À titre d'illustration
Amnesty International présente son rapport 2025 sur la Côte d'Ivoire, dénonçant les restrictions à la liberté d'expression, les arrestations arbitraires, la répression politique, ainsi que les défis liés aux droits des femmes et des filles.
Abidjan (Côte d’Ivoire), 21 avril 2026 (crocinfos)– Le rapport publié le 21 avril 2026 par Amnesty International sur la Côte d'Ivoire, disponible sur son site officiel ([https://amnestycotedivoire.org](https://amnestycotedivoire.org)), dresse un portrait préoccupant des droits humains dans le pays au cours de l'année 2025. À travers une analyse détaillée des libertés fondamentales, des droits des femmes et des filles, ainsi que des conditions sanitaires, le rapport met en lumière les restrictions imposées à la liberté d'expression et de réunion, les arrestations arbitraires, la répression de la dissidence, et d'autres violations des droits humains. L'ONG met en évidence une situation complexe dans un contexte politique tendu marqué par l'élection présidentielle d'octobre 2025, le coût de la vie élevé et les défis liés aux expulsions forcées.
Contexte politique et économique
Les mois précédant l'élection présidentielle du 25 octobre 2025 ont été marqués par des tensions politiques croissantes, notamment après l'invalidation des candidatures de Laurent Gbagbo, ancien président et leader du Parti des peuples africains – Côte d'Ivoire (PPA-CI), et de Tidjane Thiam, président du Parti démocratique de Côte d'Ivoire – Rassemblement démocratique africain (PDCI-RDA). Alassane Dramane Ouattara a été réélu pour un quatrième mandat, mais cette victoire a renforcé les divisions politiques et sociales dans le pays.
Sur le plan économique, bien que le taux d'inflation ait diminué à environ 3%, les coûts élevés des combustibles, des denrées alimentaires et du logement ont continué de peser lourdement sur les ménages ivoiriens. Cette pression économique a exacerbé les frustrations sociales, notamment dans les quartiers populaires, où les violences policières et les restrictions aux libertés ont été particulièrement marquées.
Un espace civique restreint
Amnesty International souligne dans son rapport que les autorités ivoiriennes ont restreint l'espace civique tout au long de l'année 2025, en particulier pendant la période électorale. L'organisation fait état de l'arrestation de plusieurs journalistes et militants, ainsi que de l'interdiction de manifestations pacifiques. Le cas du journaliste béninois Comlan Hugues Sossoukpé, arrêté en juillet à Abidjan et extradé vers le Bénin, illustre les tensions entre les autorités ivoiriennes et la liberté de la presse. Il a été accusé d'incitation à la rébellion, de haine, et de terrorisme, des accusations qui ont été largement critiquées par des organisations comme Reporters Sans Frontières (RSF).
Les manifestations, qu'elles soient d'opposition ou syndicales, ont été systématiquement interdites. Par exemple, en août, un sit-in du Syndicat national des fournisseurs de l'État a été interdit, tandis qu'en octobre, des manifestations du PPA-CI et du PDCI-RDA ont été réprimées sous prétexte de maintien de l'ordre public. Les autorités ont également suspendu tous les événements publics organisés par des partis politiques autres que ceux des cinq candidats présélectionnés pour l'élection présidentielle, créant ainsi un climat de restriction des libertés publiques.
Le rapport note que ces interdictions ont conduit à des arrestations massives, dont celle de 11 personnes lors de manifestations contre la réélection de M. Alassane Ouattara. Les manifestations de masse, bien qu'elles aient été réprimées par la force, ont mis en lumière les tensions sous-jacentes dans la société ivoirienne.
Arrestations et détentions arbitraires
Le rapport d'Amnesty International aborde également les pratiques d'arrestation et de détention arbitraires qui ont marqué l'année 2025 en Côte d'Ivoire. Le cas de Ghislain Duggary Assy, un militant syndical, est particulièrement révélateur. En avril, lors d'un mouvement de grève de 48 heures, il a été arrêté sans la présence de son avocat et condamné à deux ans de prison pour « entrave au fonctionnement des services publics ». Bien que sa libération provisoire ait été accordée en mai, sa condamnation a été confirmée par la cour d'appel, soulignant l'absence de respect des procédures judiciaires et des droits fondamentaux.
Le rapport fait également état de plusieurs autres arrestations de sympathisants de l'opposition, souvent sans fondement juridique et sans accès immédiat à un avocat. Ces détentions, souvent accompagnées de mauvais traitements, ont alimenté le sentiment de répression de la dissidence dans un pays où l'accès à la justice reste largement limité.
La répression de la dissidence et les violations des droits politiques
Entre juin et septembre, plusieurs membres de l'opposition ont été arrêtés, ce qui démontre une volonté politique de museler toute forme de contestation. Parmi eux, trois jeunes dirigeants du PDCI ont été emprisonnés sans motif légitime, tout comme six membres du PPA-CI après des troubles à Yopougon. Le cybermilitant Ibrahim Zigui a été arrêté en septembre et placé en détention dans des conditions précaires. Cette répression vise à écraser toute voix dissidente et à restreindre la liberté d'expression et d'organisation politique.
Les arrestations politiques sont devenues monnaie courante, et l'ONG note que les autorités ne se sont pas contentées de réprimer les manifestations ; elles ont également cherché à étouffer toute forme de dialogue politique, notamment en entravant les réunions et les discussions publiques sur des sujets sensibles.
Une lutte contre la violence systématique
Le rapport aborde également la question cruciale des droits des femmes et des filles en Côte d'Ivoire. En mars, plusieurs centaines de femmes ont manifesté à Abidjan pour dénoncer les violences sexistes, notamment les féminicides. Les violences fondées sur le genre continuent de frapper durement la société ivoirienne, et les réponses des autorités sont jugées insuffisantes par Amnesty International.
Le ministère de la Femme a révélé que 9 607 cas de violences fondées sur le genre avaient été enregistrés en 2024. Cependant, l'accès à la justice pour les victimes reste extrêmement limité. Les autorités n'ont pas mis en place des mesures adéquates pour protéger les victimes, et la violence à l'égard des femmes demeure un problème systématique, exacerbée par des obstacles bureaucratiques, notamment le coût des certificats médicaux exigés pour porter plainte.
Choléra et autres menaces sanitaires
Le rapport indique également que la Côte d'Ivoire a été confrontée à une épidémie de choléra en 2025. En juin, des cas ont été signalés à Vridi Akobrakré, et fin septembre, l'épidémie s'était propagée dans plusieurs régions, notamment à Yopougon-Est et Jacqueville. Les autorités sanitaires ont pris des mesures de contrôle, mais l'épidémie a entraîné la mort de 21 personnes et environ 550 cas ont été rapportés.
Le choléra, bien qu'en déclin grâce à des efforts de traitement et de prévention, met en lumière les faiblesses du système de santé ivoirien. En dépit de l'aide fournie par des organisations comme l'OMS, la réponse du gouvernement n'a pas été suffisante pour empêcher la propagation de la maladie dans plusieurs zones.
Les victimes laissées pour compte
En matière de droits humains économiques et sociaux, le rapport d'Amnesty International dénonce l'absence de mesures compensatoires pour les victimes d'expulsions forcées. Plus d'un an après la suspension des expulsions dans certains quartiers d'Abidjan, les autorités n'ont pas indemnisé de manière adéquate les familles concernées. Parmi elles, plusieurs centaines d'agriculteurs, leurs familles et employés ont vu leurs moyens de subsistance anéantis. Les autorités n'ont pas fourni d'alternatives ou de compensations suffisantes pour les aider à se rétablir.
Un bilan inquiétant
Le rapport d'Amnesty International sur la Côte d'Ivoire 2025 met en évidence un environnement politique et social tendu, marqué par des violations des droits humains à grande échelle. Si des progrès ont été réalisés sur le plan économique, la répression des droits civiques, les violations des droits des femmes et la gestion des crises sanitaires continuent de nuire à l'image du pays sur la scène internationale.
Les autorités ivoiriennes devront prendre des mesures plus ambitieuses pour garantir le respect des droits humains et rétablir la confiance de la population dans les institutions. En attendant, la société civile et les défenseurs des droits humains continueront de lutter pour la justice et la liberté dans un pays où les libertés fondamentales semblent de plus en plus restreintes.
Charles Kpan (sources Amnesty International)