Hervé Renard, le choix de la FIF
Après les succès sportifs associés à Emerse Faé, la FIF doit expliquer son départ, le choix d’Hervé Renard et les implications financières, éthiques et institutionnelles d’une décision qui nourrit les interrogations sur sa gouvernance actuelle.
Du bilan sportif à l’exigence de transparence : la gouvernance de la FIF à l’épreuve de ses choix
Les performances enregistrées sous l’égide de l’ancien sélectionneur de l’équipe nationale de Côte d’Ivoire, les Éléphants, Emerse Faé, sont consubstantielles au bilan du président sortant de la Fédération Ivoirienne de Football (FIF), M. Idriss Yacine Diallo.
En l’espèce, ce mandat s’illustre par trois faits d’armes incontestables : la conquête d’une Coupe d’Afrique des Nations en 2023, la qualification de la sélection nationale à la Coupe du Monde, et l’accès, pour la première fois dans l’histoire du football ivoirien, au tour suivant de cette compétition.
À défaut de démission conjointe, geste qui eût été perçu par l’opinion nationale, internationale et les observateurs avertis comme un acte de cohérence et de loyauté, la Fédération a préféré se séparer du technicien ivoirien pour s’engager avec un autre sélectionneur dont la rémunération sera manifestement supérieure, pour un temps de présence sur le territoire national somme toute limité aux fenêtres internationales.
Cette ascension, aussi fulgurante qu’historique, s’inscrira nécessairement dans l’actif que le président sortant entend valoriser à l’occasion des prochaines élections fédérales.
Cela étant posé, une contradiction de méthode surgit et commande un examen rigoureux.
Si le bilan est, de l’aveu même de l’institution, jugé satisfaisant, pour quels motifs la FIF n’a-t-elle pas procédé à la reconduction du contrat du sélectionneur national, M. Emerse Faé ?
Dès lors que le président de la FIF sollicite le renouvellement de sa propre investiture et met en avant les succès précités comme fondement de sa légitimité, la rupture unilatérale avec l’architecte sportif de ces succès revêt les apparences d’un non-sens stratégique.
À défaut de démission conjointe, geste qui eût été perçu par l’opinion nationale, internationale et les observateurs avertis comme un acte de cohérence et de loyauté, la Fédération a préféré se séparer du technicien pour s’engager avec un autre sélectionneur dont la rémunération sera manifestement supérieure, pour un temps de présence sur le territoire national somme toute limité aux fenêtres internationales.
Une telle option budgétaire et sportive ne saurait prospérer sans susciter une légitime défiance.
Il appartient à la FIF de lever les zones d’ombre qui entachent sa communication. La plus prégnante d’entre elles tient à l’allégation, largement relayée, selon laquelle l’épouse de M. Emerse Faé exercerait la profession d’agent de joueurs.
Au-delà de l’opportunité technique, c’est le principe de transparence qui est ici mis en cause.
Il appartient à la FIF de lever les zones d’ombre qui entachent sa communication. La plus prégnante d’entre elles tient à l’allégation, largement relayée, selon laquelle l’épouse de M. Emerse Faé exercerait la profession d’agent de joueurs. Cette imputation, si elle est infondée, doit être démentie avec la plus grande fermeté et dans les plus brefs délais. Si elle est avérée, les règles de déport et de prévention des conflits d’intérêts devaient être opposées avec rigueur.
En tout état de cause, le silence de l’institution alimente la suspicion et porte atteinte à l’exigence de bonne gouvernance à laquelle une fédération nationale se doit de se conformer.
Enfin, il convient de s’interroger sur la plus-value escomptée de ce changement.
Que peut apporter M. Hervé Renard de substantiellement nouveau à une sélection dont la culture, l’identité et les ressorts sont déjà parfaitement connus de cadres emblématiques tels que MM. Kolo et Yaya Touré, qui ont eux-mêmes porté le maillot national au plus haut niveau ?
Que dissimule la FIF aux Ivoiriens en réduisant la durée et en renchérissant le coût du poste de sélectionneur, alors même que le prédécesseur a rempli, et au-delà, l’ensemble du cahier des charges qui lui était assigné ?
Que peut apporter M. Hervé Renard de substantiellement nouveau à une sélection dont la culture, l’identité et les ressorts sont déjà parfaitement connus de cadres emblématiques tels que MM. Kolo et Yaya Touré, qui ont eux-mêmes porté le maillot national au plus haut niveau ?
Comme le veut l’adage, les Africains regorgent de talents. Les Ivoiriens n’en sont pas dépourvus. Encore faut-il que ces talents servent l’intérêt général et non des desseins particuliers mus par une logique égocentrique.
La Fédération ne doit pas être le théâtre d’arbitrages opaques. Elle doit rendre des comptes. C’est à ce prix que la crédibilité de l’institution et la confiance du peuple ivoirien pourront être préservées.
Sériba Koné