophonie désorganisée, les échanges devenant de plus en plus houleux. Les tensions ont atteint un point tel que certains congressistes ont quitté la salle, tandis que d’autres se sont abrités derrière des slogans exigeant une « élection transparente et inclusive ».
Alors que la situation échappait à tout contrôle, Bertin N’Guessan, visiblement sous pression, a quitté la salle précipitamment. Avant de partir, il a laissé sur la table de séance un porte-document contenant des documents sensibles, dont un communiqué du Conseil d’administration et un acte formel tous signés et cachetés, actant la crise. Ces documents signés avant l’ouverture du congrès, circule dans les groupes WhatsApp, et pourraient jouer un rôle clé dans le rapport de constat que les autorités de sécurité pourraient produire sur l’événement.
À l’extérieur, la tension montait d’un cran. Félix D. Bony, directeur de campagne de Marie-Laure N’Goran, a tenu un point-presse où il a révélé des éléments importants. Le mandat de Jean-Claude Coulibaly, président sortant de l’UNJCI, expire à minuit ce jour. Sans détour, il a demandé la fermeture de la Maison de la presse et la dissolution immédiate du PCA et du Conseil des sages, exigeant la mise en place d’un comité adh’oc pour organiser une élection juste et transparente.
Cet enchevêtrement de tensions, de cris de protestation et de manœuvres politiques laisse entrevoir une crise plus profonde, bien au-delà de cette simple réunion. La crise actuelle pourrait marquer un tournant décisif pour l’organisation, un moment où le respect des règles et la transparence pourraient bien l’emporter sur la volonté de maintenir le statu quo.
Dans un contexte où la presse est censée être le miroir de la vérité et le gardien de la loi, il est important que les journalistes eux-mêmes prennent à cœur leur rôle en tant qu’acteurs de la justice. Le respect des statuts de l’UNJCI, loin d’être une option, doit être une priorité. Mais cette crise, marquée par des luttes internes pour le pouvoir, montre que même dans des sphères censées être les garantes de la transparence, l’ombre de l’agenda caché peut déstabiliser les fondements mêmes de l’organisation.
En somme, cette journée à la Maison de la presse d’Abidjan est loin d’être un simple épisode de tensions politiques. Elle reflète les luttes de pouvoir internes à une organisation censée incarner l’éthique, la rigueur et la transparence, mais qui, aujourd’hui, se trouve confrontée à des questions fondamentales sur la gestion de son propre avenir.
Médard Koffi