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C R O C I N F O S

[Côte d'Ivoire/Intimidation et censure] Le ministre Sidi Touré refuse d’assumer ses responsabilités

[Côte d'Ivoire/Intimidation et censure] Le ministre Sidi Touré refuse d’assumer ses responsabilités

À titre d'illustration

Le ministre Sidi Touré et son directeur de communication ont tenté d’intimider le journaliste Dosso Villard suite à une enquête sur un scandale immobilier à Kouassiblékro. Cette démarche soulève des préoccupations sur la liberté de la presse en Côte d'Ivoire.


Abidjan (Côte d’Ivoire), le 13 février 2026 (crocinfos)--- Le ministre des Ressources animales et halieutiques de Côte d'Ivoire (MIRAH), Sidi Touré Tiémoko, ainsi que son directeur de communication, Diakité Ibrahim, ont déposé plainte contre Dosso Villard, directeur général du journal d'investigation L’Enquêteur, et par ailleurs secrétaire adjoint chargé des enquêtes à l’Organisation nationale des journalistes d’investigation (ONJI-CI). Cette plainte a conduit, le 13 février 2026, à la comparution du journaliste devant le procureur de la République près le tribunal d’Abidjan-Plateau, en présence de plusieurs confrères, donnant ainsi un tour judiciaire à une affaire déjà marquée par des tentatives d’intimidation. Ce développement soulève de vives inquiétudes concernant l'intégrité de la presse en Côte d'Ivoire et l'attitude de certains responsables politiques vis-à-vis des médias libres.

Dans une démocratie où la liberté de la presse est un principe sacré et fondamental, l'attitude du ministre Sidi Touré soulève des interrogations sur le respect des droits des journalistes et sur la gestion des institutions publiques. Le 9 février 2026, le journal L’Enquêteur publiait une enquête sur une parcelle de terrain d’une valeur supérieure à un milliard de FCFA, située à Kouassiblékro (Bouaké), qui était au cœur d’un litige opposant le ministre aux propriétaires terriens. En réponse, les pressions exercées par le ministre et son directeur de communication prenaient la forme d’une tentative flagrante d’intimidation et de censure, mettant en lumière non seulement un problème de communication mais également un manquement à la gestion publique.


Une enquête légitime sur un scandale immobilier

L’enquête du journal L’Enquêteur, conduite par Dosso Villard, s’est concentrée sur une affaire de grande envergure : un terrain à Kouassiblékro dont la valeur dépasse le milliard de FCFA. Cette parcelle est au centre d’un conflit entre le ministre Sidi Touré et les propriétaires terriens du village. Dans le cadre de son travail, L’Enquêteur a publié une enquête, basée sur des témoignages vérifiables, des documents officiels et des preuves concrètes, en date du 9 février 2026. Avant la publication, le journaliste a pris soin de solliciter une réaction du ministre, qui, par l’intermédiaire de son directeur de communication, a promis de fournir une déclaration officielle.

Cependant, cette déclaration, une fois rendue publique, n’a visiblement pas été du goût du ministre lorsque son nom est apparu sur la UNE du journal, accompagné de la mention : "Le ministre Sidi Touré donne sa version des faits". Un détail apparemment mineur mais qui a suffi à provoquer l’indignation du ministre, qui a déclenché une série de pressions sur le journaliste. Cette réaction met en exergue un malaise profond : une autorité publique qui a répondu pleinement aux interrogations légitimes et évite ainsi une véritable prise de responsabilité.


Tentatives d’intimidation et pressions incessantes

Suite à la publication de l’article, le ministre Sidi Touré et son directeur de communication, Diakité Ibrahim, ont intensifié leurs pressions. Diakité Ibrahim a initié une série d’interventions agressives, allant des menaces par SMS à des appels incessants, selon le confrère Dosso. L’attachée de presse du ministre, dans une démarche encore plus alarmante, a contacté Dosso Villard le lundi suivant, lui ordonnant de retirer le nom du ministre de la UNE, arguant que celui-ci n’avait jamais accordé d’interview au journaliste.

Il est particulièrement frappant de constater que le ministre, qui a effectivement donné des instructions via son directeur de communication, refuse de reconnaître sa responsabilité en tant que supérieur hiérarchique du ministère des Ressources animales et halieutiques. Cette incohérence met en lumière un refus manifeste d’assumer pleinement la gestion de son ministère et d’accepter les retombées médiatiques de ses actions.


La requalification abusive et la tentative d’attaque judiciaire

Ne parvenant pas à obtenir gain de cause par la pression directe, le ministre et son directeur de communication ont déposé une plainte pour "diffusion de fausses informations" contre le journaliste. Toutefois, cette accusation semble être un prétexte, puisqu’aucune contestation sérieuse n’a été formulée sur les faits rapportés dans l’enquête. Aucune critique n’a été émise à l’encontre des documents administratifs fournis par les propriétaires terriens, des témoignages des villageois ou des preuves judiciaires en possession du journal. Il s’agit là d’une procédure bâclée visant à réduire au silence un média indépendant en recourant aux procédures judiciaires.

Diakité Ibrahim, dans son rôle de défenseur de l’image du ministre, a multiplié les erreurs, notamment par des menaces voilées et des tentatives de négociation dévalorisantes, selon le premier responsable de l’Enquêteur. Le ministre Sidi Touré, de son côté, a choisi de se taire publiquement, préférant régler l’affaire dans les coulisses de la justice plutôt que d’engager un débat ouvert. Cette attitude non seulement fragilise sa réputation mais témoigne également d’un désir de fuir ses responsabilités face à un scandale immobilier qui, sous le prisme de la vérité, risque de nuire à son image.


La liberté de la presse, un principe fondamental à protéger

Dans cette affaire, le ministre Sidi Touré et son directeur de communication, en tentant d’intimider et de censurer un organe de presse indépendant, mettent en péril non seulement la liberté de la presse mais aussi la crédibilité de leurs propres institutions. En démocratie, la presse joue un rôle fondamental de contrôle et de transparence, et toute tentative de la réduire au silence constitue une atteinte grave aux principes mêmes qui régissent la liberté d’expression.

Comme le souligne l’adage, "intimider un journal, c’est fragiliser la République". Sidi Touré et Diakité Ibrahim semblent avoir négligé cette vérité essentielle. En refusant de répondre aux questions légitimes du journal, ils fragilisent l’image de leur ministère et, au-delà, l’équilibre démocratique du pays. Dans une société qui se veut transparente, la presse libre et indépendante ne doit pas être négociable.


Sériba Koné