À titre d'illustration
Sous la pluie de Man, le Restaurant MOAYE Belle Côte a vibré au rythme du match Côte d’Ivoire-France, révélant un espace chaleureux où sport, gastronomie, tourisme et entrepreneuriat féminin se rencontrent avec passion locale authentique.
MAN, jeudi 15 juin 2026 (crocinfos)— Il est 20 heures GMT. Sur Man, la capitale des Montagnes, la nuit tombe dans un rideau d’eau. La pluie fouette les tôles, ruisselle sur les façades, ralentit les pas et vide peu à peu les rues du quartier Houphouët-ville. Mais dans les locaux du Restaurant MOAYE Belle Côte, la ville refuse de s’éteindre. Elle s’est plutôt donné rendez-vous devant un petit écran, pour vivre ensemble le match Côte d’Ivoire-France.
Dehors, il pleut des cordes. Dedans, les cœurs battent au rythme des Éléphants. Les clients sont serrés les uns contre les autres, les regards tendus vers l’écran, les mains prêtes à applaudir, les voix suspendues à chaque offensive ivoirienne. Les travailleurs du restaurant, eux, circulent entre les tables avec la discrétion des soirs de grande affluence. On sert, on débarrasse, on rassure, on sourit. Le football fait oublier la pluie.
La Côte d’Ivoire est menée 1-0 en première période. Le silence traverse la salle en ce moment-là. Ce silence lourd qui accompagne les grandes inquiétudes sportives. Puis l’égalisation arrive. Un cri jailli. Plusieurs cris même. Comme un seul corps, la salle se lève. Les clients applaudissent, certains se prennent dans les bras, d’autres frappent les tables en signe de soulagement. À MOAYE Belle Côte, ce soir-là, il ne s’agissait plus seulement de regarder un match. Il s’agissait de vivre une communion.
Un refuge de chaleur au cœur d’une ville mouillée
Au quartier Houphouët-ville, le Restaurant MOAYE Belle Côte apparaît comme un abri. Pas seulement contre la pluie, mais aussi contre la solitude des longues soirées. Ici, l’écran rassemble. Les plats rapprochent. Le cadre apaise. Le sport devient prétexte à fraternité.
Dans l’ambiance de cette rencontre tendue, crocinfos.net recueille quelques impressions. Oulai Zipaul, assis avec des amis et compagnons, savoure autant le match que le lieu. Il ne cache pas son attachement à cet espace devenu, selon lui, l’un des endroits les plus accueillants de Man.
« Je suis ici avec mes amis et frères pour suivre ce grand duel. C’est une occasion pour nous de changer d’air, parce que le Restaurant MOAYE Belle Côte est un espace accueillant et paisible. Il y a des fois où, quand nous nous retrouvons ici, on oublie même de retourner à la maison, tellement il fait bon vivre », confie-t-il.
Son propos dépasse le simple commentaire d’un client satisfait. Il parle d’un lieu qui s’installe progressivement dans les habitudes sociales de Man. Un espace où l’on mange, où l’on échange, où l’on regarde les matchs, mais aussi où l’on imagine des rencontres plus importantes.
« J’ai des connaissances qui sont attendues ici le mois prochain pour y tenir une grande rencontre de réflexion. Je conseille cet espace à tous ceux et toutes celles qui cherchent un cadre pour abriter leurs cérémonies à Man. Je voudrais, par la même occasion, dire un grand merci à maman Sylvie, la propriétaire de ce coin, qui a pensé aux populations de Man et du Tonkpi en général. Je lui souhaite bon vent », ajoute Oulai Zipaul.
Dans sa voix, il y a de la reconnaissance. Celle que les populations réservent parfois à ceux qui construisent, sans grand bruit, des lieux utiles à la communauté.
« MOAYE, c’est vraiment la chance »
À quelques mètres de là, six jeunes filles venues d’Odienné suivent le match avec la même intensité. Elles sont à Man pour un séjour d’une semaine. Elles cherchaient un lieu paisible, sécurisé et agréable pour regarder Côte d’Ivoire-France. Elles disent avoir trouvé mieux qu’un simple restaurant : un repère.
« Nous venons d’Odienné pour un séjour à Man. Dans nos recherches pour regarder le match Côte d’Ivoire-France dans un cadre paisible et sécurisé, nous n’avons pas trouvé meilleur espace que MOAYE Belle Côte », affirment-elles en chœur.
Leur satisfaction est spontanée. Elles rient, commentent le match, saluent l’ambiance et apprécient la qualité de l’accueil. Pour elles, le nom du restaurant sonne presque comme une prophétie.
« MOAYE, c’est vraiment la chance. Ce soir, en étant ici, les Éléphants ont pris le dessus sur la France, malmenée 2-1. Nous sommes à l’aise. On trouve ici un peu de tout pour la restauration. C’est l’idéal. Pour notre séjour d’une semaine aux pieds des montagnes, c’est MOAYE Belle Côte que nous connaissons. On mange bien ici, avec de la bonne qualité à des prix abordables », témoignent-elles.
Leur phrase résume l’esprit du lieu : la chance, l’accueil, la nourriture et le sentiment d’être en sécurité. Dans une ville touristique comme Man, où les visiteurs cherchent autant la beauté des montagnes que la chaleur humaine, un restaurant peut devenir plus qu’un commerce. Il devient une porte d’entrée dans l’âme de la ville.
Sylvie N’goran N’dri, la femme qui cuisine aussi son destin
Derrière MOAYE Belle Côte, il y a une femme : Sylvie N’goran N’dri. Spécialiste des mets d’ici et d’ailleurs, elle est de ces entrepreneures qui ne dirigent pas à distance. Elle est là, présente, attentive, active. Elle surveille les fourneaux, échange avec ses travailleurs, s’assure que les clients sont servis et que le goût reste fidèle à sa réputation.
Elle organise elle-même la visite guidée des lieux. Chaque espace porte une part de son histoire. Chaque détail semble avoir été pensé pour accueillir, nourrir et retenir le client.
« Ici, le Restaurant MOAYE Belle Côte est mon tout nouvel espace après O’Baoulé, mon premier restaurant situé sur la route de Kassiapleu, le village qui abrite l’université polytechnique de Man, et après le restaurant Belle Côte de Lassari, mon deuxième », explique-t-elle.
Son parcours n’est pas celui d’une femme que tout prédestinait à la réussite entrepreneuriale. Elle le dit avec simplicité : elle n’a pas eu la chance d’être scolarisée. Mais elle a trouvé dans la restauration une école de vie, une voie d’autonomie et un moyen de prendre sa place dans l’économie locale.
« J’ai fait ce choix pour être autonome, m’occuper de mes enfants et faire à manger pour les populations de Man et les personnes de passage dans cette belle ville. C’est aussi pour que Man soit reconnue au plan touristique à travers le monde », confie Sylvie N’goran N’dri.
Ces mots disent beaucoup. Ils disent la volonté de s’en sortir, la responsabilité maternelle, la fierté de servir et l’ambition de contribuer au rayonnement d’une région. Chez elle, la cuisine n’est pas seulement un métier. C’est un langage. Une manière de dire que Man mérite d’être vue, visitée, goûtée et racontée.
Quand le nom devient promesse
Le nom MOAYE n’a pas été choisi au hasard. Il signifie « chance » en baoulé. Pour Sylvie N’goran N’dri, ce mot correspond à l’histoire de ce nouvel espace. Il représente une naissance, une continuité, une espérance.
« J’ai décidé de baptiser cet espace MOAYE, qui signifie chance en baoulé, parce qu’il est le fruit du restaurant Belle Côte. C’est celui de Lassari qui a engendré celui-ci. D’où le nom Restaurant MOAYE Belle Côte », explique-t-elle.
À l’entendre, on comprend que ses restaurants ne sont pas de simples établissements séparés. Ils forment une histoire familiale, économique et personnelle. O’Baoulé, Belle Côte, puis MOAYE Belle Côte : chaque étape marque une avancée. Chaque enseigne raconte une lutte, une persévérance, une manière de croire que l’effort finit par ouvrir des portes.
Ce soir de match, sous la pluie battante, le nom prend un sens particulier. La chance, c’est peut-être ce ballon ivoirien qui finit au fond des filets. Mais c’est aussi cette femme qui, partie de peu, a bâti un lieu où des habitants de Man, des visiteurs d’Odienné, des travailleurs et des passionnés de football se retrouvent dans une même ferveur.
2023, l’année où la sauce Sran l’a conduite vers la lumière
L’histoire de Sylvie N’goran N’dri connaît un tournant en 2023. Cette année-là, elle participe au concours culinaire dénommé « Sublimes saveurs du terroir », organisé par Côte d’Ivoire Tourisme. Face à d’autres candidates, elle arrive avec une arme discrète mais redoutable : la sauce Sran.
Plat emblématique de la région du Tonkpi, la sauce Sran devient sous ses mains un argument de mémoire, de goût et d’identité. Sa maîtrise de cette préparation traditionnelle lui permet de se distinguer et d’occuper la première place du concours.
Cette victoire n’est pas seulement personnelle. Elle consacre un savoir-faire local. Elle montre que les recettes de nos régions peuvent porter loin les couleurs d’un territoire. Elle fait passer Sylvie N’goran N’dri de Man à une reconnaissance plus large, jusqu’à ouvrir son parcours vers d’autres horizons, notamment le Brésil, après une étape à Agnibilékro.
Pour une femme qui affirme n’avoir pas eu la chance d’être scolarisée, ce sacre a valeur de revanche douce. Non pas une revanche contre quelqu’un, mais contre les limites que la vie impose parfois trop tôt. En remportant ce concours, elle prouve qu’il existe plusieurs formes d’intelligence : celle des livres, bien sûr, mais aussi celle de la main, du palais, de la mémoire culinaire, de l’observation et de la persévérance.
Une carte qui raconte le Tonkpi et la Côte d’Ivoire
Au Restaurant MOAYE Belle Côte, la vocation première reste la restauration. Sylvie N’goran N’dri propose à sa clientèle une grande variété de plats. Elle observe vite, apprend vite, reproduit vite. Elle revendique cette capacité comme une force.
« J’apprends tellement vite que rien ne m’échappe. Mes clients repartent toujours satisfaits car, avec moi, jamais de déception », affirme-t-elle.
La carte du restaurant ressemble à un voyage à travers les saveurs populaires et traditionnelles. On y retrouve le riz sauce gouagouassou, le riz sauce djoungblé, le riz aux vermicelles, le foutou sauce Sran, le tchep, le sauté de poulet, l’escargot sauté ou braisé, la soupe de pêcheur, le kédjénou d’agouti, le poulet braisé, le poisson braisé, la caille braisée, les brochettes, l’attiéké poisson, le placali sauce kopê, sans oublier les poissons comme le sosso, la sole ou la carpe.
Cette diversité n’est pas un simple argument commercial. Elle traduit une volonté d’offrir un peu de tout, afin que chacun trouve un plat à son goût. Les habitants y retrouvent des saveurs familières. Les visiteurs y découvrent des spécialités. Les familles y trouvent un cadre accessible. Les groupes y voient un lieu adapté aux rencontres et aux cérémonies.
Malgré la cherté du marché, Sylvie N’goran N’dri insiste sur sa volonté de maintenir des prix abordables.
« Quoique le marché soit extrêmement cher, chez nous, on essaie de maintenir la clientèle par la qualité des repas et par le social que nous faisons », explique-t-elle.
Dans cette phrase, tout est dit : l’équilibre difficile entre les charges, la hausse des prix, la fidélisation de la clientèle et la dimension sociale de la restauration. Car dans des villes comme Man, un restaurant n’est pas seulement une entreprise. C’est aussi un lieu de proximité, parfois un espace de solidarité.
Un espace pensé pour accueillir
MOAYE Belle Côte n’est pas seulement une cuisine. C’est un ensemble. Le restaurant dispose d’un glacier, d’un bar en perspective, d’une cuisine, d’un espace plein air en hauteur et d’un parking à l’entrée pouvant accueillir plus de quinze véhicules, ainsi que des engins à deux ou trois roues.
Situé en bordure du goudron au quartier Houphouët-ville, il bénéficie d’un emplacement visible et accessible. Dans une ville touristique comme Man, ce détail compte. Les visiteurs veulent trouver facilement un lieu où manger, se reposer, échanger et repartir avec une bonne impression.
Ce jeudi soir, le restaurant démontre sa capacité à recevoir. Malgré la pluie, les clients sont là. Malgré la tension du match, le service tient. Malgré l’affluence, l’ambiance reste maîtrisée. On sent une équipe habituée à travailler sous le regard exigeant de sa promotrice.
Sur les tables, les plats circulent. Les boissons accompagnent les commentaires sportifs. Les regards alternent entre l’écran et les assiettes. À chaque action ivoirienne, la salle frémit. À chaque danger français, les visages se crispent. Mais personne ne quitte sa place. On est venu pour vivre le match ensemble, et l’on reste jusqu’au bout.
Man, ville touristique en quête de vitrines fortes
À travers MOAYE Belle Côte, Sylvie N’goran N’dri porte aussi une idée : Man a besoin de lieux capables de soutenir son ambition touristique. La ville des Montagnes ne manque pas d’atouts. Elle attire par son relief, son climat, ses paysages, sa culture et sa position stratégique dans l’ouest ivoirien. Mais le tourisme ne se limite pas aux sites naturels. Il dépend aussi de l’accueil, de la restauration, de la sécurité, de la qualité du service et de la capacité des acteurs locaux à valoriser leur terroir.
C’est pourquoi la promotrice lance un appel aux autorités.
« Man est une grande ville touristique où il doit y avoir des restaurants comme le mien pour offrir une large gamme de spécialités en termes de mets. C’est pourquoi je demande aux autorités de soutenir ce que nous faisons. Nous contribuons, de la plus saine des manières, au développement économique de ce pays en payant nos impôts, la redevance pour rémunération de droit d’auteur et droit voisin, ainsi que les autres taxes », plaide-t-elle.
Son appel est celui d’une entrepreneure qui veut être reconnue non pas comme une assistée, mais comme une actrice économique. Elle paie ses charges, crée de l’activité, emploie, nourrit, attire des clients et participe à l’image de la ville. Elle demande un accompagnement pour aller plus loin.
« Partir de Man pour être la meilleure lors d’un concours culinaire, c’est à encourager et à promouvoir. Si l’État nous accompagne, on pourra faire davantage pour notre ville et rehausser l’image de la Côte d’Ivoire à l’extérieur », ajoute-t-elle.
Ces mots résonnent comme une revendication calme. Derrière le restaurant, il y a une vision. Derrière les plats, il y a une économie. Derrière la sauce Sran, il y a un patrimoine. Derrière la promotrice, il y a une femme qui croit que la cuisine peut devenir un levier de développement local.
Une soirée de match, mais surtout une leçon de vie
La pluie continue de tomber sur Man. Mais à MOAYE Belle Côte, personne ne semble pressé de partir. Le match a donné au lieu une intensité particulière. Les Éléphants ont réveillé les émotions. Les clients ont crié, espéré, célébré. Les visiteurs d’Odienné ont trouvé leur adresse. Oulai Zipaul et ses amis ont confirmé leur fidélité. Les travailleurs ont tenu leur rang. Sylvie N’goran N’dri, elle, a veillé sur son monde.
Dans cette soirée ordinaire devenue mémorable, tout s’est mélangé : le sport, la pluie, la cuisine, l’amitié, le tourisme, l’entrepreneuriat féminin et la fierté régionale. Le Restaurant MOAYE Belle Côte a été plus qu’un décor. Il a été le théâtre d’une émotion collective.
Au fond, c’est peut-être cela, la vraie force d’un lieu : donner aux gens une raison de rester, même quand la pluie tombe fort. Donner à des inconnus le sentiment d’être ensemble. Donner à une ville un espace où elle peut se regarder vivre.
À Man, la passion du football ne connaît ni mauvais temps ni découragement. Elle se vit dans les regards, dans les cris, dans les gestes spontanés et dans cette capacité unique à faire d’un match une grande célébration collective.
Reportage réalisé par Hervé Zian à Man