À titre d'illustration
International Crisis Group appelle l’Algérie et le Mali à dépasser leurs différends et à reconstruire durablement leur coopération diplomatique et sécuritaire, dans un rapport publié ce mercredi 15 juillet 2026, alors qu’un dégel vient de s’amorcer entre les deux voisins.
ABIDJAN (Côte d’Ivoire), 15 juillet 2026 (crocinfos)---Dans un rapport intitulé « Algérie-Mali : retrouver le chemin du dialogue », International Crisis Group dresse le bilan de la forte détérioration des relations entre Alger et Bamako depuis 2023 et préconise une reprise progressive de la coopération, jugée indispensable à la stabilisation d’un espace sahélien confronté à l’expansion des groupes armés.
Cette publication intervient toutefois dans un contexte de détente récente. Le Mali et l’Algérie ont rétabli leurs ambassadeurs et rouvert leurs espaces aériens respectifs quelques jours auparavant, mettant fin à plus d’un an de crise diplomatique ouverte. Les tensions avaient notamment culminé en avril 2025 après la destruction d’un drone malien par l’armée algérienne près de la frontière, Alger évoquant une violation de son espace aérien, ce que Bamako contestait.
Pour Crisis Group, ce rapprochement doit désormais être transformé en coopération durable. La longue frontière commune entre les deux pays traverse une vaste zone saharienne où circulent groupes rebelles et organisations jihadistes, donnant à la relation algéro-malienne une dimension stratégique qui dépasse le seul cadre bilatéral.
« La crise diplomatique entre l’Algérie et le Mali contribue malheureusement à aggraver l’insécurité régionale », estime Michaël Ayari, analyste principal pour l’Algérie à International Crisis Group. Selon lui, la rupture entre les deux capitales a privé Bamako « d’un partenaire sécuritaire et diplomatique précieux ».
La dégradation des relations s’est accélérée après la reprise des combats dans le nord du Mali en 2023 et la décision de Bamako, en janvier 2024, de mettre fin à l’Accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger de 2015, dont l’Algérie était le principal médiateur. La crise s’est ensuite aggravée avec les accusations réciproques d’ingérence et de soutien à des groupes armés.
Le contexte sécuritaire malien renforce l’urgence d’une coopération régionale. Le 25 avril 2026, le JNIM, organisation affiliée à Al-Qaïda, a participé avec un groupe rebelle touareg à une série d’attaques coordonnées contre plusieurs positions stratégiques du pays. Le ministre malien de la Défense, le général Sadio Camara, a été tué lors d’une attaque contre sa résidence à Kati, selon les autorités maliennes.
Face à cette situation, Crisis Group recommande de consolider les canaux diplomatiques désormais rétablis et de reconstruire progressivement une coopération autour de la sécurisation de la frontière commune. L’organisation estime que des médiateurs africains pourraient accompagner ce processus et que le rapprochement observé entre l’Algérie et le Niger pourrait également servir de point d’appui à une nouvelle dynamique régionale.
Au-delà de la normalisation diplomatique, l’enjeu consiste donc à mettre en place un mécanisme de confiance permettant aux deux États de concilier leurs impératifs de souveraineté, d’intégrité territoriale et de sécurité. Pour Crisis Group, la stabilisation durable du Sahel passe difficilement par des stratégies nationales isolées : le rétablissement du dialogue entre Alger et Bamako apparaît comme l’un des maillons indispensables d’une réponse régionale à une menace armée devenue largement transfrontalière.
Athanase Kangah