légende
À Akoupé-Zeudji, la fête de génération « San Mi Bu Tun » a consacré l’accession des Mounan à une nouvelle étape de responsabilité communautaire. Membre de la chefferie d’Allokoi, Gohi Pierre dévoile les fondements de cette gouvernance traditionnelle atchan.
Akoupé-Zeudji (Anyama), le 08 août 2026 (lepointsur.com) – À Akoupé-Zeudji, Gohi Pierre explique la portée historique et sociale de la Génération Mounan, au cœur de « San Mi Bu Tun », une fête traditionnelle atchan fondée sur la transmission du pouvoir, la cohésion sociale et la préservation culturelle.
Le village d’Akoupé-Zeudji, dans la sous-préfecture d’Anyama, a accueilli le jeudi 06 août la grande fête de génération « San Mi Bu Tun », organisée par la Génération Mounan, un événement majeur consacré à la transmission des valeurs ancestrales, à la cohésion sociale et à la préservation du patrimoine culturel.Entre rites traditionnels, danses, procession des villages alliés et transmission des valeurs ancestrales, cette célébration a mis en lumière la richesse du système générationnel des peuples Atchan, véritable mécanisme d’organisation sociale et de gouvernance communautaire.
Au cœur de cette manifestation culturelle, M. Gohi Pierre, secrétaire à la chefferie du village d’Allokoi, a livré un éclairage précieux sur la portée historique et sociale de cette cérémonie qui marque l’accession d’une nouvelle génération à la gestion des affaires communautaires.
Gohi Pierre : « La fête de génération est une forme de démocratie traditionnelle »
« Je suis M. Gohi Pierre, secrétaire à la chefferie du village d’Allokoi. Nous sommes ce jeudi 6 août à une célébration de fête de génération organisée par notre génération, les Mounan », explique-t-il.
Pour lui, cette cérémonie ne se limite pas à une manifestation culturelle. Elle constitue un véritable système de gouvernance hérité des ancêtres.
« La génération Mounan est organisée en quatre classes d’âge, conformément à nos us et coutumes ainsi qu’à notre tradition », souligne-t-il.
Selon le responsable coutumier, cette fête se célèbre depuis des temps immémoriaux, suivant un cycle régulier. « Tous les vingt ans, la génération appelée à prendre la relève accède à la gestion du village. Les anciens transmettent librement le pouvoir à leurs successeurs », précise-t-il.
À travers ce mécanisme, les communautés Atchan assurent une alternance traditionnelle fondée sur la transmission, le respect des anciens et la responsabilité collective.
« Aujourd’hui, c’est notre génération qui dirige, et dans une quinzaine d’années, nous passerons à notre tour le pouvoir à ceux qui nous succéderont », ajoute M. Gohi Pierre.
Une tradition qui associe héritage ancestral et modernité
Si le système des générations trouve son origine dans les pratiques anciennes, il demeure néanmoins adapté aux exigences de la société contemporaine.
Selon M. Gohi Pierre, l’exercice des responsabilités communautaires obéit à plusieurs critères.
« Notre système allie tradition et modernité. Pour exercer des responsabilités dans la gestion du village, certaines conditions sont exigées : il faut notamment avoir un niveau d’instruction minimum, au moins le BEPC ou la classe de troisième, et être marié légalement », indique-t-il.
La désignation du chef du village répond également à une procédure consensuelle.
« Le chef du village n’est pas choisi de manière arbitraire. Il est désigné après des consultations, des enquêtes de moralité et des échanges entre les différentes parties prenantes », précise le secrétaire à la chefferie d’Allokoi.
Pour lui, le futur chef doit avant tout incarner des valeurs essentielles : l’intégrité, la sagesse et la capacité à conduire le développement de la communauté.
Allokoi, une communauté fille d’Akoupé
Dans son intervention, M. Gohi Pierre est également revenu sur les liens historiques entre Allokoi et Akoupé.
« Notre village Allokoi dépend historiquement d’Akoupé, d’où sont partis nos ancêtres pour fonder notre communauté », rappelle-t-il.
Cette origine commune explique les liens étroits entre les différentes communautés et la place centrale occupée par les fêtes de génération dans la préservation de leur identité culturelle.
Après cette première semaine de festivités, une nouvelle phase de célébration est annoncée avec notamment la sortie officielle du second danseur masqué vêtu d’un manteau noir.
Les jeudi et vendredi précédant cette étape seront consacrés à une période de recueillement.
« Ce n’est pas un deuil au sens propre, mais une étape symbolique qui marque officiellement la sortie de la nouvelle génération avant la transmission du pouvoir », explique-t-il.
À Akoupé, un nouveau chef de village sera ensuite désigné. À Allokoi, le même processus sera engagé, avec une présentation officielle du chef prévue en 2028, soit deux années après la célébration de la génération Mounan.
Les quatre générations, piliers de l’organisation sociale Atchan
Le système générationnel repose sur quatre grandes entités :
- Mounan: la génération la plus ancienne du cycle actuel ;
- Mléssoués: la génération qui suit les Mounan ;
- Gnandoh (ou Gnando): la génération suivante ;
- Djigbô: la génération benjamine du cycle en cours.
Chaque génération comprend quatre classes d’âge.
La Génération Mounan actuelle regroupe principalement des personnes nées entre 1967 et 1982. Les plus anciens, appelés Djéwué, sont nés entre 1967 et 1971.
« En principe, chaque classe d’âge couvre une période de cinq ans et l’ensemble constitue une génération de vingt ans », explique M. Gohi Pierre.
Après les Djéwué viennent les autres classes, notamment les Boto, les Agbri et les Tchogba, qui accompagnent la génération dans son cycle.
Les générations suivantes préparent déjà leur entrée progressive dans ce processus. Les Mléssoués ont achevé leur initiation et poursuivent les étapes nécessaires avant leur prise de responsabilités. Les Gnandoh, eux, sont encore en période d’initiation et doivent accueillir leurs premiers danseurs guerriers.
« San Mi Bu Tun », une célébration de l’identité culturelle
La fête « San Mi Bu Tun » a rassemblé à Akoupé-Zeudji les générations, les villages alliés, les autorités administratives, politiques et coutumières ainsi que de nombreux invités.
Dès les premières heures de la matinée, les délégations venues des villages partenaires ont convergé vers le village dans une procession marquée par les chants, les danses et les sonorités traditionnelles.
Après l’accueil des personnalités, la traditionnelle libation a constitué un moment fort de communion avec les ancêtres. Des prières ont été formulées pour solliciter leur protection, leur bénédiction et la prospérité du village.
L’un des moments particulièrement marquants a été l’exposition des photos des membres disparus avant cette importante célébration, un hommage empreint d’émotion à ceux qui ont contribué à l’histoire de la communauté.
La Génération Mounan prend officiellement les commandes
La cérémonie officielle a été marquée par la procession de la Génération Mounan.
Vêtus de leurs tenues traditionnelles, les membres de cette génération ont défilé au rythme des tambours et des chants identitaires, mettant en valeur la richesse du patrimoine culturel d’Akoupé-Zeudji.
L’implantation du fanion, symbole de l’unité, de la cohésion et de la responsabilité collective, a constitué un autre temps fort.
Les festivités se sont poursuivies avec des danses traditionnelles exécutées par la Génération Mounan avant le retrait solennel des différentes classes d’âge.
La journée s’est achevée autour d’un déjeuner fraternel réunissant autorités, invités et populations dans une ambiance conviviale.
Une tradition soutenue par plusieurs personnalités
Cette édition 2026 de « San Mi Bu Tun » s’est tenue sous le haut patronage de M. Robert Beugré Mambé, Premier ministre, Chef du Gouvernement de Côte d’Ivoire.
Elle a également bénéficié du soutien de plusieurs personnalités, notamment M. Téné Birahima Ouattara, Vice-Premier ministre, ministre de la Défense, ainsi que plusieurs cadres et responsables politiques.
Au-delà de son aspect festif, la célébration de la Génération Mounan rappelle la place essentielle des fêtes de génération dans la préservation du patrimoine culturel, la cohésion sociale et la transmission des valeurs ancestrales.
À travers son témoignage, M. Gohi Pierre révèle ainsi que derrière les danses et les rites se cache une véritable école de gouvernance traditionnelle, fondée sur la responsabilité, la solidarité et la transmission entre générations.
Médard KOFFI, envoyé spécial à Akoupé-Zeudji