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C R O C I N F O S

[Douanes ivoiriennes] Les pratiques opaques et les abus de pouvoir

[Douanes ivoiriennes] Les pratiques opaques et les abus de pouvoir

Le siège de la douane ivoirienne. Ph.Dr.

Les pratiques opaques et les abus de pouvoir au sein des Douanes ivoiriennes, sous la direction de Da Pierre Alphonse, soulèvent des scandales impliquant fraude, concours suspects, suspensions arbitraires et violations des droits des agents.

Abidjan (Côte d’Ivoire), 26 janvier 2026 (crocinfos.net)---Le climat qui règne au sein des Douanes ivoiriennes depuis l’arrivée à leur tête de Da Pierre Alphonse, directeur général des Douanes, semble de plus en plus caractérisé par une concentration excessive de pouvoir. Cet état de fait s'est traduit par une série de scandales et de dysfonctionnements graves au sein de cette institution clé de l’administration ivoirienne. Entre affaires de fraude sanitaire, concours suspects et suspensions arbitraires d'agents, les pratiques opaques et les abus de pouvoir se multiplient. Dans ce contexte, le rôle du directeur général des Douanes, Da Pierre Alphonse, apparaît au cœur d’un système qui semble défier la transparence, la justice et les principes mêmes de l’État de droit.


L’affaire du capitaine Irié

L’une des affaires les plus marquantes a secoué le milieu des Douanes ivoiriennes en 2025. Il s'agit de l’affaire du capitaine Irié, un officier des Douanes en charge de lutter contre la fraude sanitaire liée à la circulation de l’huile impropre à la consommation. Ce produit, qui avait envahi le marché ivoirien, représentait un grave danger pour la santé publique. Pourtant, il a franchi les frontières du pays en toute impunité, grâce à des complicités internes et à une gestion défaillante du contrôle des marchandises.

Le capitaine Irié, homme de devoir, a décidé de mener une enquête pour identifier les responsables de cette fraude sanitaire. Ses investigations ont rapidement révélé des failles béantes dans le système de contrôle, ainsi que des complicités au sein même des Douanes et parmi d’autres acteurs du secteur public. Pourtant, au lieu d’être soutenu dans son action, le capitaine Irié a été confronté à des pressions et des menaces pour abandonner ses recherches. Malgré cela, il a persévéré et a choisi de rendre publiques ses découvertes, notamment sur les réseaux sociaux. Il a exposé au grand jour les mécanismes de la fraude, les pressions qu’il avait subies, et les obstacles qu’il avait rencontrés tout au long de son enquête.

Cependant, le directeur des Douanes a réagi de manière inattendue. Plutôt que de soutenir son enquête et de prendre les mesures nécessaires pour identifier et punir les responsables, Da Pierre Alphonse a ordonné l'arrestation et l'incarcération du capitaine Irié. Cette décision, intervenue alors que ce dernier approchait de la retraite, a choqué non seulement l’opinion publique, mais aussi la communauté des douaniers. Elle a envoyé un message inquiétant : la soumission et le silence sont les seules attitudes tolérées dans l’administration des Douanes ivoiriennes, sous peine de lourdes représailles. Ce cas soulève donc des questions cruciales sur l’indépendance des fonctionnaires et l’impunité dont certains responsables semblent bénéficier au sein de l’administration douanière.


Une opacité révélatrice

Mais l’affaire du capitaine Irié n’est qu’une partie du tableau. Le 9 janvier 2026, un concours de recrutement d’agents d’encadrement des Douanes a attiré l’attention des observateurs. Organisé dans des circonstances hautement suspectes, ce concours soulève de sérieuses interrogations. En 2024, le ministère de la Fonction publique avait en effet suspendu la mise en place de ce concours, estimant qu’il n’y avait aucune nécessité pour l’administration des Douanes d'ouvrir des postes supplémentaires dans ce domaine.

Contre toute attente, le concours a eu lieu en 2025, mais sans aucune information préalable et sans communiqué officiel. L’absence de levée de la suspension a immédiatement soulevé des doutes sur la régularité du processus. Mais ce qui choque davantage, c’est que ce concours a été réservé exclusivement aux agents contractuels en service au ministère chargé du budget. Plusieurs candidats figurant sur la liste ont à peine 18 ans, ce qui est juridiquement incohérent avec les exigences habituelles de régularisation après un contrat de deux ans dans le secteur public.

Ce concours « fantôme » a été organisé dans une opacité totale, sans respect des règles de transparence. Aucune publication officielle n'a été faite sur les canaux de communication de l’administration pour informer le public de l’existence de ce concours, ce qui le place clairement sous le sceau de la suspicion. Un tel concours aurait dû faire l'objet d'une enquête parlementaire, tant les anomalies sont nombreuses. Ce processus est un exemple criant du mépris des principes d’égalité des chances et de transparence dans l’administration publique.


Les 87 agents des Douanes suspendus pour faux diplômes

Si l’affaire du concours fantôme n’était pas déjà suffisante pour alerter sur l’état des Douanes ivoiriennes, une autre affaire vient renforcer les préoccupations : celle des 87 agents des Douanes suspendus pour faux diplômes. Ces agents avaient été admis en 2021 à un concours administratif professionnel exceptionnel, organisé par le ministère d'État, ministère de la Fonction publique. Leur réussite avait été validée par un arrêté ministériel d’admission définitive, leur ouvrant ainsi la voie à une formation de recyclage à l’École des Douanes.

Mais, en 2024, trois ans après leur admission, l’administration a soudainement remis en cause la validité de leurs diplômes, les accusant de fraude. Ce revirement brutal a été annoncé publiquement devant l’ensemble de la promotion et du personnel civil à l’École des Douanes, dans des conditions vécues comme une humiliation collective.

Ce changement de position a eu des conséquences dramatiques pour les agents concernés. Certains d’entre eux, proches de la retraite, ont été contraints de quitter l’administration sans avoir pu bénéficier des avantages liés à leur nouveau statut. De plus, la procédure disciplinaire engagée a révélé des irrégularités juridiques. La suspension des primes trimestrielles des agents, par exemple, s’avère illégale, car, selon l’article 17 du régime disciplinaire des Douanes, une suspension de ce type ne peut avoir lieu qu’après qu’une faute ait été formellement prouvée. Il semble que les droits des agents aient été violés, sans que des explications claires ne soient fournies.


L’implication de Da Pierre Alphonse

Toutes ces affaires, que ce soit celle du capitaine Irié, du concours fantôme ou des faux diplômes, révèlent une gestion des Douanes ivoiriennes marquée par l’opacité, les abus de pouvoir et un mépris flagrant de la légalité et des principes de transparence. Au cœur de ce système, Da Pierre Alphonse, le directeur général des Douanes, semble concentrer un pouvoir quasi absolu. Pourtant, au lieu de favoriser la transparence et la justice, il semble avoir permis que ces pratiques douteuses se développent et perdurent.

Les décisions prises sous sa direction ont souvent été marquées par un dédain évident pour les principes fondamentaux de l’État de droit. La gestion des Douanes est ainsi caractérisée par des irrégularités répétées, des violations des droits des agents et un recours systématique à l’opacité pour masquer les abus. En somme, le système douanier ivoirien semble gangrené par des pratiques d’impunité, de favoritisme et de manipulation, qui ne sont pas seulement incompatibles avec l’éthique et la légalité, mais qui menacent également la stabilité et la confiance des citoyens envers leurs institutions publiques.


La nécessité d’une enquête approfondie

Face à la gravité de ces faits, il devient urgent de mettre en place une enquête parlementaire pour faire la lumière sur ces affaires. Une telle enquête devrait viser à déterminer les responsabilités des personnes impliquées dans ces pratiques douteuses et à établir les réformes nécessaires pour garantir que les Douanes ivoiriennes retrouvent leur légitimité. Cela passe notamment par une révision des procédures internes, la réintroduction du principe d’égalité des chances dans les concours, et la mise en place de mécanismes de contrôle rigoureux pour prévenir les abus de pouvoir.

Les Douanes ivoiriennes doivent redevenir une institution transparente, respectueuse des principes de justice, et garantir les droits de ses fonctionnaires. Les citoyens ivoiriens, ainsi que les agents des Douanes, méritent une administration juste, efficace et responsable, qui respecte pleinement l’État de droit et la dignité humaine. Il est grand temps de rétablir la confiance et de mettre fin à un système où l’impunité et l’opacité règnent en maîtres.


Sériba Koné