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C R O C I N F O S

[Enrichissement illicite et détournement] Mohamed C (ex-DAF PTUA) devant le PPEF d’Abidjan

[Enrichissement illicite et détournement] Mohamed C (ex-DAF PTUA) devant le PPEF d’Abidjan

Projet PTUA. A titre d'illustration

L'ex-directeur administratif et financier du PTUA, Mohamed C, est jugé pour détournement de fonds publics et enrichissement illicite dans une affaire liée à la construction de la route Y4 à Abidjan.

Abidjan, 9 janvier 2026 (crocinfos)---L'ex-directeur administratif et financier (DAF) du Projet de Transport Urbain d'Abidjan (PTUA), Mohamed C, a comparu ce vendredi 9 janvier 2026 devant le pôle pénal, économique et financier pour répondre de trois charges principales : détournement de deniers publics, enrichissement illicite et blanchiment de capitaux. L'affaire concerne des fonds destinés à reloger des occupants des emprises de la route Y4, un chantier d'envergure à Abidjan.

En 2014, des familles occupaient les zones nécessaires à la construction de cette route. L'État ivoirien s'était engagé à les indemniser pour leur permettre de quitter les lieux, mais les fonds se sont fait attendre. Sans ces dédommagements, les travaux ne pouvaient démarrer. Mohamed C, dans sa fonction de DAF, a donc orchestré une solution temporaire : demander aux prestataires de préfinancer l'opération de relogement, avec l'assurance d'un remboursement une fois les fonds publics débloqués.

Cependant, le tribunal a été informé que Mohamed C avait détourné une partie des fonds prévus à cet effet. Lors de son audition, il a admis s’être "servi" sur le compte ouvert pour le préfinancement des travaux. Il a reconnu avoir pris 138 millions FCFA, dont il a ensuite remis seulement 4 millions à un prestataire. Le prévenu a également indiqué que le PTUA avait été "ristourné" par l’AGEF (Agence pour l'Exécution des Travaux) à hauteur de 340 millions FCFA, dont il aurait empoché sa part.

Le Procureur de la République a été catégorique dans ses réquisitions. Il a souligné que Mohamed C, en tant qu’agent public, a utilisé des fonds de l’État pour s'enrichir personnellement. "Il s'est constitué un patrimoine avec l'argent de la Côte d'Ivoire", a affirmé le procureur. "Les relevés bancaires montrent des virements sur ses comptes, qu'il est incapable de justifier. Cela constitue un enrichissement illicite." Il a réclamé une peine de 10 ans de prison ferme et une amende de 414 millions FCFA, en insistant sur la nécessité d’envoyer un message fort contre de tels agissements.

Pour sa part, l’avocat de l'AGEROUTE, Me Niang, a dénoncé l'attitude de défiance de Mohamed C tout au long du procès. "À l'écoute de ses propos, il semblait prêt à occuper des fonctions ministérielles. Mais heureusement, cela ne se produira pas", a-t-il ironisé. Il a précisé que les 300 millions FCFA évoqués par le prévenu n’étaient pas présents dans les comptes des entités concernées. Il a demandé à la cour d'ordonner le remboursement des 138 millions FCFA détournés et une indemnisation de 100 millions FCFA pour dommages et intérêts. L'avocat a également sollicité l'exécution provisoire de la décision à venir.

L’affaire est désormais en délibéré, et la cour rendra sa décision dans les prochains jours.


Athanase Kangah, info Fernand Dédeh